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GQ (France) - - Décryptage -

hy­si­que­ment, ils ac­cusent un peu le coup. Mou­lé dans un T-shirt qui met en va­leur sa mus­cu­la­ture avan­ta­geuse, Éric, 47 ans, boi­tille en­core un peu après une opé­ra­tion bé­gnine de la hanche. Il a dé­jà trans­for­mé l’af­faire en blague ré­cur­rente : « Ju­dor Hanche ». Mal­gré son 1,92 mètre, Ram­zy, 43 ans, ne peut, lui, ca­cher un cer­tain em­bon­point qui nous avait to­ta­le­ment échap­pé : « Et ouais, mec, je fais 100 ki­los, main­te­nant ! » Tape dans le dos et franche ri­go­lade. Ram­zy pro­pose une ci­ga­rette. Éric de­mande qu’on ouvre la fe­nêtre de leur bu­reau avec par­quet et che­mi­née près de la gare Saint-la­zare. Et la conver­sa­tion re­prend joyeu­se­ment comme si elle ne s’était ja­mais ar­rê­tée ! GQ les avait dé­jà ren­con­trés. Tou­jours sé­pa­ré­ment. Ram­zy et sa fo­lie tendre, en 2009, pour la ver­sion fran­çaise de l’émis­sion de tu­ning « Pimp My Ride » (sur MTV) ; Éric plus sau­vage dans sa din­gue­rie, en 2013, pour la deuxième sai­son de Pla­tane sur Ca­nal+. Cha­cun sem­blait alors suivre sa route. Le duo phare de la fin des an­nées 1990, Éric et Ram­zy, s’était mé­ta­mor­pho­sé. Il avait clai­re­ment « split­té » en Éric Ju­dor et Ram­zy Be­dia, leurs vrais noms à l’état ci­vil. Quand le pre­mier ap­pa­raît dans le rôle du gé­nie fa­cé­tieux des Nou­velles Aven­tures d’ala­din (4 mil­lions d’en­trées en 2015) ou en ac­teur-réa­li­sa­teur de pu­bli­ci­tés pour EDF, l’autre joue l’épi­cier de quar­tier dans Je suis à vous tout de suite (2015), l’in­ven­teur du Mi­ni­tel rose dans Les len­de­mains qui chantent (2014), lors­qu’il ne conduit pas une As­ton Martin dans Lo­lo (2015). Cette fois, c’est l’heure bé­nie des re­trou­vailles que leurs fans n’es­pé­raient plus. La Tour 2 contrôle in­fer­nale marque en­fin leur grand re­tour « tous les deux to­ge­ther ». « On vou­lait vrai­ment se re­lan­cer dans un pro­jet en­semble. Notre pu­blic avait en­vie qu’on re­vienne à l’humour dé­bile de La Tour Mont­par­nasse in­fer­nale, et comme c’était le su­jet de la deuxième sai­son de la sé­rie Pla­tane (réa­li­sée par Ju­dor, ndlr), on a lo­gi­que­ment pour­sui­vi le tra­vail », nous confient les deux hé­ros d’une seule voix. Le film se passe en 1981. Deux as de l’ar­mée de l’air, Er­nest et Ba­chir (Éric et Ram­zy, donc), ont eu un ac­ci­dent qui les a trans­for­més en sim­plets. « Ils étaient nos meilleurs pi­lotes, ils sont main­te­nant nos meilleurs lé­gumes », dé­clare leur chef d’es­ca­dron qui leur trouve à cha­cun un poste de ba­ga­giste à « Aur­ly Ouest », lors­qu’un com­man­do de ter­ro­ristes me­né par Phi­lippe Ka­te­rine at­taque l’aé­ro­port. « C’est ty­pi­que­ment le genre de si­tua­tion qu’on aime, ra­conte Ram­zy, deux abru­tis per­dus dans une si­tua­tion im­pos­sible, comme deux en­fants qui ne com­prennent rien et qui gé­nèrent leur propre lo­gique de l’ab­surde, al­lant de ca­tas­trophe en ca­tas­trophe. »

« Je vous rap­pelle en ul­té­rio­ri­té »

