Thier­ry Ar­dis­son

Ani­ma­teur Tout le monde en parle en­core

GQ (France) - - Enquete -

Ce soir-là, le fau­teuil de Thier­ry Ar­dis­son est libre et le per­son­nel du pa­lace pa­ri­sien où il nous a don­né ren­dez-vous nous fait po­li­ment com­prendre qu’il ne vau­drait mieux pas s’y ins­tal­ler. « Quand j’étais jeune, je vou­lais de­ve­nir un écri­vain cé­lèbre pour avoir mes quar­tiers dans les plus beaux hô­tels et boire les meilleurs vins. Mais comme j’ai vite com­pris que ce se­rait long, j’ai aus­si fait de la té­lé… », nous confie en ar­ri­vant l’homme en noir, que même Ber­na­dette Chi­rac vient sa­luer. Ce­lui qui pour­rait fa­ci­le­ment jouer les ca­dors semble plu­tôt tou­ché de voir GQ cou­ron­ner son ta­lent : « J’ai tou­jours été un out­si­der, ja­mais vrai­ment mains­tream, donc je n’ai pas sou­vent eu de prix… » Pour­tant, l’ani­ma­teur, qui re­fuse – lui aus­si – de com­men­ter la po­li­tique de Bol­lo­ré, est bien le vain­queur « sur­prise » de cette ren­trée meur­trière pour Ca­nal+ : Maï­te­na Bi­ra­ben, que l’on voyait dé­jà pa­tronne de l’ac­cess, s’est lit­té­ra­le­ment ef­fon­drée, Ali Bad­dou, aux com­mandes du « Sup­plé­ment », pa­tauge… Même « Le Pe­tit Jour­nal » de Yann Bar­thès souffre de la dé­bâcle du « Grand Jour­nal ». « Sa­lut les Ter­riens », qui s’ap­prête à fê­ter ses dix ans, est l’une des seules émis­sions de Ca­nal+ à avoir main­te­nu son ni­veau et ses au­diences, avec 1,3 mil­lion de té­lé­spec­ta­teurs en moyenne. Ul­time preuve qu’ar­dis­son, avec ses cin­quante idées à la mi­nute et son men­tal de boxeur (« En té­lé, c'est la loi du ring »), est en­core au­jourd’hui un cran au-des­sus de la masse : « C’est grâce à mon pas­sé dans la pub que j’ai sou­vent eu un temps créa­tif d’avance à la té­lé­vi­sion. Tu ap­prends à rai­son­ner la créa­tion, à avoir une pen­sée ana­ly­tique, pas em­pi­rique. J’y ai ap­pris à or­ga­ni­ser ma gam­berge », tente de jus­ti­fier ce­lui qui a si­gné des slo­gans culte comme « Lapeyre, y’en a pas deux » ou « Quand c’est trop c’est Tro­pi­co ». Il ajoute, l’oeil rieur : « Mais quand je vois le ni­veau des autres, ça ne m’étonne pas beau­coup… » À GQ, on ad­mire sur­tout l’achar­ne­ment dont il fait preuve, de­puis trente ans, dès qu’il s’agit de créer des nou­veaux for­mats pour dy­na­mi­ter un PAF qui n’évo­lue pas as­sez vite pour lui : « Quand je suis ar­ri­vé en té­lé, j’ai vite réa­li­sé qu’il y avait des su­jets qu’on n’évo­quait pas, un lan­gage qu’on n’uti­li­sait pas. Il y avait un bou­le­vard pour tout ré­vo­lu­tion­ner. » Avec « Lu­nettes noires pour nuits blanches », « Rive droite / Rive gauche » ou en­core « Pa­ris Der­nière », Ar­dis­son fut l’un des pre­miers à in­tro­duire la hype à la té­lé­vi­sion. Mais à l’époque d’« Ar­di­mat », l’ani­ma­teur pète un peu les plombs (« Je n’étais pas tou­jours sym­pa avec l’équipe. Je fai­sais sans ar­rêt des pro­cès aux chaînes ! Non, vrai­ment, je fai­sais mon pe­tit ani­ma­teur casse-couilles ! ») et connaît aus­si sa plus grosse pé­riode de lose : « En 1993, quand El­kab­bach m’a vi­ré de France 2, tout le monde m’a en­ter­ré. Je me sou­viens même d’une jour­na­liste de Elle qui m’avait ap­pe­lé un mois après parce qu’elle fai­sait un su­jet “Que sont-ils de­ve­nus ?”. Et puis, on m’a pro­po­sé “Rive droite / Rive gauche”, ça a été le dé­but de la re­con­quête. » Mais ces der­nières an­nées, l’ani­ma­teur a sur­tout réus­si l’ex­ploit d’im­po­ser un deuxième talk après « Tout le monde en parle », l’émis­sion my­thique du sa­me­di soir (sup­pri­mée en 2006) qui l’avait dé­jà his­sé au som­met. Ce n’était pour­tant pas ga­gné : son ar­ri­vée sur Ca­nal+ sen­tait la planque et les pre­miers nu­mé­ros de « Sa­lut les Ter­riens » ne pré­sa­geaient rien de bon : « Au bout de deux ans, je suis al­lé voir Ro­dolphe Bel­mer (alors nu­mé­ro 2 du groupe Ca­nal, ndlr) et je lui ai dit : “Laisse-moi faire ce que je veux la troi­sième an­née, si ce n’est pas bien, tu me vires et je n’irai pas ra­con­ter par­tout que c’est Mo­zart qu’on assassine.” » Il a in­jec­té dans la fou­lée plus de culture, re­pen­sé les in­ter­views, amé­ri­ca­ni­sé l’en­semble… Et les au­diences ont dé­col­lé. Pri­vé de son aco­lyte Laurent Baf­fie, il est même de­ve­nu, grâce au coa­ching de Ka­der Aoun, un sni­per re­dou­table : « Un jour, ma femme a ri à une blague de Cha­bat que j’avais re­fu­sé de sor­tir deux jours au­pa­ra­vant. De­puis, j’ai ap­pris à mieux vendre les vannes ! » Cette an­née, Thier­ry Ar­dis­son a fê­té une dé­cen­nie pas­sée chez Ca­nal+, mais, en met­tant un pied dans la fic­tion via sa boîte de production Ar­dis­son & Images, ce vi­sion­naire du pe­tit écran a dé­jà an­ti­ci­pé la suite : « Contrai­re­ment à cer­tains monstres de la té­lé, j’ai plein d’autres centres d’in­té­rêt. Mais je ne sais pas si je se­rai as­sez rai­son­nable pour quit­ter l’an­tenne de moi-même. Sauf si je de­viens re­pous­sant… » Pas de chance pour les pré­ten­dants à son trône : ce jour-là, l’homme en noir, avec sa coupe poivre et sel et sa veste ajus­tée, n’a ja­mais eu l’air aus­si frin­gant. _ THI­BAUD MI­CHA­LET

