L’an­née noire du « 36 »

L’ex-pa­tron du Quai des or­fèvres ra­conte

GQ (France) - - Sommaire - Pa­tri­cia Tou­ran­cheau Anne Desq

Plainte pour viol, vol de co­caïne, fuites… cinq mois après son li­mo­geage, Ber­nard Pe­tit, ex-pa­tron de la po­lice ju­di­ciaire pa­ri­sienne, ra­conte son an­nus hor­ri­bi­lis au my­thique numéro du quai des Or­fèvres.

Plainte pour viol, vol de co­caïne, fuites… en un an, le ser­vice my­thique de la po­lice ju­di­ciaire a col­lec­tion­né scan­dales et dé­ra­pages. Ber­nard Pe­tit, son pa­tron, a joué le rôle de fu­sible. Cinq mois après son li­mo­geage, ce «grand flic » dé­voile pour GQ son jour­nal de bord à la tête de la PJ pa­ri­sienne. Un récit digne d’une sai­son d’en­gre­nages.

L’homme qui in­carne, mal­gré lui, l’an­née mau­dite du lé­gen­daire 36, quai des Or­fèvres, siège de la po­lice ju­di­ciaire pa­ri­sienne, af­fiche che­veux cran­tés, lu­nettes cer­clées, peau bron­zée, che­mise bleu élec­trique sur un jean aus­si pas­se­par­tout que son pa­tro­nyme: Ber­nard Pe­tit. Ce « grand pou­let », spé­cia­liste du tra­fic de drogues, donne ren­dez-vous à GQ dans son « point de chute », un bar dis­cret du VIIIE ar­ron­dis­se­ment, bien te­nu mais pas clin­quant, dont l’en­seigne lui rap­pelle bien des sou­ve­nirs : Les Ton­tons… ou le sur­nom des « in­dics » de la po­lice. Nous sommes sur ses terres, à cô­té du fief de la di­rec­tion cen­trale de po­lice ju­di­ciaire (DCPJ), rue des Saus­saies, et du « 127, SaintHo­no­ré ». Ici Ber­nard Pe­tit, alors ins­pec­teur de l’of­fice des stups, de­vint com­mis­saire à la ré­pres­sion du ban­di­tisme (OCRB) puis numéro 3 de la pres­ti­gieuse mai­son. Quand il dé­barque, fin 2013, à la tête du 36, il est pré­cé­dé par une ré­pu­ta­tion de « grand pro­fes­sion­nel, hon­nête, cor­rect ». Un homme de ter­rain « sans ex­cès de cha­risme », « ré­ser­vé » voire « in­tri­gant ». Une image plu­tôt flat­teuse dé­sor­mais tor­pillée par deux scan­dales à l’an­ti­gang puis aux stups, ain­si que par une by­zan­tine af­faire de « fuites » dans un dos­sier dont il se­rait à l’ori­gine. Même l’opé­ra­tion réus­sie par la BRI à l’hy­per Ca­cher de Vin­cennes ne l’a pas sau­vé. Plus « meur­tri » qu’en co­lère, Ber­nard Pe­tit nous ra­conte, en exclusivité, les temps forts de sa dé­grin­go­lade après seule­ment qua­torze mois de ser­vice. Il a évi­dem­ment « très mal vé­cu » sa garde à vue, comme un vul­gaire ri­pou, chez les « boeufs-ca­rottes » (L’IGPN, Inspection gé­né­rale de la po­lice nationale, la po­lice des po­lices) : « Ça m’a fen­du le coeur. » C’était juste avant sa mise en exa­men pour « vio­la­tion du se­cret de l’ins­truc­tion » et sa sus­pen­sion ma­nu mi­li­ta­ri de ses fonc­tions. À 59 ans, Ber­nard Pe­tit vient de prendre sa re­traite, le 1er juin. Désa­bu­sé, il a même « je­té tous (ses) car­tons d’ar­chives » comme pour ef­fa­cer son tiers de siècle d’en­quêtes po­li­cières.

