O

GQ (France) - - Décryptage -

n la dit bour­reau de tra­vail, ré­so­lu­ment ger­ma­nique, et, pour tout dire, pas très ri­go­lote. « Sur pa­pier gla­cé, j’ai un vi­sage très froid. Donc on me met dans cette case », concède-t-elle, avouant que « cer­tains cli­chés sur les Al­le­mands sont vrais : je ne suis ja­mais ar­ri­vée en re­tard sur un tour­nage, je ne fais pas la fête le soir quand je tourne le len­de­main. C’est mon cô­té bonne élève. Et puis j’aime les sau­cisses et je re­passe mes nappes », ajoute-t-elle avec un humour pince-sans-rire qu’on ne lui ima­gi­nait pas. Alors qu’elle fait la liste de ses ri­gi­di­tés, elle se ré­vèle vo­lu­bile et ra­conte, par exemple, que c’est « un peu bour­rées à la fête de fin de film » de Pieds nus sur les li­maces (2010) que Fabienne Ber­thaud et elle ont eu l’idée de Sky. Dans ce film, elle s’ap­pelle Ro­my, comme Ro­my Sch­nei­der. Un clin d’oeil presque trop évident qu’elle as­sume pour­tant to­ta­le­ment : « Si j’avais une fille, je l’ap­pel­le­rais Ro­my. C’est la plus grande ac­trice que je connaisse, elle me fait rê­ver de­puis toute pe­tite. Son couple avec Alain De­lon m’a don­né l’idée de ve­nir en France. J’ado­rais ses films al­le­mands, les Sis­si… » Mais ce n’est qu’en ar­ri­vant à Pa­ris qu’elle dé­couvre les films fran­çais de son aî­née. « Je m’ins­pire beau­coup d’elle. Quand je suis en panne d’ins­pi­ra­tion, je re­garde ses films. » Une ad­mi­ra­tion qui se teinte de dé­fé­rence, lors­qu’on lui a pro­po­sé de l’in­car­ner à l’écran, elle a re­fu­sé : « Pour moi, c’est im­pos­sible. » Elle ajoute que l’ac­trice « n’ar­ri­vait pas à faire la dif­fé­rence entre le ci­né­ma et sa vie pri­vée. Et c’est sans doute pour­quoi j’es­saie très consciem­ment de le faire. Si­non, on de­vient dingue. » Est-ce pa­ra­doxa­le­ment pour ne pas som­brer que Diane Kru­ger en­chaîne les rôles ? Elle a été Hé­lène dans Troie, Ma­rie-an­toi­nette dans Les Adieux à la reine, l’ac­trice al­le­mande an­ti­na­zis dans In­glou­rious Bas­terds… Plus ré­cem­ment, on l’a vue en flic psy­cho­ri­gide dans la sé­rie amé­ri­caine The Bridge, en femme tro­phée dans Ma­ry­land d’alice Wi­no­cour pré­sen­té à la Quin­zaine des réa­li­sa­teurs de Cannes ou, aux cô­tés de Da­ny Boon, dans Un plan par­fait. « J’ai peur de m’ar­rê­ter, d’être trop bien dans un truc, trop ins­tal­lée. Du coup, je change de genre, de pays, je ne veux pas me dire à 70 ans “j’au­rais dû faire ça” ou “j’ai eu peur de faire ça”. Et j’ai l’im­pres­sion que le meilleur est à ve­nir », fan­fa­ronne-t-elle un peu. Quand on a su qu’elle était à l’af­fiche de Sky, un road-mo­vie sen­sible et sty­li­sé qu’elle a très en­vie de dé­fendre (lire ci-des­sous), on s’est je­té sur l’oc­ca­sion de la ren­con­trer. Pour com­prendre un peu mieux cette ac­trice ger­ma­no-fran­co-amé­ri­caine aus­si sexy qu’in­sai­sis­sable, avide de rôles et sur­pre­nante dans ses choix. Fi­na­le­ment, l’ov­ni a ses ha­bi­tudes au pre­mier étage du Ca­fé de Flore, comme la moi­tié du ci­né­ma fran­çais. « J’ha­bite à cô­té », ex­plique-t-elle, sou­riante. Che­veux at­ta­chés, cas­quette de loup de mer en­fon­cée sur le crâne, pas ma­quillée, Diane Kru­ger semble da­van­tage vou­loir dis­si­mu­ler sa beau­té clas­sique que vous la je­ter au vi­sage. À 39 ans, elle a gar­dé dans ses ma­nières et ses expressions quelque chose d’ado­les­cent, loin de son image de femme fa­tale. Elle dit « ça me saoule », ou « je rame » par exemple. Vê­tue d’une ma­ri­nière et d’un jean, elle a né­gli­gem­ment po­sé son sac géant si­glé Cha­nel et sa veste de tailleur, Cha­nel aus­si, sur la ban­quette. Soit l’in­car­na­tion ap­pli­quée mais dé­con­trac­tée de cette mai­son, telle que l’a re­dé­fi­nie son com­pa­triote La­ger­feld, dont elle est un peu la muse.

