Ni­ko­laj Cos­ter-wal­dau

GQ (France) - - Enquete -

ren­contre, at­ta­blé au ca­fé. « Sten­dhal di­sait qu’on n’écrit rien de bon avant 50 ans… » Le temps de peau­fi­ner son uni­vers gla­mour et tra­gique com­po­sé de fêtes et de faits di­vers. Pour le dé­fi­nir, nous par­le­rions bien de dan­dy, voire de snob… « Snob vient de “sine no­bi­li­tate”, “sans no­blesse”, en la­tin », se ré­crie-t-il, pré­fé­rant « dé­ca­dent et ob­ses­sion­nel ». « Eva ne vou­lait pas d’une bio­gra­phie, sa vie lui ap­par­tient, c’est le ma­té­riau avec le­quel elle construit ses films ( My Lit­tle Prin­cess, 2011). Je de­vais donc ra­con­ter cette ren­contre dans un re­gistre sur­réa­liste, presque fan­tas­tique. Un écri­vain confron­té à un per­son­nage qu’il a dé­jà re­pré­sen­té. » Jean-jacques Schuhl avait rem­por­té le prix Gon­court 2000 avec le por­trait de sa femme, la chan­teuse et ac­trice Ingrid Ca­ven. « Son ombre m’in­ter­di­sait de me lan­cer dans ce pro­jet, pré­cise Li­be­ra­ti. Mais Jean-jacques m’a dit “al­lez-y !”. » Eva a fait l’ac­tua­li­té avant même sa sor­tie puisque Iri­na Io­nes­co, la mère ar­tiste qui avait uti­li­sé sa fille mi­neure comme mo­dèle de ses pho­tos éro­tiques dans les an­nées 1970, avait at­ta­qué Li­be­ra­ti pour « at­teinte à la vie pri­vée ». Elle a été dé­bou­tée, ayant elle-même évo­qué sa vie sul­fu­reuse dans un roman au­to­bio­gra­phique pa­ru en 2004. C’était aus­si le su­jet du pre­mier film d’eva. Chez les Li­be­ra­ti / Io­nes­co, la vie et l’art sont trop liés pour lais­ser une place à quoi que ce soit de « pri­vé ». À part peut-être les soi­rées et les clubs. La conver­sa­tion roule sur Ed­wige, « la reine des punks » et phy­sio­no­miste du Pa­lace de la fin des se­ven­ties qui vient de mou­rir. Li­be­ra­ti a été son amant, il l’évoque dans Eva, et écrit d’ailleurs un texte sur elle en ce mo­ment. « Tout se re­coupe. Mon pro­jet lit­té­raire était d’ailleurs de faire une sorte de Re­cherche du temps per­du des an­nées 1970. Mais au bout de trois ro­mans, je me suis ren­du compte que j’étais un peu las­sé de cette veine et que les lec­teurs al­laient aus­si fi­nir par l’être. » Pour ne pas de­ve­nir le Wi­ki­pé­dia de l’hi­ver 1977, il a en­chaî­né avec une com­mande : Jayne Mans­field 1967 (prix Fé­mi­na 2011), sur la pin-up ul­time morte dans un ac­ci­dent de voi­ture. « Les belles voi­tures et les stars qui se tuent avec font éga­le­ment par­tie de mes ob­ses­sions. Que ce soit Grace Kel­ly ou la sé­rie Death & Di­sas­ter de Wa­rhol. En tra­vaillant sur Eva, je me suis d’ailleurs aper­çu que dans son in­ter­view à la re­vue Fa­çade en 1978, elle évo­quait Jayne Mans­field et Ingrid Ca­ven. Tout se re­coupe, tout conflue », ajoute-t-il dans un sou­pir. Si­mon Li­be­ra­ti a plus qu’un style, un uni­vers, et c’est sans doute pour­quoi il est l’un des meilleurs écri­vains fran­çais. _ JACQUES BRAUN­STEIN