L’af­faire de la Ca­na­dienne Avril 2014. Après quatre mois à la tête de la PJ, Ber­nard Pe­tit s’est au­to­ri­sé à quit­ter son vaste bu­reau de di­rec­teur du quai des Or­fèvres, si­tué dans un angle du deuxième étage avec vue plon­geante sur la Seine, pour une poi­gnée de jours de re­pos. Quatre mois, dé­jà, qu’il s’es­crime à dé­pous­sié­rer la PJ de Pa­ris, tou­jours my­thique du haut de son siècle d’exis­tence mais où les lour­deurs de fonc­tion­ne­ment ont sé­di­men­té. Le pa­tron com­mence à peine à se re­laxer lorsque, ce jeu­di 24 avril, son bras droit Jean-jacques Her­lem l’ap­pelle en ca­tas­trophe. Il n’est que 9 heures : « Des mecs de la BRI ont fait les cons, il y a une his­toire avec une na­na. Je t’ex­pli­que­rai en dé­tail tout à l’heure. » Fin des va­cances. Pe­tit rap­plique en ur­gence au 36 : « Je re­trouve sur place Her­lem et les deux pa­trons de l’an­ti­gang, Ch­ris­tophe Mol­my et Georges Sa­li­nas, qui m’ex­pliquent la si­tua­tion », se sou­vient Pe­tit, at­ta­blé aux Ton­tons. Le pa­tron de la PJ ne met pas long­temps à com­prendre que les faits sont graves. La veille, après une for­ma­tion com­man­do, une di­zaine de flics de l’an­ti­gang (la BRI, pour bri­gade de re­cherche et d’in­ter­ven­tion) se sont ar­souillés au Gal­way, un pub ir­lan­dais du quai des Grands-au­gus­tins de­ve­nu le QG du 36. Des po­li­ciers ont dra­gué Emi­ly S., une tou­riste ca­na­dienne en go­guette, une blonde en mi­ni-short, bas ré­sille et ta­lons. Scotchs et bières à go­go ont cla­qué sur le comp­toir du Gal­way. La fille les a bran­chés sur le mé­tier, s’est épan­chée sur son père, soi-di­sant chef de la po­lice de To­ron­to, et sur son ex-ma­ri qu’elle présente comme un sni­per. Ça tombe bien! Le ma­jor Ni­co R., 45 ans, a lui aus­si été ti­reur de haute pré­ci­sion (THP) à l’an­ti­gang. Ils se roulent des pelles au bar, et Ni­co n’a pas l’exclusivité. Les ser­veuses voient plu­sieurs po­li­ciers em­bras­ser la Ca­na­dienne et « lui tou­cher les fesses ». Une ré­ci­di­viste puisque le week-end d’avant, elles l’ont vue à l’oeuvre « avec d’autres hommes ». Emi­ly S., 34 ans, confie à la bar­maid qu’un flic lui « a pro­po­sé de mon­ter au bu­reau pour faire du sexe.» En­trée à mi­nuit « joyeuse, pim­pante, guille­rette » se­lon le flic de ser­vice à l’en­trée du 36, la jeune femme en res­sort à 1 heure du ma­tin « éche­ve­lée, dé­vê­tue, pieds nus, sans ses bas », en pa­nique. Elle se plaint au plan­ton d’avoir été vio­lée par quatre po­li­ciers dans leurs bu­reaux. Les sus­pects des­cendent à leur tour, té­lé­phonent à Ni­co R., dé­jà ren­tré chez lui («Re­viens, la fille a pé­té les plombs ! »), aver­tissent leurs chefs du « pro­blème ». Mol­my et Sa­li­nas dé­boulent dans les lo­caux de la BRI au qua­trième étage, « gèlent les lieux », ferment les bu­reaux dé­si­gnés par Emi­ly S, puis écoutent la ver­sion de leurs gars qui nient avoir abu­sé de l’in­vi­tée. La fille, elle, porte plainte. Pour une ser­veuse du Gal­way, ve­nue sur place tra­duire l’an­glais, « la fille est mon­tée dans l’in­ten­tion de faire l’amour avec l’un de ces po­li­ciers », mais n’était cer­tai­ne­ment « pas d’ac­cord » pour « une par­touze ». En écou­tant le récit de Her­lem, son n° 2, Ber­nard Pe­tit est at­ter­ré par « ces faits graves, as­sez stu­pé­fait que des mecs aient pu mon­ter dans les bu­reaux la nuit avec une fille et la “lu­ti­ner” contre son gré ». Fu­rieux, le pré­fet de po­lice, Ber­nard Bou­cault, re­proche à Her­lem de ne pas avoir « pré­ve­nu tout de suite son di­rec­teur ». Pe­tit, qui ne com­prend pas non plus le re­tard à l’al­lu­mage de son ad­joint, voit dans cette « erreur d’ap­pré­cia­tion » la confir­ma­tion qu’il faut se sé­pa­rer de ce bras droit trop bla­sé s’il veut réus­sir à «don­ner

« Des mecs De La BRI ont fait Les Cons, IL y a une his­toire avec une na­na. Je t’ex­pli­que­rai… » fin Des va­cances pour BER­NARD pe­tit, Le Boss Du 36.

