EX­TEN­SION DU DO­MAINE DU #PORN

DI­GI­TAL SEX EX­TEN­SION DU DO­MAINE DU #PORN Dans nos échanges nu­mé­riques, le ha­sh­tag #porn n’a ja­mais été aus­si pré­sent : #tra­vel­porn, #tat­too­porn, #snea­ker­porn... Ces oc­cur­rences mo­du­lables à l’en­vi dé­si­gnent un monde do­mi­né par l’image où le por­no, dé­ba

GQ (France) - - Digital Sex - Par Ca­ro­line La­zard

Dans un des der­niers épi­sodes de la série Mo­dern Fa­mi­ly, co­mé­die de moeurs sur la cel­lule fa­mi­liale amé­ri­caine, Claire, mère control freak de trois ados, pro­fite d’un ins­tant de ré­pit pour dé­com­pres­ser. De­vant son écran d’or­di­na­teur, elle ouvre le dos­sier « porn », en évi­dence dans ses fa­vo­ris. Alors que le té­lé­spec­ta­teur s’a end à tom­ber sur un site de vi­déos X, c’est son ta­bleau Pin­te­rest « Or­ga­ni­za­tion Porn » qui ap­pa­raît : des pages de photos de pla­cards et de ran­ge­ments dignes du site de Mar­tha Ste­wart, la spé­cia­liste du genre. Ce clin d’oeil illustre, s’il le fal­lait en­core, l’in­fil­tra­tion du porn « mé­ta­pho­rique » dans la pop culture mon­diale. « Le por­no a long­temps été consi­dé­ré comme un sec­teur mar­gi­nal, une sous-culture ré­ser­vée à une frange peu fré­quen­table, vi­cieuse ou bi­zarre. Au­jourd’hui, au contraire, la gé­né­ra­tion Y ne connaît pas le sen­ti­ment de culpa­bi­li­té de ses pa­rents et ne fait plus de dif­fé­rence entre ce qui est por­no et ce qui ne l’est pas », ex­plique le so­cio­logue Vin­cen­zo Sus­ca, au­teur de Por­no­cul­ture, voyage au bout de la chair (Le­mieux édi­teur, à pa­raître en dé­cembre 2015). De nos jours, ou­vrir son compte Ins­ta­gram, c’est ef­fec­ti­ve­ment se confron­ter à ce nouvel ordre mon­dial, ce e tor­nade por­no jo­li­ment ap­pe­lée por­na­do. Votre frère par­ti en va­cances vous sa­lue bien avec son « Good Mor­ning Ice­land #tra­vel­porn », votre co­pine dé­voile au monde son « nou­veau ta­touage #ta oo­porn » tan­dis que votre boss ex­hibe avec fier­té son der­nier « cra­quage #snea­ker­porn ». « Toutes les photos de mon fil Ins­ta­gram sont lé­gen­dées -porn, ex­plique Ève, 23 ans, as­sis­tante de com­mu­ni­ca­tion à Paris. J’ai com­men­cé avec le food­porn l’an­née der­nière, pour ne plus m’ar­rê­ter. Toutes les com­bi­nai­sons sont pos­sibles et je n’ai pas de li­mites: des clas­siques #brunch­porn, #shoe­porn à #se­rie­porn, j’ai même in­ven­té le ha­sh­tag #mi­chel­porn pour mon chat. Les gens sont fans ! » Cas ex­trême ? Loin de là. De­puis l’en­goue­ment ini­tial pour le #food­porn et ses gros plans qui réus­sis­saient à rendre gy­né­co­lo­giques les contours d’un bur­ger, les ha­sh­tags se sont mul­ti­pliés : #car­porn, #de­si­gn­porn, #spa­ce­porn, #Ni­ke­porn, #ruin­porn, #book­shel­ve­sporn, #in­ter­ior­porn, #vin­ta­ge­porn… la liste n’est pas ex­haus­tive. En ad­di­tion­nant les ha­sh­tags porn les plus uti­li­sés, toutes pas­sions confon­dues, on compte en­vi­ron 70 mil­lions d’oc­cur­rences, seule­ment sur Ins­ta­gram. Sommes-nous pour au­tant tous de­ve­nus pornocrates ?

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