Une ques­tion nous ta­raude as­sez vite : hum, n’est-il pas un peu ris­qué de sor­tir un film sur une at­taque ter­ro­riste en plein état d’ur­gence ? « Ce ne sont pas des ka­mi­kazes dans notre film, in­siste Ram­zy, mais plu­tôt des mé­chants au sens en­fan­tin du terme. Et quand on voit Phi­lippe Ka­te­rine à l’écran en chef du gang des Mous­ta­chios, on com­prend que c’est une grosse blague. D’au­tant que ses mo­ti­va­tions sont vrai­ment far­fe­lues. » Éric en­chaîne : « Notre film n’a rien à voir avec la vio­lence du der­nier James Bond, par exemple, c’est une co­mé­die, où nous re­trou­vons nos per­son­nages de sim­plets. »

et Fred. Ils ré­pondent alors sans y croire à l’ap­pel d’offres de Ca­nal+ pour une sit­com. Et mi­racle, ils sont choi­sis : ce se­ra H. Quatre ans à peine après leur ren­contre, la sé­rie de­vient leur vé­ri­table rampe de lan­ce­ment. Ils y in­vitent leur pote de Trappes (dont le pro­jet avait été re­ca­lé). Ram­zy se sou­vient de cette époque : « On ga­gnait 15 000 eu­ros par jour de tour­nage, c’était nou­veau pour nous. On fai­sait n’im­porte quoi, comme le concours de montres avec Ja­mel, chaque se­maine on en avait une dif­fé­rente à l’écran. Pa­reil avec les voi­tures : Porsche, Ja­guar XKR, et Mer­cedes pour moi, Bent­ley Conti­nen­tal GT ou As­ton Martin, pour Éric. Ja­mel, lui, s’est ra­pi­de­ment mis aux Fer­ra­ri, c’était pas du jeu ! » Lors des quatre sai­sons de H, de 1998 à 2002, rien ne semble pou­voir les ar­rê­ter. Ils écrivent et tournent dans la fou­lée La Tour Mont­par­nasse in­fer­nale, qui ras­semble près de 2 mil­lions de spec­ta­teurs « Ce suc­cès nous a per­mis d’être libres », conclut Ram­zy. De­ve­nus ban­kable, Éric et Ram­zy s’égarent dans quelques pa­nouilles ca­tas­tro­phiques : Double zé­ro (2004) sui­vi de près par Les Dal­ton. Peu im­porte, ils forment un duo so­lide tou­jours content de tra­vailler en­semble. Ils écrivent alors Seul Two (2007), un film éton­nant et poé­tique où Ram­zy joue un mal­frat et Éric un po­li­cier à sa re­cherche, jus­qu’au jour où Pa­ris se vide com­plè­te­ment. Ram­zy en pro­fite pour rou­ler en Formule 1 place de la Concorde et faire un bar­be­cue au deuxième étage de la Tour Eif­fel. Or, Seul Two marque jus­te­ment un vi­rage sé­vère dans la re­la­tion entre les deux hé­ros. Ram­zy sur­joue la dé­sin­vol­ture sur le pla­teau, alors qu’éric stresse der­rière la ca­mé­ra. « On n’avait très peu de temps pour tour­ner à la Concorde avant les ré­pé­ti­tions du 14 juillet, on ne pou­vait pas se lou­per, Éric était à cran et moi, je kif­fais de rou­ler à 160 de­vant l’obé­lisque », nous avait La rup­ture al­lait- elle être consom­mée, après treize ans de bonne ri­go­lade ? « Il ne ré­pon­dait plus à mes SMS », se plaint en­core au­jourd’hui Éric, qui se consi­dère se­lon ses termes comme « la femme aban­don­née du couple ». Il pour­suit : « Avant le lan­ce­ment du film, je lui en­voyais des idées de gags et de sketchs que j’avais en tête. Et, en re­tour, rien, pas un mot de sa part. Le pire, c’est qu’il m’a an­non­cé juste avant une émis­sion de té­lé qu’il vou­lait prendre un peu de temps pour lui, j’ai été dé­vas­té. » En évo­quant cet épi­sode, les deux com­pères se jettent des oeillades gê­nées, comme un couple chez le conseiller conju­gal qui ne sait pas bien jus­qu’où ra­con­ter l’in­ti­mi­té. Ram­zy se jus­ti­fie : « J’avais trop souf­fert sur le tour­nage et, de­puis notre ren­contre, on pas­sait 