un nou­veau souffle » au 36 : « En vieux rou­tier de la PJ, qui a tout vu et tout en­ten­du de­puis trente ans, Her­lem a cru que ça al­lait se dé­can­ter dans la nuit. Il s’est dit: la fille et les mecs vont des­saou­ler puis tout va ren­trer dans l’ordre. » C’est le feu dans la mai­son. Ber­nard Pe­tit es­suie les foudres du pré­fet, qui lui-même en­caisse une « soufflante » du mi­nistre de l’in­té­rieur Ber­nard Ca­ze­neuve. En cou­lisses à la PJ, les deux jours qui suivent sont « ter­ribles ». Le pré­fet stig­ma­tise le lais­se­ral­ler dans cette uni­té d’élite, évoque « des bars et des fêtes » au sein de la BRI et en­tend éjec­ter Mol­my et Sa­li­nas, les deux chefs de ser­vice qu’il accuse de « ne pas te­nir leurs troupes ». Ber­nard Pe­tit monte au front, « plaide » en leur fa­veur, cir­cons­crit le si­nistre à des « dé­ra­pages in­di­vi­duels », écarte tout « lais­ser-al­ler ins­ti­tu­tion­nel » et « sauve la tête » des deux po­li­ciers. À l’is­sue des gardes à vue, un po­li­cier est dé­doua­né, un autre res­sort de chez le juge en qua­li­té de « té­moin as­sis­té », et deux sont mis en exa­men pour « viol en réunion par per­sonnes dé­po­si­taires de l’au­to­ri­té ». Pour Pe­tit, c’est l’heure de pas­ser aux sanc­tions « parce qu’on ne peut pas boire et faire la ja­va en ser­vice, trans­por­ter une arme et conduire une voi­ture » : il sus­pend les trois po­li­ciers qui conservent ce­pen­dant leur sa­laire. Mais der­rière cette inévitable sévérité, le pa­tron de la PJ a « le coeur bri­sé ». Il connaît as­sez sa « mai­son » pour me­su­rer que Mol­my et Sa­li­nas ne mé­ritent pas de « s’en prendre plein la gueule », et que toute la BRI trinque à cause du dé­ra­page d’une poi­gnée de flics. Pe­tit me­sure aus­si la va­leur et le cou­rage de ces hommes qui, quelques mois plus tard, pren­dront part, avec le RAID, à l’as­saut de l’hy­per Ca­cher qui met­tra fin à la prise d’otages meu­trière d’ame­dy Cou­li­ba­ly.

Les rois du bal Mal­gré sa longue car­rière, Ber­nard Pe­tit se voit bru­ta­le­ment confron­té à cer­tains « com­por­te­ments » an­crés dans l’his­toire du quai des Or­fèvres. Tout flic pas­sé par ces murs a en stock son lot d’his­toires bor­der­line. Pa­trick Riou, l’ex-pa­tron de la PJ de Pa­ris, se sou­vient « d’ins­pec­teurs avi­nés qui ra­mènent une co­chonne au 36 pour une par­touze. J’ai connu des beu­ve­ries avec des membres du par­quet, il y avait même un bu­reau avec un lit à la crim’. » Quand les flics de la bri­gade cri­mi­nelle ou des stups sont à court de « mu­ni­tions », ils savent qu’ils peuvent s’ap­pro­vi­sion­ner à l’an­ti­gang où, der­rière une porte digne d’un bun­ker, les flics se lâchent par­fois avec « mu­sique, ca­na­pés, whis­ky et cham­pagne ». On les sur­nomme « les rois du bal ». Au­jourd’hui, c’est « Per­rier et jus de fruit » à tous les étages. Le mo­ral des troupes est en­ta­mé. À deux re­prises, Pe­tit « monte » à la BRI pour en­cou­ra­ger les gars à res­ter unis, mal­gré « ces graves dé­ra­pages ». « Vous ap­par­te­nez à une bri­gade d’élite et je compte sur vous pour conti­nuer à re­le­ver les mul­tiples dé­fis », leur lance-t-il, un brin so­len­nel. Mais peu de temps après, un autre membre de l’an­ti­gang se plante en voi­ture alors qu’il est en ser­vice, ivre, son arme à la cein­ture. Pe­tit re­prend le che­min de la BRI pour y pous­ser une nou­velle gueu­lante et ren­voie le fau­tif de­vant le conseil de dis­ci­pline. Il n’en dé­mord pas : il doit re­gon­fler la bri­gade d’in­ter­ven­tion, per­sua­dé qu’un jour elle se­ra confron­tée à la me­nace ter­ro­riste. L’af­faire com­mence à se tas­ser. Mais c’est alors au tour de la bri­gade des stups de par­tir en vrille. 31 juillet 2014, 10 heures. Ber­nard Pe­tit re­çoit dans son bu­reau deux re­pré­sen­tants d’un syn­di­cat de com­mis­saires, par ailleurs nu­mé­ros 1 et 2 de la bri­gade des stu­pé­fiants. L’ordre du jour est ad­mi­nis­tra­tif : les heures sup’ qui ne sont plus payées, les rat­tra­pages des di­manches et des per­ma­nences, etc. Étran­ge­ment, les com­mis­saires ar­rivent ac­com­pa­gnés de Jean-Jacques Her­lem. Le n° 2 du 36 a le vi­sage fer­mé. « On n’est pas d’ac­cord sur tout mais faut pas faire une tête pa­reille ! », tente de plai­san­ter Pe­tit. « C’est un truc em­mer­dant », lâche, la­co­nique, son ad­joint. Le chef des stups, Thier­ry Hu­guet, est plus clair: « On n’est plus

