LAURENT OBA­DIA & LI­LIANE BET­TEN­COURT

GQ (France) - - Cover Story -

en 2008, la fille de l’hé­ri­tière mil­liar­daire du groupe L’oréal, Fran­çoise Bet­ten­court-meyers, ac­cuse l’ar­tiste Fran­çois-marie Ba­nier d’abus de fai­blesse en­vers sa mère. Laurent oba­dia, un des com­mu­ni­cants de Li­liane Bet­ten­court, « monte » alors des in­ter­views avec la vieille dame afin qu’elle dé­mente les ac­cu­sa­tions por­tées par sa fille. entre Li­liane Bet­ten­court et Michel Guer­rin, jour­na­liste au Monde. In­ter­rom­pant l’in­ter­view, au mo­tif que la vieille dame avait un ren­dez-vous pour dé­jeu­ner, la com­mu­ni­cante a ren­voyé au jour­na­liste l’en­tre­tien « com­plé­té » un peu plus tard, ju­rant qu’elle avait re­tra­vaillé et amen­dé le texte « comme ce­la se fait cou­ram­ment », sous le contrôle, jure-t-elle, de l’oc­to­gé­naire pos­tée der­rière elle pen­dant qu’elle écri­vait le texte. Marion Bou­geard est em­blé­ma­tique de ces com­mu­ni­cants ca­pables de sou­te­nir tout et son contraire. Alors que l’af­faire Bet­ten­court n’at­tend plus que son dé­noue­ment de­vant le tri­bu­nal, elle de­vient char­gée de com­mu­ni­ca­tion au­près de Jé­rôme Ca­hu­zac. C’est elle, qui, le 2 dé­cembre 2012, trans­met au mi­nistre du Bud­get, alors en pleine séance à l’as­sem­blée na­tio­nale, une liste de ques­tions que sou­haite lui po­ser Me­dia­part sur son compte en Suisse. Une fois sor­ti de l’hé­mi­cycle, le mi­nistre dé­chire la feuille de pa­pier et lui jette les mor­ceaux au vi­sage, soi-di­sant pour la convaincre de son in­no­cence. La com­mu­ni­cante s’ac­croche au­près du mi­nistre, l’en­cou­rage à s’en­tou­rer d’avo­cats, et, ironie du sort, se voit au même mo­ment dé­si­gnée pour tra­vailler à l’ins­tal­la­tion d’un co­mi­té na­tio­nal contre la fraude… Mais l’étau qui en­serre Ca­hu­zac est trop puis­sant. Il ne peut plus te­nir long­temps, en­fer­ré dans ses men­songes. Il désa­voue Marion Bou­geard pour la rem­pla­cer par Anne Hom­mel, une qua­dra blonde spé­cia­liste de la « com’ de crise ». C’est elle qui, une fois les aveux de Ca­hu­zac lâ­chés, met en scène le sto­ry­tel­ling du mi­nistre déchu et vic­time, no­tam­ment dans une in­ter­view mil­li­mé­trée ac­cor­dée à BFM. À l’été 2013, après avoir dé­fen­du son pa­tron bec et ongles, Marion Bou­geard est au­di­tion­née par une com­mis­sion d’en­quête par­le­men­taire à la­quelle elle confie, très émue, « s’être re­trou­vée plon­gée dans une his­toire de dingues » sans ima­gi­ner « que le plus dingue était as­sis à cô­té [d’elle]. » Elle a dé­sor­mais pris ses dis­tances avec cet uni­vers. L’ar­ri­vée d’anne Hom­mel dans le staff du mi­nistre illustre cette prise de pou­voir des

com­mu­ni­cants quand l’heure ju­di­ciaire sonne. Ces pros de la com’, suf­fi­sam­ment in­fluents pour ob­te­nir des in­ter­views fa­vo­rables à leurs thèses à une heure de grande écoute, sont chose rare. Ils sont une di­zaine tout au plus, tra­vaillant de plus en plus sou­vent en tan­dem avec les avo­cats abon­nés aux dos­siers mé­dia­tiques. Char­gé de la com­mu­ni­ca­tion de Véo­lia, Laurent Oba­dia, look D’HEC et l’un des plus gros car­nets d’adresses du CAC 40, a vite été re­pé­ré par Pascal Wil­helm. La fille de la mil­liar­daire, Fran­çoise Bet­ten­court-meyers, était, elle, conseillée par une femme d’ex­pé­rience, Marie-france La­va­ri­ni, une proche de Lio­nel Jos­pin dont la so­cié­té, El­la Fac­to­ry, est sous contrat avec L’oréal. C’est tout aus­si na­tu­rel­le­ment qu’anne Hom­mel a pris place aux cô­tés de l’avo­cat Jean Veil pour dé­fendre DSK et Jé­rôme Ca­hu­zac. Les deux hommes po­li­tiques connais­saient de très longue date cette an­cienne as­sis­tante par­le­men­taire du groupe so­cia­liste, pas­sée par Eu­ro RSCG avant de créer Ma­jo­relle, sa propre so­cié­té. Peu après les évé­ne­ments dra­ma­tiques de jan­vier, c’est en­core Anne Hom­mel que Richard Mal­ka, un de ses amis, a ap­pe­lée au che­vet de Char­lie Heb­do – au re­gret d’une par­tie de l’équipe, qui a vu d’un mau­vais oeil l’ir­rup­tion d’une proche de DSK dont ils es­timent le pro­fil po­li­tique « pas très Char­lie ».

Un dis­cours mil­li­mé­tré Mais une ca­té­go­rie de com­mu­ni­cants est par­ti­cu­liè­re­ment re­cher­chée : les an­ciens pro­fes­sion­nels des mi­lieux ju­di­ciaires. Ain­si, Patricia Cha­pe­lotte, une autre qua­dra chic, dont la so­cié­té, Al­be­ra Conseil, tra­vaille ré­gu­liè­re­ment avec l’avo­cat pé­na­liste Patrick Mai­son­neuve (dans l’af­faire Clears­tream, par exemple), est l’an­cienne char­gée de com­mu­ni­ca­tion de Do­mi­nique Per­ben lors­qu’il était garde des Sceaux. C’est aus­si sur cette connais­sance in­time des rouages ju­di­ciaires que re­pose la re­la­tion entre l’agence Vae So­lis et l’avo­cat Patrick Klug­mann : dans ses bu­reaux de l’ave­nue Montaigne,

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