JUS­QU’ICI, C’EST LE MEILLEUR

Ins­tinc­tif, ma­gné­tique, dé­sin­volte… Ce mois-ci, GQ cé­lèbre l’über classe de Vincent Cas­sel. De La Haine, il y a vingt ans, à Mon Roi de Maï­wenn, l’ac­teur nous ra­conte com­ment Vinz est de­ve­nu Cas­sel. En­tre­tien pun­chy ! Vincent Cas­sel p. 124

GQ (France) - - L’édito -

C’est à moi que tu parles ? C’est à moi que tu parles, en­cu­lé ? » Per­sonne n’a évi­dem­ment ou­blié la scène an­tho­lo­gique de La Haine où Vinz-vincent Cas­sel se prend dans sa salle de bains pour Tra­vis Bi­ckle-robert De Ni­ro dans le my­thique Taxi Dri­ver. Il bombe le torse (nu), éructe (en man­geant la moi­tié de sa brosse à dent), se rince la bouche, crache dans le la­va­bo comme si l’émail l’avait in­sul­té. Puis il plaque son crâne ra­sé et son nez cas­sé sur la glace du mi­roir comme s’il met­tait à l’amende un ima­gi­naire ad­ver­saire : « Wow, wow ! C’est à moi que tu parles comme ça, mec ? » Là, il fait mine de char­ger un flingue, for­mé de ses cinq doigts, puis le pointe sur la tempe de sa cible, tout aus­si ima­gi­naire, en pre­nant à té­moin une bande d’amis fic­tive, hors-champ. Il vise le mi­roir. La ca­mé­ra. Nous donc. Et « Bam ! ». Brui­tage d’un vrai tir de pis­to­let. Fin de la sé­quence. Nais­sance de l’un des plus grands ac­teurs fran­çais. Com­ment ne pas voir, ré­tros­pec­ti­ve­ment, dans cette scène, ce « Tal­kin to me » ver­sion Chan­te­loup-lesVignes, le geste inau­gu­ral d’un ac­teur de vingt-huit ans à peine qui semble, dé­jà à l’époque, maî­tri­ser le moindre de ses muscles sub­cla­vi­cu­laires, cha­cune des ner­vures de son vi­sage ul­tra­mo­bile et le plus mi­cro­sco­pique postillon de son phra­sé mi­trailleur ? C’était il y a vingt ans. Pas tout à fait jour pour jour, certes, puisque le film de Mathieu

/ Kas­so­vitz est sor­ti le 31 mai 1995. Mais peu im­porte : un nu­mé­ro de GQ qui cé­lèbre pour la qua­trième fois Vincent Cas­sel en co­ver pou­vait-il dé­cem­ment s’ou­vrir sans un hom­mage-an­ni­ver­saire ap­puyé à ce film coup de boule pour « toute une gé­né­ra­tion » ? Ex­pres­sion gal­vau­dée, OK, mais là, on a le droit.

Cas­sel a beau avoir 48 ans au­jourd’hui, un « tra­ckre­cord » ex­cep­tion­nel, il confie dans l’en­tre­tien d’une rare fran­chise qu’il a ac­cor­dé à notre jour­na­liste Jacques Braunstein (p. 124) com­bien il se sent à la fois agres­sé et fier d’être sans cesse ra­me­né à La Haine – « Je ne vais pas en par­ler toute ma vie ! » –, jus­qu’à se faire en­core apos­tro­pher ré­gu­liè­re­ment dans la rue par des « c’est à moi que tu parles, en­cu­lé ? ». Anec­dote au pas­sage. Nous sommes beau­coup à pen­ser que Cas­sel pas­ti­cha vo­lon­tai­re­ment De Ni­ro, à la de­mande, ou non, de Kas­so­vitz. Er­reur. « Vous n’al­lez pas me croire, confiait-il à Té­lé­ra­ma en 2008, mais je vous jure que quand on a tour­né cette scène, je n’ai pas fait le rap­pro­che­ment avec la scène my­thique de Taxi Dri­ver, quand Robert De Ni­ro ré­pète “Are you tal­kin’ to me ?” en se re­gar­dant dans la glace. La scène écrite était trop courte, il fal­lait im­pro­vi­ser pour que le plan soit suf­fi­sam­ment long. Je l’ai fait sans imi­ter, en fai­sant ré­fé­rence à un film que j’avais vu tout jeune, mais sans m’en rendre compte. Bon, tout de suite après, j’ai com­pris, bien sûr. » Com­pris quoi ? Qu’il avait fi­na­le­ment pro­cé­dé comme De Ni­ro… en im­pro­vi­sant. Tout à l’ins­tinct, s’ins­cri­vant presque mal­gré lui dans cette in­ter­na­tio­nale fié­vreuse et ner­veuse des grands ac­teurs mon­diaux. Ceux qui ex­cellent jus­te­ment parce qu’ils n’aiment pas, au fond, voir leur gueule dans le mi­roir (ou à l’écran, c’est pa­reil). Fuir son image de peur qu’elle ne se sauve.

« La Haine, je ne vais pas en par­ler toute ma vie ! »

Bob De Ni­ro dans Taxi Dri­ver ? Eh non ! Vincent Cas­sel dans La Haine.

VINCENT CAS­SEL est pho­to­gra­phié par Greg Williams Cos­tume, che­mise et cra­vate Va­len­ti­no

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