là pour la réunion syn­di­cale. On s’est fait vo­ler 52kg de co­caïne. » Le di­rec­teur en­caisse le coup : « Avez-vous tout vé­ri­fié ? C’est un pro­blème de scel­lés, d’en­voi au la­bo… ou une mau­vaise blague ? » Pe­naud, Hu­guet ne lui laisse pas grand es­poir : « On a cher­ché par­tout. » La veille, avant d’ache­ver son stage aux stups, un lieu­te­nant a vou­lu je­ter un coup d’oeil à la mon­tagne de pains de coke en­tas­sés, après une belle « af­faire » réus­sie, dans la salle des scel­lés. Mais quand le gra­dé ouvre la porte blin­dée de la chambre forte, tout a dis­pa­ru ! Aler­tée, la hié­rar­chie a exa­mi­né les re­gistres de scel­lés, les ar­moires fortes des chefs de groupes et plu­sieurs bu­reaux d’of­fi­ciers. Voi­là ce qu’ex­posent au « pa­tron » Her­lem et les deux com­mis­saires. « Bon, fi­ni de dis­cu­ter, or­donne Ber­nard Pe­tit, al­lez fouiller tous les ser­vices, les bu­reaux contin­gents, les car­tons qui traînent. Je vous laisse deux heures, après si vous n’avez rien trou­vé j’avise le pro­cu­reur. » Le stock de came reste in­vi­sible. Trois mois seule­ment après le fias­co de la Ca­na­dienne, Pe­tit doit à nou­veau dé­cro­cher son té­lé­phone pour an­non­cer de mau­vaises nou­velles au pré­fet Bou­cault. Ca­tas­tro­phé, le haut fonc­tion­naire dé­boule au 36. La mort dans l’âme, le di­rec­teur l’es­corte aux stups avant d’avi­ser le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique. « Puis ce fut l’onde de choc », se sou­vient Pe­tit. Comme tous les po­li­ciers, il n’est pas fran­che­ment ha­bi­tué à faire l’ob­jet d’une en­quête. Et celle-là com­mence sur les cha­peaux de roue. Si­tôt le « proc » sai­si, les hommes de L’IGPN (la po­lice des po­lices) per­qui­si­tionnent les lo­caux du 36, in­ter­rogent toute la bri­gade des stups, hié­rar­chie in­cluse, vé­ri­fient le « pro­cess » d’ac­cès à la salle des scel­lés. Les films de la vi­déo-sur­veillance leur donnent la clé : on y voit, dans la nuit du 24 au 25 juillet, un homme fi­li­forme, le vi­sage ca­ché par une cas­quette, en­trer au 36 avec des sacs vides puis en res­sor­tir avec les mêmes ca­bas de su­per­mar­ché « rem­plis jus­qu’à l’anse » de pa­quets sous cel­lo­phane qui res­semblent fort à des pains de coke. Des po­li­ciers des stups re­con­naissent la « sil­houette » du bri­ga­dier Jo­na­than G., 34 ans, ar­rê­té le sur­len­de­main à Per­pi­gnan. Un flic de la « mai­son », de sur­croît bien no­té, pi­quant la coke sto­ckée quai des Or­fèvres : voi­là le par­fum du scan­dale qui flotte en­core au­tour des ser­vices d’élite de la po­lice et de leur di­rec­teur. « Com­ment ce type n’a-t-il pas été dé­tec­té avant ? », s’in­ter­roge Ber­nard Pe­tit, qui re­proche au chef des stups Thier­ry Hu­guet, qu’il veut éjec­ter, de mettre une « chape de plomb » sur son ser­vice, au point que « rien ne re­monte du ter­rain et de ses hommes. Or pour dé­non­cer au pa­tron un vo­leur, un fou ou un violent, il faut de la confiance.»

Les col­lègues parlent Pour mieux com­prendre la si­tua­tion, le pa­tron du 36 va pro­fi­ter d’une ré­vo­lu­tion ma­jeure chez les flics: « Avant, c’était l’omerta, “ça” se ré­glait en fa­mille, ex­plique l’ex­pa­tron de la PJ Pa­trick Riou. Quand “ça” par­ve­nait à nos oreilles, on écar­tait le vo­leur, le dé­pra­vé, le poi­vrot ou le mec qui n’a pas de pa­role. » « Ça », c’est lors­qu’un flic dé­rape. Et « avant », la règle était de ne pas ba­lan­cer un col­lègue, de fer­mer les yeux. Mais c’était à l’époque où même les échos des beu­ve­ries et des par­ties fines de la BRI ne dé­pas­saient pas les murs du 36. Ce 31juillet de­vant les « boeufs-ca­rottes », plu­sieurs flics parlent : oui, Jo­na­than G. ta­pait ré­gu­liè­re­ment dans « les per­quises » avec son aco­lyte « le Ta­toué ». Les ar­ran­ge­ments « d’avant » ne sont plus to­lé­rés et les « boeufs-ca­rottes » plus pug­naces. « La so­cié­té tout en­tière est plus trans­pa­rente, on ne peut plus rien ca­cher», dit Riou. Si le dire à L’IGPN est une nou­veau­té, la pra­tique en el­le­même les a lar­ge­ment pré­cé­dés. « Les flics de la bri­gade des stups sont tou­jours bor­der­line, sou­tient Pa­trick Riou qui l’a cha­peau­tée de 1987 à 1989 en pleine ex­plo­sion du tra­fic d’hé­roïne et de can­na­bis. Au­cune af­faire de stups ne se fait sans in­for­ma­teur. En échange, soit on re­file l’im­pu­ni­té à l’in­dic, soit on lui donne de la drogue prise

