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La grande in­ter­view LS : Si de­main Sa­lah Ab­des­lam, l’homme le plus re­cher­ché après les at­ten­tats du 13 no­vembre, était in­ter­pel­lé puis ex­tra­dé vers la France et vous de­man­dait d’as­su­rer sa dé­fense : que fe­riez-vous ? HL : Je crois qu’on ne peut pas se po

GQ (France) - - La Grande Interview -

HL : Il faut leur par­ler ! Et c’est ce­la qui est dif­fi­cile, c’est de ré­ta­blir des contacts ap­pro­fon­dis. Vous sa­vez, au mo­ment où l’af­faire du voile est ar­ri­vée dans les écoles, en 1989, j’ai eu beau­coup de dis­cus­sions à l’époque, on ne sa­vait pas bien ce qu’il fal­lait faire. Moi j’étais contre l’in­ter­dic­tion du voile. Mais j’avais sur­tout des dis­cus­sions très in­té­res­santes, y com­pris avec des mu­sul­mans très laï­ci­sés, des ou­vriers syn­di­qués et mu­sul­mans. Ils di­saient : « Qu’est-ce que c’est que cette his­toire ? Ceux qui veulent in­ter­dire le voile à l’école ne com­prennent pas : quand mon voi­sin met un voile sur la tête de sa fille à l’école, à 16 ans, elle le fout en l’air parce qu’elle est à l’école avec les autres. Un jour, elle en a marre, elle le re­jette, en fai­sant comme les jeunes ca­tho­liques qui ne vont plus à la messe. Bref, il y a une laï­ci­sa­tion dans la so­cia­li­sa­tion, mais le pro­blème au­jourd’hui, c’est que la cris­pa­tion cultu­relle d’un cô­té et de l’autre fait que le dia­logue de­vient dif­fi­cile. Je connais des gens qui disent : « Moi je ne parle pas à une femme voi­lée. » Or, jus­te­ment, au contraire, il faut lui par­ler ! Es­sayer de com­prendre, ou au moins ré­ta­blir le lien cultu­rel pour qu’à un mo­ment l’un et l’autre s’ac­ceptent. Que la femme voi­lée ne fasse plus de son voile un élé­ment pri­mor­dial de sa vie. Et que les autres ne consi­dèrent pas le voile comme une pro­vo­ca­tion per­ma­nente. LS : Donc ils n’ont pas de pou­voir en fait ? HL : Ils ont une marge de ma­noeuvre sur l’état d’ur­gence, par exemple. On y re­vient ! L’exemple un peu ca­rac­té­ris­tique, c’est ce­lui du Pre­mier mi­nistre grec, Alexis Tsi­pras, il ar­rive en vou­lant faire plein de choses et puis fi­na­le­ment… LS : ... il est contraint par la réa­li­té. HL : Oui, exac­te­ment. Avec Hol­lande, j’es­pé­rais quand même quelques ré­formes de so­cié­té… Vous me di­rez, je n’étais pas plus en­thou­siaste quand Mit­ter­rand est ar­ri­vé au pou­voir. Mais il y a eu quand même l’abo­li­tion de la peine de mort, qui pour moi était par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tante. LS : Vous sou­te­niez plu­tôt Mar­tine Au­bry, pen­sez-vous qu’elle au­rait pu faire mieux que Hol­lande ? HL : Avec la dis­tance, je n’en suis pas sûr. Mais pen­dant la cam­pagne je pen­sais que Mar­tine Au­bry avait une per­son­na­li­té plus struc­tu­rée que celle de Hol­lande, qu’elle avait une vi­sion de la so­cié­té peu­têtre plus pro­gres­siste. LS : Qu’ont-ils fait de bien en cours de ces quatre ans se­lon vous ? HL : LS : Et à part ça ? HL : LS : On le note. Pour l’avo­cat que vous êtes, Ch­ris­tiane Tau­bi­ra res­te­ra-t-elle comme une grande garde des Sceaux ? HL : Une grande garde des Sceaux c’est quel­qu’un qui fait des ré­formes consi­dé­rables et im­por­tantes. Mal­heu­reu­se­ment, elle est trop iso­lée. Elle a LS : Pas­sons à la droite : Ni­co­las Sar­ko­zy, est-ce que vous avez l’im­pres­sion que ça ne mar­che­ra plus ? Que le re­jet est trop fort ? HL : Mon avis c’est que c’est vrai­ment un homme dans le­quel je n’ai au­cune confiance. C’est un homme de fou­cades, qui tient des pro­pos… comme lors du dis­cours de Gre­noble (1) avec la dé­chéance de na­tio­na­li­té. Il a une vi­sion, il est ha­bile mais il y a quelque chose en lui qui me pa­raît être du do­maine du pas­sé ab­so­lu. LS : Il dit qu’il a chan­gé : mais est-ce qu’un homme ça change ? HL : Oui, un homme peut chan­ger. Même les plus grands ont chan­gé. De Gaulle est un homme qui a chan­gé, par exemple, quand il a pris le pou­voir en 1958 en lan­çant « Vive l’al­gé­rie fran­çaise ! », et qu’il a im­po­sé la paix en Al­gé­rie quand il a été convain­cu qu’il fal­lait l’im­po­ser. LS : Est-ce que vous croyez les po­li­tiques sin­cères ? Est-ce vous pen­sez que c’est pos­sible ? HL : Je pense que les hommes po­li­tiques sont sin­cères au mo­ment où ils parlent.

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