FA­BIEN GAL­THIÉ, DE­MI DE MÊ­LÉE

GQ (France) - - Rugby Club -

le bar à Pre­to­ria, j’ai ex­pli­qué à Phi­lippe que je par­lais très mal fran­çais et que je ne sa­vais pas quoi dire après un match. “Pas de chance” ou “Bien es­sayé” ? Ça, c’est très an­glais et vrai­ment condes­cen­dant. Alors, j’ai juste dit “Bien joué”, en es­pé­rant que ce soit neutre et pas trop éner­vant. Évi­dem­ment, après huit matchs, ça l’est de­ve­nu ! Et quand Phi­lippe m’a ra­con­té ce­la, je me suis vrai­ment sen­ti gê­né », as­sure Will Car­ling.

Ri­va­li­tés ou­bliées Vingt ans après, les deux hommes conservent pré­cieu­se­ment ce mo­ment dans leur boîte à sou­ve­nirs in­ter­na­tio­naux. Et cha­cun d’y al­ler de son image pour in­ter­pré­ter sa por­tée. Pour Saint-an­dré, qui avait dis­pu­té six des huit matchs per­dus contre le XV de la Rose, « ce qui est fou, c’est d’avoir fu­mé le ca­lu­met de la paix avec les An­glais le jour d’une vic­toire de la France ». Tan­dis que Car­ling parle d’une soi­rée qui a per­mis « d’abattre le mur qui s’était construit entre les deux équipes ». Il est tom­bé avec fra­cas, dans une am­biance de dé­com­pres­sion to­tale. « Ce jour-là, les An­glais ont été bons per­dants, ré­sume Fa­bien Gal­thié. Ils ont eu en­vie de faire la fête avec nous. Ce­la a été un bon mo­ment de vie. » Lors de cette troi­sième mi-temps, les ri­va­li­tés spor­tives ou les dif­fé­rends hé­ri­tés du ter­rain ont ef­fec­ti­ve­ment lais­sé la place à d’in­croyables mo­ments de com­mu­nion. « Avec l’an­gle­terre, il y avait un an­ta­go­nisme hé­ri­té des gé­né­ra­tions pré­cé­dentes. Per­son­nel­le­ment, j’étais dans la lo­gique du rug­by: hors du ter­rain, il ne se passe rien. Le match est fi­ni », es­time Laurent Bé­né­zech, avant d’ajou­ter : « Ce­la nous a bien sûr ai­dés d’avoir ga­gné ce match. Si on avait per­du, ça au­rait été la dé­faite de trop. On au­rait eu moins en­vie de dia­lo­guer avec eux. Cette re­mise à ni­veau spor­tive a fa­ci­li­té ce rap­pro­che­ment. Je sais que, de leur cô­té, c’était na­tu­rel de par­ta­ger. » Plu­sieurs joueurs de l’équipe de France ont eu en­suite l’oc­ca­sion d’en faire l’ex­pé­rience. Car, au cours des sai­sons qui ont sui­vi, sept membres de ce groupe de 1995 ont re­joint des clubs du cham­pion­nat an­glais (Phi­lippe Sel­la, Laurent Bé­né­zech, Laurent Ca­bannes, Phi­lippe Saint-an­dré, Thier­ry Lacroix, Ab­de­la­tif Be­naz­zi et Ch­ris­tian Ca­li­fa­no). Saint-an­dré, l’ac­tuel sé­lec­tion­neur de l’équipe de France, est ce­lui qui y est res­té le plus long­temps, amor­çant outre-manche sa re­con­ver­sion en tant qu’en­traî­neur puis ma­na­ger. Il a eu par­fois l’oc­ca­sion d’y re­par­ler de cette « cra­zy night » dans un bar de Pre­to­ria. Jus­qu’à sou­hai­ter voir leurs suc­ces­seurs sous les maillots fran­çais et an­glais vivre un mo­ment si­mi­laire lors de la Coupe du monde 2015? « Cette soi­rée-là, au­jourd’hui, elle fe­rait le buzz sur Twit­ter, af­firme ce­lui qui quit­te­ra ses fonc­tions à la fin de la Coupe du monde 2015. C’est dom­mage que les ré­seaux so­ciaux aient trans­for­mé la troi­sième mi-temps, un mo­ment sa­cra­li­sé de ce sport. À l’époque, on ne cal­cu­lait pas. Main­te­nant, les joueurs sont hé­las tout le temps sur le qui-vive. » Sans comp­ter que, dans le rug­by mo­derne, de plus en plus exi­geant phy­si­que­ment, les oc­ca­sions de se lâ­cher de la sorte se font très rares. Mais si ja­mais l’une d’elles se pré­sente en oc­tobre pro­chain, les Bleus pour­ront une der­nière fois comp­ter sur les consignes du coach.

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