L’ÉQUA­TION MA­CAIGNE L’ADN de Vincent Ma­caigne, ac­teur na­tu­rel à la drô­le­rie poi­gnante, dé­cryp­té via trois de ses pairs.

GQ (France) - - Lettres -

Cette image de Ma­caigne est biai­sée de­puis le dé­part. On l’a dé­cou­vert sur grand écran, alors qu’il vient du théâtre. De­puis une dé­cen­nie, son oeuvre aus­si au­da­cieuse que mons­trueuse re­vi­ta­lise une scène long­temps dé­te­nue par « de grands et vieux met­teurs en scène » comme Pa­trice Ché­reau ou Jean-pierre Vincent : « Quand j’ai com­men­cé, ils étaient comme des par­rains de la ma­fia, confie-t-il. Je fai­sais des crises d’an­goisse pen­dant leurs pièces tel­le­ment je m’en­nuyais. Comme un mi­ni­can­cer. » Alors Ma­caigne leur op­pose sa dé­me­sure : « Je fais des pièces qui durent cinq heures. Ce n’est pas fa­cile pour le pu­blic. Mais j’en­traîne les gens dans un uni­vers en leur ten­dant la main. » Et ce­la donne Au moins j’au­rai lais­sé un beau ca­davre, une ver­sion d’ham­let pleine de fu­reur et d’hé­mo­glo­bine ou en­core une va­ria­tion cos­mique et bouf­fonne au­tour de L’idiot de Dos­toïevs­ki. Ces pièces, qui ont di­vi­sé cri­tique et pu­blic à Avi­gnon et à Paris, ont for­gé l’image d’un créa­teur mé­ga­lo, à la li­mite du dé­miurge, aus­si gé­nial que tim­bré. Une im­pres­sion ren­for­cée par ce comb-over dé­ment qui a un temps fait of­fice chez lui de si­gna­ture ca­pil­laire. Pour­tant, l’in­tran­si­geance de Vincent Ma­caigne tient moins de la consé­quence d’une pos­ture ro­man­tique un peu désuète que d’un constat im­pla­cable sur l’état du ci­né­ma en France: « Quand je vais voir un film, je ne vois que des vieux. Il y a une ré­vo­lu­tion à mettre en oeuvre au ci­né­ma… Le théâtre a dé­jà en­ta­mé ce tra­vail. Il faut qu’on re­trouve un truc ly­rique, noble, an­ti­bour­geois. On re­çoit de l’ar­gent pu­blic avec le­quel il faut faire quelque chose de fou, de grand. » Elle est loin, l’image du type dé­bous­so­lé. D’ailleurs, Jus­tine Triet, la réa­li­sa­trice de La Ba­taille de Sol­fé­ri­no, in­siste sur son pou­voir de per­sua­sion et Louis Gar­rel, qui le connaît de­puis son ado­les­cence, le dé­crit comme « très obsessionnel ». Utile dans les rap­ports de pou­voir avec la di­rec­tion du fes­ti­val d’avi­gnon et le mi­nis­tère de la Culture. Cette an­née, Ma­caigne est ap­pa­ru dans trois films, en ter­mine un en tant que réa­li­sa­teur pour Arte, avec la Co­mé­die-fran­çaise (Dom Juan), et pour­suit l’écri­ture d’un projet plus per­son­nel… Dans ce tour­billon créa­tif, peu de ra­tés, et quelques ren­dez-vous man­qués, à l’image d’une entrevue à Londres avec le réa­li­sa­teur Ste­phen Frears: « Il est ve­nu me cher­cher à la gare. Après, c’est de­ve­nu bi­zarre. Je n’ai rien com­pris à son ac­cent. Ça ne ser­vait à rien, et on s’est conten­tés de prendre un verre. » Sa car­rière in­ter­na­tio­nale at­ten­dra. Guillaume Brac, qui a ré­vé­lé l’ac­teur hy­per­ac­tif, lui pré­dit un rôle de mé­chant dans James Bond. « Il dit ça à cause de Mi­chael Lons­dale et de Mathieu Amal­ric, re­cadre l’ac­teur, mais ce n’est pas pour de­main ! Ce­la dit, j’ai­me­rais bien jouer un mé­chant. Un gros connard avec du pou­voir. J’en ai cô­toyé tel­le­ment, je sau­rais com­ment m’y prendre. »

« Je dé­teste les ac­teurs qui par­sèment leur car­rière

de rôles dif­fé­rents. Je trouve ça hi­deux. On ne choi­sit pas un rôle. On choi­sit un réa­li­sa­teur. »

GÉ­RARD DE­PAR­DIEU Vi­sage ex­pres­sif, voix et dic­tion uniques : Ma­caigne rap­pelle for­cé­ment De­par­dieu. Avec son aî­né, qu’il ad­mire, il par­tage une évi­dence de jeu et une ap­ti­tude à res­ter sé­dui­sant dans la vio­lence.

Un mu­si­cien re­ve­nu sur ses terres pour tra­vailler dans le confort de la mai­son fa­mi­liale s’em­presse de sé­duire une jour­na­liste du ca­nard lo­cal. Mais lais­sé sans nou­velles, l’amou­reux écon­duit tente alors un kid­nap­ping foi­reux, un peu comme chez les frères

Louis Gar­rel joue un brun té­né­breux, sé­duc­teur com­pul­sif, Vincent Ma­caigne, un ti­mide com­pul­sif… et té­né­breux. Les ca­ma­rades se fâchent à cause d’une fille (Gol­shif­teh Fa­ra­ha­ni). Un beau film sur l’ami­tié mas­cu­line (à ne pas confondre avec un film de pote

BER­NARD MÉ­NEZ Mal­adroit avec les filles, hé­si­tant, dis­trait, drôle mal­gré lui, Ma­caigne évoque beau­coup le Ber­nard Mé­nez des films ma­gni­fiques de Jacques Ro­zier. Il est d’ailleurs son fils dans Ton­nerre.

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