300 jours par an en­semble, il fal­lait que la ten­sion tombe. Soit on cou­chait en­semble, soit on pre­nait un peu de dis­tance. » Dont acte. Ram­zy ac­cepte d’ani­mer la ver­sion fran­çaise de « Pimp My Ride » en 2009 et pré­pare un film avec sa com­pagne de l’époque, Anne De­pé­tri­ni : Il reste du jam­bon ? (2010). Pen­dant ce temps, Éric ra­vale sa dou­leur et écrit la sé­rie Pla­tane pour Ca­nal+, dif­fu­sée en 2011, dans la­quelle il se met clai­re­ment en avant, dé­lais­sant son com­père. Éric se rap­proche aus­si de Quen­tin Du­pieux, le réa­li­sa­teur fran­çais de films ab­surdes, avec qui le duo avait tour­né Steak (2006). Dans le film Wrong (2012), il joue un jar­di­nier car­diaque puis, dans Wrong Cops (2014), un po­li­cier borgne et mé­lo­mane. « Ma ren­contre avec Quen­tin a été dé­ter­mi­nante, af­firme Éric, lui aus­si est au­to­di­dacte. Il m’a ai­dé re­mettre de l’ordre dans ma car­rière, qui est sou­dain de­ve­nue plus co­hé­rente. » Du­pieux dé­cla­rait d’ailleurs alors à GQ : « Je me sens un peu plus proche d’éric avec qui je com­mu­nique mieux. Ram­zy lui, est plus tor­tueux, même si on s’ap­pré­cie. » De son cô­té, Ram­zy en­chaîne les films, d’abord avec Be­noît Ma­gi­mel dans Des vents contraires (2011), puis Les Sei­gneurs (2012), ou en­core Van­dal (2013)… Cha­cun vit une pé­riode d’ap­pren­tis­sage sur le tard, comme une sorte de stage en en­tre­prise chez les autres. Éric ex­plique : « Nous n’avons pas de for­ma­tion de co­mé­dien, nous sommes en­trés dans le mé­tier par ef­frac­tion. Du coup, à force d’im­pro­vi­ser, on a fait des choses ex­tra­or­di­naires ou la­men­tables. Main­te­nant, nous sommes plus ré­flé­chis, presque adultes en fait, nous avons ap­pris cha­cun de notre cô­té. » Éric a ain­si pu dé­ve­lop­per son sens de la

mise en scène grâce à sa sé­rie Pla­tane dont la deuxième sai­son mon­trait jus­te­ment une em­brouille entre les deux pro­ta­go­nistes, puisque le per­son­nage de Ram­zy pique la femme d’éric. Il s’agis­sait pour­tant de fic­tion, car dans la réa­li­té les deux co­miques se sont bien ren­du compte que leurs des­tins étaient liés. Avec l’ex­pé­rience et les an­nées, ils com­prennent mieux ce que l’un ap­porte à l’autre, exac­te­ment comme un vieux couple. Ram­zy ex­plique : « L’es­pèce d’élec­tri­ci­té qui se crée entre nous quand on joue reste la même qu’au dé­but, et elle est d’au­tant plus jouis­sive qu’on en connaît la va­leur pour avoir joué avec d’autres ac­teurs. On sait à quel point c’est rare. » Et c’est pré­ci­sé­ment ce que le spec­ta­teur res­sent de­vant les deux be­nêts de La Tour 2 contrôle in­fer­nale, le bon­heur des deux co­miques de se re­trou­ver. Même si main­te­nant, les choses sont claires : c’est Éric qui réa­lise, pour évi­ter toute fâ­che­rie. « Mon tra­vail consis­tait à ar­ri­ver à l’heure et à dé­tendre Éric pour qu’on puisse faire les im­bé­ciles, et il suf­fi­sait de lan­cer la ca­mé­ra », confie Ram­zy. La Tour 2 contrôle marque donc ce re­tour en fan­fare du duo. Ils n’ont pas été vic­times des mêmes tour­ments que leurs ho­mo­logues : Élie et Dieu­don­né mar­qués par leurs di­ver­gences graves d’opi­nion, Omar et Fred sub­mer­gés par le suc­cès d’in­tou­chables, ou en­core Kad qui co­cu­fiait