sur les sai­sies. La ten­ta­tion est trop grande pour de jeunes po­li­ciers qui re­viennent avec tous ces billets et qui ont du mal à payer leur loyer, ça a tou­jours été mon an­goisse. » De­puis la loi Per­ben 2 de 2002, les sources im­ma­tri­cu­lées (les « in­dics » of­fi­ciels) peuvent tou­cher de l’ar­gent mais c’est in­suf­fi­sant pour un « ton­ton » tra­fi­quant. Cer­tains flics conti­nuent à les ré­mu­né­rer avec de la drogue ou de l’ar­gent sai­si en per­qui­si­tion. Pour payer le « ton­ton » ou pour s’en­ri­chir ? « Avant, les po­li­ciers pou­vaient fran­chir la ligne pour faire une belle af­faire mais res­taient flics dans l’âme », nuance Anne-laure Com­point, avo­cate spé­cia­li­sée dans la dé­fense de po­li­ciers dans la tour­mente et qui les dé­fend avec un suc­cès cer­tain. « Mais si la po­lice de­vient pour cer­tains un moyen de prendre de l’oseille afin de s’en­ri­chir per­son­nel­le­ment, ce n’est plus pa­reil. Tout dé­pend de la fi­na­li­té.» Ber­nard Pe­tit n’ignore rien de ces pra­tiques. Tout comme il connaît la pres­sion mise par la hié­rar­chie sur les chiffres en ma­tière de tra­fic de drogues, la guerre des po­lices entre les stups et d’autres ser­vices concur­rents, les sou­cis de re­cru­te­ment en PJ où les meilleurs postes n’at­tirent plus les jeunes flics comme avant. Mais tous ces grains de sable ne changent rien au constat: ces 52 kg de coke en­vo­lés re­pré­sentent un nou­veau coup dur. Un haut ma­gis­trat du tri­bu­nal de Pa­ris va jus­qu’à lâ­cher : « Il y a quelque chose de pour­ri au 36.» La Di­rec­tion cen­trale de la po­lice ju­di­ciaire ne le sur­nomme-t-il d’ailleurs pas « le mu­sée » ?

Le mau­vais gé­nie de la di­rec­tion Chan­ger en pro­fon­deur le quai des Or­fèvres, le rendre « plus per­for­mant », c’est pour­tant l’ob­jec­tif que s’est fixé Ber­nard Pe­tit de­puis son ar­ri­vée. Il n’a né­gli­gé au­cun dé­tail. Chaque jour de­puis des lustres, se tient à 9 h 30 dans le bu­reau du di­rec­teur la réunion de pré­sen­ta­tion du « rap­port » du ma­tin. Faute de mo­bi­lier suf­fi­sant, les chefs de ser­vice de­vaient jus­qu’ici écrire sur leurs genoux. Ber­nard Pe­tit achète huit chaises et des tables et trans­fère la réunion dans la salle d’état­ma­jor. Son bu­reau, qu’il n’a pas sur­char­gé de mé­dailles, écus­sons ou autres pin’s des po­lices du monde en­tier, sert plu­tôt à ac­cueillir « du gar­dien de la paix au sous­di­rec­teur, des syn­di­ca­listes ou des of­fi­ciers, pour un ca­fé ». Une règle : la porte reste tou­jours ou­verte. Pe­tit crée un ser­vice d’in­for­ma­tion, de ren­sei­gne­ment et d’ana­lyse stra­té­gique sur la cri­mi­na­li­té or­ga­ni­sée (Si­ras­co) pour croi­ser les « tuyaux » qui se dis­persent dans les pro­cé­dures. Il y ex­pé­die un membre du ca­bi­net, Hen­ry Mo­reau, un an­cien de la crim’ char­gé des re­la­tions pu­bliques à la PJPP. Plu­tôt une bonne idée. Il le rem­place par un étrange éner­gu­mène dé­nom­mé Ri­chard At­lan. Plu­tôt une très mau­vaise idée. C’est un des ta­lons d’achille de Pe­tit : ré­pu­té fin psy­cho­logue avec les « in­dics », il l’est moins avec ses proches. Sans s’en rendre alors compte, il vient de nom­mer son « mau­vais gé­nie », ce­lui qui, avec une poi­gnée d’amis plus ou moins bien in­ten­tion­nés, va pré­ci­pi­ter sa chute. Na­tif d’al­gé­rie, fils d’un po­li­cier de base, adepte de cos­tumes de pe­tite fac­ture et de sou­liers à bouts poin­tus, Ri­chard At­lan, 57 ans, dé­barque au 36 comme chef de ca­bi­net de Pe­tit. Il ne sup­porte pas la pièce exi­guë où Hen­ry Mo­reau et sa col­lègue en­tas­saient livres et ar­chives, et exige que le bu­reau soit re­fait àneuf. Du haut de son mètre soixante, « Mon­sieur le chef de ca­bi­net » toise le per­son­nel et montre qu’ila le pou­voir de tout chan­ger, pein­tures, sol, mo­bi­lier et «coffre-fort pour mettre les rap­ports se­crets du di­rec­teur», se vante Ri­chard At­lan. « Il n’a qu’un mot à la bouche: “Ber­nard m’a dit que…” », se moque un de ses col­lègues. Le jour où Ber­nard Pe­tit ré­cu­père un ip­hone 6 cryp­té, son «chef de cab’ » en ré­clame aus­si un. Le gar­dien de la paix res­pon­sable du ma­té­riel re­fuse : « Ce n’est pas pos­sible, il faut que je de­mande à la di­rec­tion. » Et Ri­chard At­lan de lui ré­tor­quer : « La di­rec­tion, c’est moi ! » La ru­meur d’un pa­tron « sous l’em­prise d’at­lan » se pro­page. Tout comme celle se­lon la­quelle « At­lan est plus haut gra­dé que Pe­tit dans la franc-ma­çon­ne­rie ». C’est faux. En re­vanche, les deux hommes se connaissent bel et bien de longue date. Lors­qu’il n’était en­core qu’ins­pec­teur, Ber­nard Pe­tit croi­sait l’of­fi­cier At­lan à la DCPJ (Di­rec­tion cen­trale de la po­lice ju­di­ciaire) ; de­ve­nu com­mis­saire à l’of­fice cen­tral de ré­pres­sion du ban­di­tisme, Pe­tit tombe à nou­veau sur ce­lui qui a re­joint ce­lui de la grande dé­lin­quance fi­nan­cière. Mo­no­po­li­sé par un grand fils han­di­ca­pé, men­tal et mo­teur, At­lan ne fait « pas d’ex­tras » le soir après le bou­lot pour ren­trer s’oc­cu­per de ce gar­çon qui ne marche pas et pousse des cris. « On s’est rap­pro­chés en 2013 lors­qu’il m’a fait ren­con­trer sa femme et son fils, c’était tou­chant », ex­plique Ber­nard Pe­tit qui ad­met le cô­té « casse-burnes » du per­son­nage : « Il lutte pour vivre. Il lutte pour son fils. At­lan s’im­pose par­tout.» Après avoir réus­si à pla­cer son gar­çon han­di­ca­pé dans une ins­ti­tu­tion spé­cia­li­sée fin 2013, At­lan de­mande à in­té­grer l’équipe de Pe­tit. Le nou­veau di­rec­teur sait qu’il va avoir be­soin de types avec de la niaque: c’est ain­si que Ri­chard At­lan at­ter­rit au 36.

