LA Corde raide Phi­lippe Pe­tit au som­met des twin to­wers sur grand écran ? fris­sons ga­ran­tis.

« The Walk : Rê­ver plus haut ne se­ra pas une par­tie de plai­sir pour les spec­ta­teurs su­jets au ver­tige », af­firme Robert Ze­me­ckis, 64 ans. Le réa­li­sa­teur a tou­jours su al­lier les avan­cées de la haute tech­no­lo­gie de l’image avec des his­toires qui met­taient

GQ (France) - - Potrait -

de sa com­pagne, ma­na­ger et pro­duc­trice, ka­thy o’don­nell, pour qu’il s’y ré­solve – et fi­na­le­ment, en ex­clu­si­vi­té. Phi­lippe Pe­tit mé­dite sur son pas­sé loin du monde, à sho­kan, au fond d’une val­lée voi­sine de Wood­stock, dans les mon­tagnes des cats­kills, au nord de l’état de new York. Pour le trou­ver il faut beau­coup de vo­lon­té et un très bon GPS qui vous amène au coeur d’une ré­gion gran­deur nature, avec ses im­menses fo­rêts, ses lacs et ses ri­vières et qui consti­tue l’épicentre du retour à la nature pour les bran­chés new-yor­kais. de di­men­sion mo­deste, sa mai­son en bois en forme de cube se cache au bout d’une route pri­vée toute ca­bos­sée. de­vant, entre deux arbres, un long câble où l’ar­tiste s’en­traîne trois heures par jour. c’est là que Jo­seph Gor­donLe­vitt a sué sang et eau pour se glis­ser dans la peau du fu­nam­bule. Phi­lippe Pe­tit a pour voi­sins da­vid Bo­wie (« La mon­tagne en face… ») et robert de ni­ro (« un peu plus loin. »). Mais il doit sur­tout par­ta­ger son do­maine fo­res­tier avec des écu­reuils, d’in­nom­brables biches peu fa­rouches et deux fa­milles d’ours bruns très in­té­res­sés par les pou­belles de la mai­son (« J’ai dû les ca­de­nas­ser pour les pro­té­ger ! »).

Créa­ti­vi­té et apho­rismes d’em­blée, il pro­pose de me­ner notre en­tre­tien en an­glais, de­ve­nu sa langue na­tu­relle bien qu’il le parle tou­jours avec un ac­cent as­sez mar­qué pour tra­hir ses ori­gines. L’af­faire du bi­cen­te­naire re­vient sur le ta­pis : « ren­dez-vous compte, s’em­porte-t-il en fran­çais (tout de même !), mon livre sur les deux tours, To Reach the Clouds [édi­té en 2002, ndlr], n’a ja­mais été tra­duit chez vous ! Pour­quoi la france ne m’in­vite-t-elle pas à faire des spec­tacles ? Pour­quoi tant de pro­messes non te­nues alors que je me pro­duis par­tout dans le monde ? J’ai fi­ni par re­non­cer à com­prendre. » À cô­té de sa mai­son, une grange. « Le plus pe­tit théâtre du monde », comme il la dé­fi­nit, avec une scène, un ri­deau rouge et tout juste la place pour ac­cueillir quatre ou cinq per­sonnes. Phi­lippe Pe­tit a construit de ses mains cette grange – où, quand le temps est mau­vais, il ré­pète – en uti­li­sant les tech­niques, les ma­té­riaux et les ou­tils des char­pen­tiers du Xviiie siècle. après avoir dé­vo­ré tous les ou­vrages sur le su­jet, il s’est ré­so­lu à par­ti­ci­per à un work­shop du spé­cia­liste de cet art per­du, un cer­tain Jack so­bon. au­to­di­dacte, ren­voyé de cinq écoles, Pe­tit se fait un de­voir de tout ap­prendre par lui-même. Même pour son art ma­jeur, le fu­nam­bu­lisme, ou pour le jon­glage (« la jon­gle­rie », ain­si qu’il la nomme), il n’a pas fait d’école. « de­ve­nir son propre en­sei­gnant » est l’une des nom­breuses de­vises qui égrènent ses huit livres, dont le der­nier ré­sume toute sa phi­lo­so­phie : Créa­ti­vi­té (actes sud, 2014). il aime aus­si dire que « le chaos ap­pelle tou­jours l’ordre ». ou en­core : « on se trouve soi-même quand on est per­du. » des apho­rismes fa­ciles, mais il y croit. Quand, l’hi­ver, le cli­mat de­vient trop rude à sho­kan, il re­des­cend à new York (à 180 km de là) où il vit comme ar­tiste ré­sident dans la ca­thé­drale saint-jean-le-di­vin. La plus grande du monde. né en 1949 à ne­mours, ce fils d’un avia­teur de l’ar­mée et d’une mère au foyer s’est ra­pi­de­ment dé­ta­ché de sa fa­mille. son père ne voyait pas d’un bon oeil sa pas­sion pour les arts de la rue. « Mes pa­rents, se sou­vient-il, n’ont pas été les ca­ma­rades d’aven­ture que l’on peut es­pé­rer. À 16 ans, je suis par­ti vo­ler de mes propres ailes. » Pen­dant des an­nées, il n’a au­cun rap­port avec eux, avant de fi­na­le­ment se rap­pro­cher de son père dé­cli­nant : « Je me suis ren­du compte qu’il m’avait mis, très jeune, dans des ins­ti­tu­tions spor­tives ou ar­tis­tiques de très haut ni­veau. entre 6 et 16 ans, j’ai sui­vi des cours dans une école d’équi­ta­tion à saint-ger­mai­nen-laye. Grâce à lui, j’ai étu­dié à l’école d’art Mar­te­not, fait de l’es­crime, ap­pris les ru­di­ments du mé­tier de char­pen­tier, d’im­pri­meur. au­jourd’hui, je rends hom­mage à mes pa­rents et je com­prends leur in­quié­tude. »

Plus de 500 ar­res­ta­tions une forme de so­li­tude ir­rigue toute sa vie, jus­qu’à sa pra­tique ar­tis­tique et ce dé­ca­lage presque trou­blant entre le ni­veau de ses per­for­mances et sa no­to­rié­té, réelle outre-at­lan­tique, plus me­su­rée ailleurs. Phi­lippe Pe­tit est l’un des rares fu­nam­bules à se pro­duire en de­hors du monde du cirque. Pas ques­tion, non plus, de cou­rir après les re­cords. Pas da­van­tage de rou­le­ments de tam­bours ou de mise en scène

The walk : rê­ver plus haut, de robert Ze­me­ckis, avec Jo­seph Gor­don-le­vitt et Char­lotte Le Bon, en salles le 28 oc­tobre

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