UN DÉ­LI­CIEUX CÔ­TÉ RI­GIDE…

La conver­sa­tion roule vite sur sa vie à Los An­geles : « C’est hy­per-com­pli­qué de ren­con­trer des gens qui ne sont pas dans le mé­tier. De ne pas avoir le soir le même dis­cours que la jour­née sur le pla­teau… » Vrai­ment sym­pa, ou grande pro de la pro­mo, elle crée une com­pli­ci­té avec ce­lui qui l’in­ter­viewe sans jouer de son charme. Heu­reu­se­ment ! Car sa plas­tique par­faite et par­fai­te­ment ré­fri­gé­rante com­bi­née à son re­gard lé­gè­re­ment em­bué se ré­vèlent bou­le­ver­sants pour l’au­teur de ces lignes. Se­rai­telle ai­mable comme une porte de pri­son et do­tée d’une haute opi­nion d’elle-même, digne de Ma­rion Co­tillard et Mé­la­nie Laurent réunies, qu’il lui trou­ve­rait en­core des cir­cons­tances at­té­nuantes. Le peu de lu­ci­di­té qui lui reste, alors qu’il est as­sis en face d’elle, le pousse à af­fir­mer que ce n’est pas le cas. Elle n’hé­site pas, par exemple, à abor­der tous les su­jets que les people évitent ha­bi­tuel­le­ment, comme sa vie sen­ti­men­tale. « Dans le bou­lot, je suis très car­rée. Mais dans les his­toires d’amour, je suis aus­si chao­tique que tout le monde. » Ajou­tant : « Comme dans Sky, ça m’est dé­jà ar­ri­vé de par­tir en va­cances pour es­sayer de sau­ver mon couple. Gé­né­ra­le­ment, ça ne se passe pas bien. » Ou en­core, tou­jours en évo­quant les pé­ri­pé­ties du film : « Je ne juge pas une fille qui va ren­trer le pre­mier soir avec un mec. S’il se passe quelque chose de chi­mique… Il ne faut pas avoir peur de ses en­vies

sexuelles. » La femme fa­tale re­pren­drait-elle le des­sus ? Pas vrai­ment. Elle en­chaîne sur le cô­té ri­gide des Amé­ri­cains : « À Los An­geles, les rap­ports hommes-femmes sont très co­di­fiés. Ils pra­tiquent le da­ting et, au dé­but, il est par­fai­te­ment ac­cep­table que vous sor­tiez avec quatre ou cinq per­sonnes dif­fé­rentes… » Un par­cours du com­bat­tant qui ne la concerne plus vrai­ment puis­qu’elle est en couple de­puis plu­sieurs an­nées avec la star des sé­ries amé­ri­caines Jo­shua Jack­son (Daw­son, Fringe, The Af­fair…) qui joue un pe­tit rôle dans Sky. Elle parle tout aus­si li­bre­ment de ses échecs : « Il y a des films que j’avais en­vie de faire et que je n’ai pas faits. Des films qui ne marchent pas ou qui ne sont pas réus­sis. Et puis des films dans les­quels je suis tout sim­ple­ment mau­vaise. » Mais lors­qu’on lui de­mande les­quels, elle re­trouve les fon­da­men­taux d’une pro­mo bien hui­lée. Et du cours Florent avec le pre­mier prix. Et pour­tant. « Je ne sais pas ce que je vais faire la se­maine pro­chaine. Et quand on m’éta­blit un plan­ning trop ser­ré, ça m’an­goisse. » Du coup, elle est in­ca­pable de se pro­je­ter dans cinq ans. « Rien que d’y pen­ser, ça me donne un peu chaud (rires). Pour mes proches, ce n’est pas tou­jours fa­cile. C’est hu­main de se de­man­der ce qu’on fait à Noël ou pour les va­cances. Mais moi, je ne sais pas. » Elle af­firme ain­si une na­ture fan­tasque aux an­ti­podes de l’ap­proche ra­tion­nelle qu’on lui prête. Diane Kru­ger se­ra bien­tôt à l’af­fiche de The Bet­ter An­gels, un film de A.J. Ed­wards, l’as­sis­tant de Ter­rence Ma­lick sur Knight of Cups ou À la mer­veille. Elle y joue la grande soeur d’abra­ham Lin­coln. Tou­jours plus amé­ri­caine… Pour ça, elle a tra­vaillé son ac­cent au point qu’elle avait « qua­si­ment dû mon­trer son pas­se­port » à Quen­tin Ta­ran­ti­no lors du cas­ting d’in­glou­rious Bas­terds pour qu’il veuille bien croire qu’elle était al­le­mande. Ce qu’elle nous ex­plique crû­ment : « Ça me saoule de jouer les étran­gères dans les films amé­ri­cains. » Elle en­chaîne d’ailleurs avec le tour­nage d’un film in­dé­pen­dant avec El­len Page ( Ju­no, X-men…) dans le­quel elle in­car­ne­ra une les­bienne. Une nou­velle mé­ta­mor­phose pour chas­ser l’en­nui ?

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.