Les flics de lé­gende At­lan connaît aus­si Phi­lippe Le­maître, l’homme qui, le 6 oc­tobre 2014, lui té­lé­phone plu­sieurs fois avant de rendre vi­site à Ber­nard Pe­tit, « en coup de vent, comme d’ha­bi­tude ». Là en­core, les deux hommes se fré­quentent de­puis long­temps. En 1995, alors chef d’état-ma­jor de la DCPJ, Pe­tit ré­cep­tion­nait les rap­ports sen­sibles ap­por­tés par Le­maître, se­cré­taire ad­mi­nis­tra­tif de la di­vi­sion an­ti­ter­ro­riste : « Ce n’est pas un qui­dam ren­con­tré dans un bar mais un fonc­tion­naire de l’état qui, de­puis trente ans, a ac­cès à des ren­sei­gne­ments confi­den­tiels », sou­ligne Ber­nard Pe­tit pour jus­ti­fier cette re­la­tion et ce ren­dez-vous fixé dans son bu­reau.

« Au­cune Af­faire de stups ne se fait sans in­dics, sou­vent en échange de drogue. LA ten­ta­tion est grande

pour de jeunes po­li­ciers. » Pa­trick riou, ex-pa­tron de La PJ

Le­maître, per­son­nage plein d’en­tre­gent, est de­ve­nu le bras droit de Joa­quin Ma­sa­net aux oeuvres so­ciales de la po­lice (Anas). « Jo », en­core une de ces lé­gendes de la « mai­son pou­la­gat » : an­cien syn­di­ca­liste CRS « ré­pu­bli­cain, de gauche », grande gueule por­tée sur la bou­teille qui tu­toie les mi­nistres de l’in­té­rieur et tape dans le dos des com­mis­saires. Et qui n’aime rien tant que de faire et dé­faire les car­rières en pous­sant les «amis » sur le ta­bleau d’avan­ce­ment ou en dé­cro­chant la mutation de ses en­ne­mis.

