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Steve Jobs (Fass­ben­der) fait par­ler les or­di­na­teurs mais ne par­vient pas à com­mu­ni­quer avec sa fille. he So­cial Net­work, c’était dé­jà lui. Os­ca­ri­sé en 2011 pour le film de Da­vid Fin­cher, Aa­ron Sor­kin pour­rait bien dé­cro­cher une deuxième sta­tuette avec St

GQ (France) - - Saga Apple -

Quand il parle, le Bri­tan­nique ne ma­nie ja­mais l’iro­nie – « En tout cas, pas dans le do­maine pro­fes­sion­nel », pré­cise-t-il – qu’ont en com­mun nombre de ses com­pa­triotes, comme son ami Paul Smith, avec le­quel il cor­res­pond par cartes pos­tales. Aus­si peu à l’aise en so­cié­té que son dé­funt boss, Ive et ce der­nier ont d’ailleurs conçu des ap­pa­reils qui, entre autres choses, per­mettent aux sa­la­riés d’évi­ter d’avoir à faire la conver­sa­tion dans les as­cen­seurs ou les res­tau­rants d’en­tre­prise. Sa fa­çon de ré­pondre à nos ques­tions a quelque chose de trou­blant : sur un ton bien­veillant, li­mite boy-scout, il cherche à faire pas­ser la conver­sa­tion du par­ti­cu­lier au gé­né­ral. Ses ré­ponses semblent sou­vent cher­cher à re­tom­ber sur une idée pré­cé­dem­ment for­mu­lée, tournent par­fois en boucle, ou se va­po­risent dans un sou­pir.

e stu­dio que di­rige Ive est com­po­sé d’un noyau de dix-neuf per­sonnes. Hor­mis l’an­glais, au­cune n’a ja­mais fait par­ler d’elle, si ce n’est dans des re­gistres de bre­vet. Pour­tant, leur tra­vail est connu de tout le monde ou presque. C’est que le dé­par­te­ment de­si­gn a de­puis quinze ans ac­quis chez Apple une im­por­tance sans pré­cé­dent. Ro­bert Brun­ner, qui di­ri­geait jus­te­ment le ser­vice jus­qu’au mi­lieu des an­nées 1990 et qui a re­cru­té Ive, ex­plique que « Steve Jobs a don­né un pou­voir presque illi­mi­té aux de­si­gners, dont le tra­vail est de­ve­nu cultu­rel­le­ment in­dis­so­ciable de la marque. Au­jourd’hui, c’est Jo­na­than qui in­carne l’âme créative de la so­cié­té. » « Quand un de­si­gner ar­rive à une réunion, les gens se taisent comme lorsque le prêtre se place de­vant l’au­tel à l’église », ra­conte un an­cien em­ployé. L’es­pace où sont conçus les ob­jets Apple fait en­vi­ron 300 m2. On y aper­çoit trois frai­seuses nu­mé­riques qui servent à tailler les plas­tiques et les mé­taux des­ti­nés aux pro­to­types de pièces. Leur pré­sence fait de ce qui ne pour­rait être qu’un simple stu­dio de concep­tion d’ob­jets un vé­ri­table ate­lier de fa­bri­ca­tion. Apple pro­duit un nombre très li­mi­té de pro­duits, tous vi­sibles dans le stu­dio, cha­cun sur sa table as­si­gnée. Sur d’autres tables, des pièces, des concepts. En un seul lieu, la firme af­fiche toutes ses in­ten­tions. An­glais pur jus, Jo­na­than Ive a gar­dé son ac­cent lon­do­nien même s’il vit en Ca­li­for­nie de­puis plus de vingt ans. Il a gran­di dans une ban­lieue middle class de Londres. Il se rap­pelle le presse-agrumes élec­trique MPZ Ci­tro­ma­tic de Braun que ses pa­rents avaient ache­té. Il évoque aus­si les week-ends pas­sés dans l’ate­lier de son grand-père mé­tal­lur­giste et son ex­po­si­tion pré­coce aux ou­tils. « Ça m’a per­mis de com­prendre très jeune que tout ce qui nous en­toure – un pont, une route, une voi­ture – est fa­bri­qué et que sa fa­bri­ca­tion est le ré­sul­tat d’une suc­ces­sion de dé­ci­sions. » Au ly­cée, il porte une coupe mul­let, mais ça ne l’em­pêche pas de ren­con­trer sa fu­ture femme, Hea­ther Pegg. En 1985, Ive com­mence des études de de­si­gn in­dus­triel dans une fac de New­castle. C’est là qu’il touche un Mac pour la pre­mière fois. Une ex­pé­rience ini­tia­tique pour lui : « J’ar­ri­vais à per­ce­voir les va­leurs mo­rales des gens qui l’avaient conçu. » Lors de son stage dans une agence lon­do­nienne, il se montre si per­for­mant qu’on lui confie cer­tains des plus im­por­tants dos­siers. En 1989, après avoir épou­sé Hea­ther et ga­gné plu­sieurs concours de jeunes de­si­gners, Ive part en voyage aux États-unis. À San Fran­cis­co, il

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