LE PI­MENT DU CAYENNE Le Tone

DE LE TONE Par­ti en Si­cile sur les routes de la my­thique course Tar­ga Fio­rio, notre chro­ni­queur s’est lais­sé sur­prendre au vo­lant d’une Porsche. Mais pas de n’im­porte la­quelle : l’énorme Cayenne GTS. Illustration : Su­per­birds Notre es­sayeur d’en­gins rou

GQ (France) - - Lettres - Par My­riam Le­vain Photos Eros Hoagland

Je suis in­vi­té en Si­cile par Porsche pour dé­cou­vrir les tron­çons my­thiques de la Tar­ga Flo­rio au vo­lant des dif­fé­rents mo­dèles de la gamme GTS (une série li­mi­tée très spor­tive). Au­tant dire que je pose mon pied sur cette île avec une forte en­vie d’en dé­coudre: la Tar­ga Flo­rio, cette course rou­tière aux 6000 vi­rages créée en 1906, a tou­jours été consi­dé­rée comme une des plus dan­ge­reuses ! C’est ce qui pro­vo­qua d’ailleurs son ar­rêt en 1977. Lu­nettes de soleil, che­mise blanche et es­pa­drilles, j’étais prêt pour af­fron­ter la fa­meuse route. Ras­su­ré par les onze titres de Porsche sur cette épreuve, j’al­lais faire par­ler la poudre. Mon am­bi­tion était de cho­per très vite au­près du ser­vice de presse la 911 Tar­ga 4 GTS rouge avant mes confrères. Mais mon émo­tion in­tense et son nom alam­bi­qué et im­pro­non­çable m’ont fait ba­fouiller et je me suis re­trou­vé au vo­lant d’un Cayenne. GTS certes, mais un Cayenne. Pfff. J’aime toutes les Porsche – même celles des eigh­ties, même la 924 – mais le Cayenne, lan­cé en 2002, je l’avoue, j’ai tou­jours eu du mal avec son cô­té « pan­zer de luxe SUV Su­per-sport pour rap­peur mos­co­vite » . Sur­tout, le fait qu’il soit le frère ju­meau de l’in­si­pide VW Toua­reg m’a tou­jours dé­tour­né. Ce n’est vrai­ment pas l’image que je me fai­sais d’une spor­tive. Mais ça, c’était avant de l’en­traî­ner sur les routes et de le voir en ac­tion avec son V6 bi­tur­bo de 440 ch. Le temps de m’ins­tal­ler, je re­père par­mi tous les bou­tons le mode Sport Plus. Et en avant! Pied au plan­cher sur le re­vê­te­ment pous­sié­reux de Pa­lerme, et voi­là mon Cayenne qui dé­crit une jo­lie courbe en glis­sant du train ar­rière. Hey, mais c’est co­ol ! Ce pos­té­rieur qui cha­loupe un peu lors des fortes ac­cé­lé­ra­tions, c’est ce qu’ils ap­pellent élé­gam­ment le « ty­page pro­pul­sion ». Ar­ri­vé au feu rouge sui­vant, je m’at­tends à af­fron­ter des re­gards de haine, mais pas du tout! Les pouces se lèvent et les sou­rires se des­sinent de­puis les Cin­que­cen­to ca­bos­sées et sans ré­tro­vi­seurs. Après la sor­tie de Pa­lerme, me voi­là sur le par­cours de la course. Bigre, ça marche très fort quand même! Je double quelques jour­na­listes en 911 Tar­ga (fier­té). On res­sent à peine le poids au frei­nage ou dans les vi­rages (c’est votre fournisseur de freins et de pneus qui va être content). À force de jouer sur la route, je perds un peu le sens des réa­li­tés. Je me re­trouve sou­dain coin­cé dans les mi­nus­cules rues pa­vées d’un vil­lage de mon­tagne. Pa­nique ! Im­pos­sible d’avan­cer ou de re­cu­ler. Même avec les ca­mé­ras à 360° ! Heu­reu­se­ment, les ha­bi­tants trouvent le Cayenne à leur goût et ac­courent pour m’ai­der à né­go­cier la sor­tie du vil­lage. À moins qu’ils ne m’aient pris pour un ba­ron lo­cal de Co­sa Nos­tra, avec mes lu­nettes noires et ma che­mise ou­verte. De­puis, je m’in­ter­roge. Com­ment rendre ce Cayenne plus sym­pa­thique aux yeux de mes lec­teurs hips­ters ur­bains ? Bon sang, mais c’est bien sûr! Il suf­fit de choi­sir la ver­sion E-hy­brid, qui se re­charge fa­ci­le­ment sur n’im­porte quelle borne Au­to­lib’ : c’est ce qu’on ap­pelle le Cayenne branché.

J’aime toutes les Porsche,

mais le Cayenne, j’ai tou­jours eu du mal.