Le piège prou­teau Tout comme Ri­chard At­lan, Le­maître et Ma­sa­net ont tou­jours un ser­vice à de­man­der ou à rendre. Ce 6 oc­tobre, Le­maître pro­fite de son ren­dez-vous avec le pa­tron du 36 pour cher­cher à connaître les rai­sons de la convo­ca­tion du pré­fet Ch­ris­tian Prou­teau, un autre ami, pré­vue le len­de­main à la bri­gade fi­nan­cière. Il y met as­sez d’ha­bi­le­té pour que Ber­nard Pe­tit n’y voie que du feu. Tout au plus, Le­maître a pu glis­ser en fin de conver­sa­tion que le pré­fet Prou­teau, fon­da­teur du GIGN, est « un hé­ros de la Ré­pu­blique » : « J’ai bien re­çu Phi­lippe Le­maître pour prendre un ca­fé, pas en au­dience, mais je conteste lui avoir par­lé d’une pro­cé­dure en cours concer­nant Prou­teau », nous as­sure avec fer­me­té Ber­nard Pe­tit qui ne veut pas en­trer dans les dé­tails: « Je m’ex­pli­que­rai de­vant la jus­tice mais le mal est fait. » Car si­tôt sor­ti du quai des Or­fèvres, Le­maître s’em­presse d’aver­tir Prou­teau sur les rai­sons de son au­di­tion du 7 oc­tobre. Lors­qu’il se­ra confon­du, le pré­fet Prou­teau

ba­lance Le­maître, qui lui-même dé­nonce ses pré­ten­dus in­for­ma­teurs, Ber­nard Pe­tit et son chef de ca­bi­net Ri­chard At­lan (1). Au­jourd’hui, Pe­tit avoue, pe­naud, son manque de clair­voyance et de flair : « Je ma­nage bien les ton­tons, mais pas les amis, là je suis très myope.» Pour la troi­sième fois de l’an­née, la ma­chine ju­di­ciaire tourne les yeux vers le quai des Or­fèvres et ses pra­tiques bor­der­line. Ce­la com­mence à faire désordre. Le pa­tron du 36, qui fi­nit 2014 le mo­ral en berne, l’ignore en­core mais cette fois, le dan­ger se rap­proche de lui. Dé­but 2015 est en­core pire, mais cette fois loin des in­trigues de bu­reau et des coups bas. Le ter­rain re­prend ses droits, avec une telle vio­lence que même le « grand pa­tron » doit mettre les mains dans le cam­bouis. Le 7 jan­vier, pen­dant la pré­sen­ta­tion du « rap­port » de 9 h 30, Ber­nard Pe­tit est aver­ti de « la ca­tas­trophe » ter­ro­riste qu’il re­doute de­puis des mois, comme bien d’autres flics. Il fonce vers Char­lie Heb­do avec son ad­joint. Les images s’en­chaînent à une vi­tesse folle. Celle d’un bles­sé trans­por­té par le Sa­mu qui «se vide de son sang et tré­passe » sous ses yeux. Celles « des traces de pié­ti­ne­ments de sang » dans l’es­ca­lier, par­tout sur le sol. Celle, à l’étage de la salle de ré­dac­tion, de « deux pom­piers à la peine » pour sor­tir une ci­vière dans le cou­loir étroit et qui lui lancent : « Eh, la po­lice, tu peux nous ai­der à por­ter ? » « Je tiens le bran­card, le bles­sé hurle “mon bras, mon bras!” Quand j’ai fi­ni, j’ai les mains pleines de sang. » Et celle, dans la ré­dac­tion, « d’une scène de crime in­ima­gi­nable, un amas de corps d’hommes avec le masque de la mort et une femme au mi­lieu ». Les hommes de la bri­gade cri­mi­nelle rap­pliquent en masse avec les tech­ni­ciens de l’iden­ti­té ju­di­ciaire : « On s’en­gage très for­te­ment dans l’en­quête. » Et ça n’ar­rête pas. Le len­de­main ma­tin, « c’est l’as­sas­si­nat de la po­li­cière mu­ni­ci­pale de Mon­trouge », « on a très vite une piste, Ame­dy Cou­li­ba­ly ». Dans la nuit du 8 au 9, « on va le cher­cher, on va cas­ser des ap­par­te­ments ». Ber­nard Pe­tit est sur le ter­rain avec ses gars de l’an­ti­gang et leur chef Ch­ris­tophe Mol­my lorsque « la co­lonne d’as­saut en­fonce la porte du der­nier do­mi­cile connu de Cou­li­ba­ly et de sa com­pagne » dans les Hauts-de-seine : « On rentre à 7 heures du ma­tin, bre­douilles, on va se cou­cher mais à 9heures, il faut re­par­tir dans le 77 où les Koua­chi font une prise d’otages. » Le GIGN et le Raid pi­lotent l’opé­ra­tion, la BRI reste en ob­ser­va­teur. Dans le QG, le pa­tron de la PJ de Pa­ris suit les évé­ne­ments as­sis à la table de com­man­de­ment. Jus­qu’à la prise d’otages de Cou­li­ba­ly à l’hy­per Ca­cher : « On se ra­pa­trie porte de Saint-man­dé et on ins­talle notre PC sur le pont qui en­jambe le pé­riph’. Je de­mande aux gars de la BRB de s’oc­cu­per des fa­milles qui ont en ligne des otages, aux dis­tricts de PJ de prendre en charge les jour­na­listes, et je viens voir per­son­nel­le­ment le né­go­cia­teur de la BRI qui s’avoue très pes­si­miste : Cou­li­ba­ly ne re­ven­dique rien, fait ses prières, c’est fu­neste. On pré­pare l’as­saut. Mais le pré­fet et le pro­cu­reur veulent qu’on conti­nue à né­go­cier, le mi­nistre de l’in­té­rieur, que j’ai en ligne, aus­si. Ma re­li­gion est faite. Je lui dis : “Il faut nous don­ner l’au­to­ri­sa­tion”. » Ber­nard Ca­ze­neuve s’en­quiert : « Peut-on réus­sir cet as­saut ? » Ber­nard Pe­tit ré­pond « Oui, je prends ça sur moi. » Le mi­nistre ré­torque : « Ce n’est pas la ques­tion ». Feu vert.