Per­sonne n’ose­ra af­fir­mer le contraire : Sa­muel « Le­roy » Jack­son est l’ac­teur le plus co­ol d’hol­ly­wood. Et lors­qu’on lui de­mande quelle est sa dé­fi­ni­tion du co­ol, sa ré­ponse ne se fait pas at­tendre : « Être co­ol, c’est se sen­tir bien dans sa peau ; c’est être ca­pable d’ex­pri­mer son opi­nion avec confiance et fer­me­té sans of­fen­ser ceux qui ne sont pas d’ac­cord avec vous ; en­fin, c’est trai­ter les autres comme on veut être trai­té soi-même. » On s’at­ten­dait à une ré­ponse plus cin­glante de la part d'un gar­çon qui a em­ployé plus de 170 fois le terme « mo­ther­fu­cker » dans sa fil­mo­gra­phie – oui, quel­qu’un s’est amu­sé à comp­ter. Il est par ailleurs gol­feur, vé­gé­ta­lien mais aus­si abs­ti­nent après avoir été al­coo­lique dans les an­nées 1980, et tout ce qu’il y a de plus dé­mo­crate po­li­ti­que­ment. À l’évi­dence, Sa­muel L. Jack­son a la co­oli­tude tran­quille. Et le bon­homme semble plu­tôt fi­dèle puis­qu’il re­trouve pro­chai­ne­ment les deux réa­li­sa­teurs qui l’ont ré­vé­lé au dé­but des an­nées 1990 : Spike Lee (dans Chi­raq, dis­po­nible en VOD), et Quen­tin Ta­ran­ti­no (pour son wes­tern Les Huit sa­lo­pards). À force de tra­vail achar­né, Sa­muel L. Jack­son est de­ve­nu l’ac­teur le plus lu­cra­tif de tous les temps. En 2011, l’en­semble des films aux­quels il a prê­té son phra­sé in­imi­table ( Star Wars ( 1,2 et 3), Die Hard 3, Iron Man, Ju­ras­sic Park, In­cas­sable, Pulp Fic­tion...) avait rap­por­té 7,4 mil­liards de dol­lars. C’était avant la sor­tie des Aven­gers, ou de Cap­tain Ame­ri­ca et leurs my­riades de billets verts qui n’ont fait que ren­for­cer le lea­der­ship de l’ac­teur… Et rien que pour cette an­née, avec King­sman : Ser­vices se­crets et Aven­gers : l’ère d’ul­tron, Sa­muel L. Jack­son mé­ri­tait bien d’être notre per­son­na­li­té in­ter­na­tio­nale de l’an­née. Rien, chez lui, ne sent l’ef­fort, qu’il s’amuse en cos­tard du­rant le pho­to shoot de GQ, ou qu’il ré­ponde en­suite à nos ques­tions vê­tu d’un simple short en ny­lon, d’un T-shirt... et d’une cas­quette Kangol, son ac­ces­soire fé­tiche, qu’il af­firme por­ter « en hom­mage à son grand-père ». Il de­meure, à 66 ans, d’une classe in­al­té­rable. _ JA­CKY GOLD­BERG La pre­mière fois que nous avons ren­con­tré Ca­mille Cot­tin, elle ve­nait tout juste d’ap­pa­raître dans « Le Be­fore » de Ca­nal+ avec la pas­tille « Con­nasse ». Et elle était loin d’ima­gi­ner le suc­cès qui l’at­ten­dait : « GQ, c'était la pre­mière in­ter­view de ma vie ! Je n’avais que deux fans à l’époque… » Deux ans plus tard, elle nous re­çoit au Bris­tol, où tout le per­son­nel l’ap­pelle par son pré­nom : « Ce n'est pas que j’ai pris la grosse tête, c’est juste que j’ha­bite en face et que j’adore leur club-sand­wich ! », tient-elle à spé­ci­fier dans un grand éclat de rire. Elle pour­rait pour­tant jouer les di­vas : avec 1,2 mil­lion d’en­trées, le film Con­nasse, Prin­cesse des coeurs a été l’un des plus gros suc­cès ci­né de 2015. « Mais les chiffres de la pre­mière séance n’étaient pas ter­ribles. Je me di­sais : “Tout est fou­tu…” Et le soir, on fai­sait la fête chez Gau­mont ! » Une réus­site qui lui as­sure au­jourd’hui des rôles dans les plus grosses pro­duc­tions fran­çaises ( Les Ga­zelles, Mon Roi, Toute pre­mière fois, la sé­rie Dix pour cent…). En in­ter­pré­tant une peste hau­taine et au­to­ri­taire, Ca­mille Cot­tin a pa­ra­doxa­le­ment ré­vé­lé un charme ra­va­geur, sorte de beau­té froide qui sé­duit au­tant qu’elle agace : « Heu­reu­se­ment que la “Con­nasse” était co­quette à la base, car avec ce prin­cipe de ca­mé­ra ca­chée et son tour­nage un peu roots, je n’avais pas vrai­ment de quoi briller… » L’adap­ta­tion sur grand écran a ré­pa­ré cette in­jus­tice et pro­pul­sé Ca­mille Cot­tin au rang des ac­trices douées au sex-ap­peal in­dé­niable : « C’est vrai que dans le film, on voit bien mes jambes. Et bon… c’est un peu mon point fort ! » On la re­trou­ve­ra dans Ci­ga­rettes et cho­co­lat chaud (le pre­mier film à ve­nir de So­phie Reine), où elle joue une as­sis­tante so­ciale bien loin du per­son­nage qui l’a ré­vé­lée : « Je sais que le cô­té “Con­nasse” res­te­ra. Si c’est le prix à payer, ce n’est pas bien lourd. C’est quand même un sa­cré per­son­nage… » _ THI­BAUD MI­CHA­LET

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