L’ac­teur mexi­cain Gael Gar­cia Ber­nal dit sou­vent que l’en­droit le plus fas­ci­nant du monde est Tijuana : « Toute l’hu­ma­ni­té est conte­nue dans cette ville, l’im­mi­gra­tion, les murs, mais aus­si le sens de la com­mu­nau­té, l’es­poir et l’en­vie de faire chan­ger les choses. » Der­nier check­point avant le rêve amé­ri­cain, Tijuana sym­bo­lise sur­tout, grâce à des films comme Ba­bel d’ale­jan­dro Gonzá­lez Iñár­ri­tu (2006), le cau­che­mar des im­mi­grés clandestins et le calvaire des pros­ti­tuées à grin­gos, ces blancs qui passent la fron­tière pour se saou­ler et se dro­guer pas cher. Si, au­jourd’hui, la plus grande ville de Basse-ca­li­for­nie lutte en­core pour se dé­faire de cette ré­pu­ta­tion, la mé­ta­mor­phose est dé­jà bien en­ta­mée. GQ re­monte la piste de « TJ ».

loin de la fo­lie de Mexi­co ou de Los An­geles, qui plaît le plus aux ha­bi­tants de Tijuana.

Street art et scène cu­li­naire S’il y a bien un do­maine qui in­carne la di­men­sion fron­ta­lière de Tijuana, c’est l’art ur­bain de la ville qui s’ins­pire à la fois des mu­rales tra­di­tion­nels mexi­cains et du street art ca­li­for­nien. La Pan­ca, une jeune ar­tiste de 27 ans qui ex­pose dé­sor­mais à Los An­geles et New York, fait par­tie des per­son­na­li­tés em­blé­ma­tiques de Tijuana. Pour­tant née à San Die­go de pa­rents im­mi­grés mexi­cains, elle a dé­ci­dé de re­ve­nir vivre au plus près de ses ra­cines pour trou­ver l’inspiration. Le chef Mi­guel An­gel Guerrero a, quant à lui, ou­vert son res­tau­rant, La Que­ren­cia, en 2001. Il vou­lait of­frir quelque chose aux lo­caux plu­tôt qu’aux tou­ristes. En ma­riant les sa­veurs mexi­caines et asia­tiques aux sa­veurs mé­di­ter­ra­néennes (le cli­mat lo­cal per­met de culti­ver le même type de pro­duits que dans le Sud de l’eu­rope), ce chef 100 % ti­jua­nais crée un cou­rant cu­li­naire : la Ba­ja Med (contrac­tion de « Ba­ja Ca­li­for­nia » et « Mé­di­ter­ran­née »). Re­pé­ré par le New York Times, le mou­ve­ment fait des émules. Ja­vier Plas­cen­cia, avec son res­tau­rant Mi­sión 19, a ain­si in­tro­duit à Tijuana une carte créa­tive et très haut de gamme. Le chef se dit fier d’être ti­jua­nais, même si ça n’a pas tou­jours été le cas : « Quand je pro­non­çais le nom de la ville, je voyais la tête que fai­saient les gens… alors je di­sais juste que j’étais ori­gi­naire de la ré­gion. Au­jourd’hui, je dis haut et fort que je viens de Tijuana », sou­rit-il.

Nuits mez­ca­li­sées Tra­di­tion­nel­le­ment, les bars de Tijuana rap­pellent plus ceux de Las Ve­gas que ceux de Stockholm. Mais de­puis peu, la jeu­nesse hips­ter ne cesse d’ou­vrir de nou­veaux lieux qui n’ont rien à en­vier à nos bars pa­ri­siens. Le pre­mier, La Mez­ca­le­ra, a ou­vert ses portes en 2010 en plein quar­tier po­pu­laire alors que la guerre des gangs, ve­nait à peine de se ter­mi­ner. Sa carte de mez­cals, ses concerts et ses DJ sets ont fait re­des­cendre les jeunes dans la rue. Pon­cho Ma­pache, pa­tron du bar Ur­ba­no, dans le quar­tier plus chic de la Zo­na Rio, fait par­tie de cette jeu­nesse lo­cale « heu­reuse de vivre ici sans al­ler faire ses courses de l’autre cô­té de la fron­tière dans les hy­per­mar­chés amé­ri­cains ». Il se bat pour re­don­ner à la ville son éner­gie et se ré­jouit de voir ap­pa­raître es­paces de co­wor­king, food­trucks et autres ga­le­ries d’art, fré­quen­tés par une clien­tèle jeune – et tou­jours plus fière d’une ville en pleine ef­fer­ves­cence.

Al­lier hy­bride éco­lo et GTS très sport : le fan­tasme se­cret de Le Tone.

La street-ar­tiste La Pan­ca (en haut à gauche), les spots de surf ré­pu­tés de la côte basse-ca­li­for­nienne (à droite) et une ga­le­rie mar­chande res­tau­rée.

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