Et bonne an­née ! Pen­dant que « le groupe Al­pha de la BRI court vers l’ar­rière du ma­ga­sin pour une in­tru­sion chaude à l’ex­plo­sif », et que le Raid se pré­pare à at­ta­quer la fa­çade pour coin­cer Cou­li­ba­ly, le pa­tron du 36 suit l’opé­ra­tion « avec ra­dio et Stor­no (les ra­dios cryp­tées des po­li­ciers, ndlr) » en face de l’hy­per Ca­cher avec les sni­pers. Puis il tra­verse à grandes en­jam­bées l’ave­nue pour fé­li­ci­ter ses gars, « un peu hé­bé­tés » avant « la pluie d’ap­pels té­lé­pho­niques ». De re­tour quai des Or­fèvres, Pe­tit su­per­vise « la traque ju­di­ciaire » de la bri­gade cri­mi­nelle qui tra­vaille « d’ar­rache-pied » et dé­man­tèle le ré­seau Koua­chi-cou­li­ba­ly. Trois se­maines ont pas­sé. Le 30 jan­vier, lors des voeux de la BRI dans les sa­lons Ri­card rue New­ton (XVIE ar­ron­dis­se­ment), le di­rec­teur de la PJ pa­raît épui­sé, en re­trait au fond de la salle. Ch­ris­tophe Mol­my en­tame son dis­cours sur l’an­née 2014 qui a « bien mal com­men­cé » pour fi­nir sur le bla­son re­do­ré de la bri­gade an­ti­gang qui vient de réus­sir l’in­ter­ven­tion dans l’hy­per Ca­cher. À quoi pense Ber­nard Pe­tit, les yeux dans le vague? Se doute-t-il de ce qui se trame dans son dos? « Ja­mais je n’ai pen­sé à ce qui al­lait ar­ri­ver», as­sure-t-il, at­ta­blé aux Ton­tons. Pour­quoi, alors, pro­pose-t-il en cette fin jan­vier à la belle et éner­gique avo­cate Anne-laure Com­point de « pas­ser au 36 prendre un ca­fé » ? « Puis­qu’elle dé­fend beau­coup de po­li­ciers, je vou­lais lui ex­pli­quer que je ren­ver­rai de­vant le conseil de dis­ci­pline tous ceux qui ont des sou­cis d’al­coo­lé­mie en ser­vice. » Mais le 4 fé­vrier, lorsque les juges d’ins­truc­tion Char­lotte Bil­ger et Ro­ger Le Loire, un an­cien col­lègue ins­pec­teur des stups au 36, se pré­sentent à son bu­reau avec L’IGPN pour le fouiller puis le mettre en exa­men pour vio­la­tion du se­cret de l’ins­truc­tion, Ber­nard Pe­tit – in­cré­dule et ef­fon­dré – en­voie un SMS à Me Com­point : « Ce ne se­ra pas le ca­fé pré­vu. J’ai be­soin de vous à titre per­son­nel. »

(1) Mis en exa­men pour « com­pli­ci­té de vio­la­tion du se­cret de l’ins­truc­tion », ri­chard at­lan que nous avons sol­li­ci­té n’a pas sou­hai­té s’ex­pri­mer. Son avo­cat, Jean-Ch­ris­tophe ra­ma­dier, nous in­dique que son « client conteste for­mel­le­ment les ac­cu­sa­tions por­tées contre lui. en tant que chef de ca­bi­net et char­gé des re­la­tions pu­bliques, M. at­lan n’a pas ac­cès aux pro­cé­dures et ne peut donc in­for­mer per­sonne sur une en­quête en cours. Son pa­tron n’a pas plus don­né de ren­sei­gne­ments». Phi­lippe Le­maître a lui été mis en exa­men pour «com­pli­ci­té de tra­fic d’in­fluence, re­cel de vio­la­tion du se­cret de l’ins­truc­tion et re­cel de ré­vé­la­tion d’in­for­ma­tions sur une ins­truc­tion en cours dans le but d’en­tra­ver le dé­rou­le­ment des in­ves­ti­ga­tions».

Ber­nard Ca­ze­neuve s’en­quiert : « Peut-on réus­sir CET as­saut ? » Ber­nard Pe­tit : « oui, je Prends ça sur moi. » FEU vert.

Le my­thique es­ca­lier du 36.

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