maître En son Royaume

C’est un cli­ché de dire qu’il y a quelque chose de Sha­kes­peare dans Game of Th­rones – les dra­gons en plus. Et ça n’est pas pour dé­plaire à Ni­ko­laj Cos­ter-wal­dau, lui qui, avant d’in­car­ner avec fougue (et mèches blondes) Jaime Lan­nis­ter, a com­men­cé sur les planches, au Da­ne­mark, son pays na­tal, dans Ham­let jus­te­ment. « Les luttes pour le pou­voir sont un thème qui tra­verse la culture clas­sique, et même la pop culture, voyez Amour, gloire et beau­té par exemple ! » ana­lyse-t-il avec hu­mour pour GQ. Dans la sé­rie HBO, dont la très at­ten­due sixième sai­son ar­rive au prin­temps 2016, l’am­biance est évi­dem­ment plus aux dé­ca­pi­ta­tions et aux zom­bies ve­nus du froid. Game of Th­rones c’est, se­lon les créa­teurs Da­vid Be­nioff et D. B. Weiss : « Les So­pra­no té­lé­por­tés en pleine Terre du mi­lieu de Tol­kien. » Et c’est ce qui en fait la sé­rie la plus pi­ra­tée au monde (avec plus de 32 mil­lions de té­lé­char­ge­ments illé­gaux pour les 4 pre­miers épi­sodes de la sai­son 5 qui avaient fui­té au prin­temps der­nier). Et une des sé­ries les plus ré­com­pen­sées de la té­lé (« GOT », comme disent les afi­cio­na­dos, a en­fin rem­por­té le prix de la Meilleure sé­rie dra­ma­tique aux der­niers Em­my Awards). À la fin de cette sai­son 5, le spec­ta­teur avait lais­sé Ja­mie en plein cliff­han­ger : sa fille ché­rie Myr­cel­la ve­nait d'être em­poi­son­née par les filles du roi Obe­ryn Mar­tell, lui­même oc­cis à cause du clan Lan­nis­ter. Évi­dem­ment te­nu par un contrat pour le moins strict, Cos­ter-wal­dau reste éva­sif sur la suite : « Mon per­son­nage a beau­coup évo­lué de­puis le dé­but de la sé­rie. Au dé­part, c’était un vrai bad guy qui couche avec sa soeur et tue le roi d’un coup d’épée dans le dos. Mais Ja­mie cherche sur­tout à plaire à son père, un ty­ran qui mé­prise ses en­fants. En cinq sai­sons, il a souf­fert, on lui a cou­pé une main, et il est dé­sor­mais sur la voie de la ré­demp­tion. C’est fan­tas­tique à jouer ! Tout ce que je peux vous dire, c’est que Ja­mie va es­sayer d’être meilleur dans la sai­son 6. Beau­coup de choses se sont pas­sées à Cas­ter­ly Rock pen­dant son ab­sence… Nous avons ter­mi­né de tour­ner les scènes en Espagne et je pars la se­maine pro­chaine pour Bel­fast. » Six mois de tour­nage par an, ça laisse un peu de temps à Ni­ko­laj pour étof­fer sa fil­mo­gra­phie. Dé­cou­vert en 2001 au gé­né­rique all-star de La Chute du fau­con noir de Rid­ley Scott (aux cô­tés d’un tout jeune Tom Har­dy no­tam­ment), Cos­ter-wal­dau fait par­tie de cette gé­né­ra­tion d’ac­teurs scan­di­naves qu’hol­ly­wood s’ar­rache, avec son com­pa­triote Mads Mik­kel­sen (Star In­ter­na­tio­nale GQ 2014, ndlr) et le Sué­dois Alexan­der Skarsgård (True Blood). « Je ne sais pas vrai­ment pour­quoi nous sommes à la mode. Tout ce que je peux vous dire, c’est que le Da­ne­mark, c’est un pe­tit pays, il faut al­ler voir ailleurs pour faire avan­cer sa car­rière. Les Da­nois sont un peuple ou­vert sur l’ex­té­rieur, on a tou­jours été bons pour le com­merce par exemple ! » Si, l'an der­nier, on le voyait dans une piètre co­mé­die ro­man­tique aux cô­tés de Ca­me­ron Diaz et Kate Up­ton (Triple alliance), en 2016, l’ac­teur passe la se­conde, fa­çon block­bus­ter tout en images de syn­thèse. Il se­ra en ef­fet à l’af­fiche de Gods of Egypt, pé­plum fu­tu­riste si­gné Alex Proyas (I, Ro­bot). As­sez loin des films qui trouvent re­fuge sur la table de che­vet de Cos­ter-wal­dau, qui cite no­tam­ment Un Coeur en hi­ver, avec Au­teuil et Béart. Qui l’eut cru ? Ja­mie Lan­nis­ter est fan de Claude Sau­tet. _ SÉ­VE­RINE PIER­RON

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