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GQ (France) - - Action -

’aime vos fesses. Il y a vingt ans, je lou­chais sur celles d’an­toine de Caunes (1), af­fi­chées dans toutes les sta­tions de mé­tro. Il y a eu les guer­riers en pe­tite te­nue de Gla­dia­tor et de 300. Au­jourd’hui, c’est Do­mi­nique West qui rem­porte la palme ar­rière, dans The Af­fair. On ne voit que « ça ». Vi­ve­ment la réa­li­té vir­tuelle, en trois di­men­sions. Vi­ve­ment les écrans vrai­ment tac­tiles : « Par­don, je peux tou­cher ? » Ap­pré­cier l’art de la courbe, vous in­ter­dire l’art de la fuite. J’en de­mande plus. En­core. C’est que le re­vers est hyp­no­tique. Re­li­gieux. Culte. Pas seule­ment ce­lui des stars : le vôtre. Slip ou ca­le­çon ? Au­cun des deux, et la main sous les jupes – des hommes. Tour­nez en­core un peu sur vous-même ? Mer­ci. On vou­drait re­gar­der ailleurs : non seule­ment on ne veut pas, mais on ne peut pas. C’est que la fesse est as­sié­gée. On ne parle que d’elle, pour­vu qu’elle soit mâle, pour­vu qu’elle fasse du bien. Elle squatte (par sé­rie de vingt, ge­noux pa­ral­lèles) le feu des pro­jec­teurs, les flashs des pho­to­graphes, les fan­tasmes des femmes – la fesse sur tous les fronts, à l’ar­rière de GQ. Le der­rière sur le de­vant de la scène.

IL Y A TROIS ANS C’ÉTAIT PIP­PA, J-LO, Kim Kar­da­shian. Has­been. Après l’éga­li­té des sexes, l’éga­li­té des fesses (2). Quelle zone de jeu, aus­si ! Quel point sen­sible ! Les hommes re­chignent à évo­quer ce sex-ap­peal-là – les exer­cices de pé­ri­née de Sar­ko, sou­ve­nez-vous. À croire que vous n’ai­mez pas être dé­sha­billés du re­gard. Être ju­gés der­rière votre dos. Mais c’est pour mieux vous ado­rer, ca­ma­rades. Votre fesse, on en man­ge­rait. Pour le dire clai­re­ment : on en man­ge­ra. Le der­rière des hommes donne des idées der­rière la tête – lo­gique. Vul­né­rables, donc. Quand vous n’igno­rez pas votre atout (« Moi, des fesses ? »), vous trim­bal­lez des an­goisses de cul plat, mou, poi­lu. De fait, tout n’est pas rose au royaume des pos­té­rieurs. Les hy­gié­nistes guettent. Prêts à poin­ter du doigt, quand il y au­rait tel­le­ment mieux à faire de ses mains. Car à me­sure que la fesse prend la pole po­si­tion, on lui de­mande d’être po­li­cée. Ré­ha­bi­li­tée ? Rha­billée, oui ! On pro­pose des jeans taille basse pour vendre de la lin­ge­rie fine. On ex­pose le der­rière, pho­to­shop­pé. On vend des bros­settes spé­ciales. On vous vend une peau de bé­bé, là où on dé­sire vos peaux d’hommes. Plus per­ni­cieux en­core : on s’in­vente des pré­textes. On dit : se concen­trer sur la pé­ri­phé­rie per­met de ban­der plus long­temps. On dit : ça cache for­cé­ment quelque chose. On dit : le massage de la pros­tate li­mite les risques de can­cer. On dit : c’est de la méditation. C’est chi­nois, in­dien. Et pour­quoi pas ve­gan ? Tout ça pour évi­ter de par­ler de cul. Les femmes en veulent à vos fesses pour le plai­sir, pas pour un « geste-san­té ». Il y a l’in­ver­sion des rôles et des or­gasmes ren­ver­sants, mais avant, la pos­si­bi­li­té d’un par­tage nou­veau. Car la fesse est uni­ver­selle, trans­na­tio­nale, trans­sexuelle. Le der­rière est un ter­rain d’en­tente. Hommes, femmes, pas de mode d’emploi, seule­ment des modes de consom­ma­tion. Faites gaffe : c’est comme ça que les his­toires d’amour com­mencent. Alors lais­sez tom­ber la pres­sion, les com­plexes et les boxers. Por­tez la fesse haute, même si elle coule. On s’en fiche qu’elle coule : de toute fa­çon, elle nous fait fondre. Un par­tout.

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