Oli­vier avec Da­ny Boon dans les Ch’tis. « Les autres n’ont pas si­gné de pacte de l’humour jus­qu’à la mort comme nous », ri­gole Ram­zy. Et pour preuve : « Leur ma­nière de se tou­cher, de se re­gar­der, de ri­go­ler en­semble dé­montre la puis­sance de leur conni­vence, c’est le propre des vrais duos », in­siste notre consoeur Anne-laure Su­gier, de Vogue, qui les a sou­vent cô­toyés lors­qu’elle tra­vaillait au « Grand Jour­nal » sur Ca­nal+. Le co­mé­dien belge Sté­phane De Groodt en reste lui aus­si admiratif : « On sent chez eux la mé­ca­nique de leur com­pli­ci­té, on voit qu’ils se connaissent par coeur, un re­gard suf­fit à dé­clen­cher une vanne chez l’autre, ils sont sans li­mite. Ils jonglent avec les mots, ils n’ont pas peur du ri­di­cule et as­sument plei­ne­ment d’être sur le fil tout le temps. » À nou­veau heu­reux dans le bou­lot, Éric et Ram­zy le sont aus­si dans la vie. Éric vit dans le 16e pa­ri­sien, roule en Mi­ni et vé­lo élec­trique, écoute du jazz, et joue au golf. Sa nou­velle com­pagne lui a don­né un troi­sième en­fant et of­fert une belle montre Hublot. À l’in­verse, Ram­zy, an­cien ama­teur d’hor­lo­ge­rie, n’en porte plus. Son seul signe ex­té­rieur de ri­chesse re­ven­di­qué reste sa be­daine et son quin­tal. Il n’a plus de voi­ture, roule en scoo­ter 125 cm3 Ya­ma­ha X-max ou en taxi. Il a quit­té le Ma­rais pour le 10e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris et écrit son pro­chain film in­ti­tu­lé Hi­bou sur un ca­hier d’éco­lier avec un sty­lo plume ! S’il fume tou­jours en quan­ti­té, il s’est re­mis à faire le ra­ma­dan de­puis la mort de son père. « Mon truc main­te­nant, c’est les voyages », re­ven­dique-t-il. « Avec Éric, on s’est re­trou­vés en fa­mille cet été au Ca­na­da, c’était for­mi­dable. » Et si Éric et Ram­zy re­partent en va­cances en­semble, c’est bien le signe d’une ami­tié re­trou­vée. Quen­tin Du­pieux vient de leur écrire un film rien que pour eux : Garde à l’oeil. Lu et ap­prou­vé par le duo. Éric, lui, planche sur la sai­son 3 de Pla­tane, dans la­quelle Ram­zy « exige » d’avoir un rôle. Évi­dem­ment, ils at­tendent tous deux un peu an­xieux la sor­tie de La Tour 2 contrôle in­fer­nale. Au pire, ce film leur au­ra per­mis de se re­trou­ver plei­ne­ment. Comme au bon vieux temps. D’ailleurs, le temps passe, Ram­zy doit y al­ler, nous sa­lue, se lève et serre son pote dans ses bras, comme deux oi­seaux in­sé­pa­rables. Deux co­pains de main­te­nant. Une vraie paire de cools.

ark Zu­cker­berg l’a sen­ti dès l’ins­tant où il a chaus­sé l’étrange casque. Il s’est tout de suite dit : « Ça y est, c’est le fu­tur. » Pour­tant, vu de l’ex­té­rieur, l’ocu­lus Rift ne res­semble pas à grand-chose. C’est une sorte de boî­tier noir mat, de la taille d’une brique. Une ex­crois­sance fa­ciale sem­blable à un énorme masque de ski, rac­cor­dée vers un pe­tit or­di­na­teur de bu­reau par une jungle de câbles à l’ar­rière du crâne. Son al­lure fu­tu­riste ne le rend pas beau pour au­tant. On di­rait plu­tôt l’oeuvre d’un ado très geek qui au­rait ten­té de re­pré­sen­ter tant bien que mal son fan­tasme du fu­tur. Et c’est d’ailleurs exac­te­ment comme ce­la qu’est né l’ocu­lus Rift. Son créa­teur, Pal­mer Lu­ckey, n’avait que 17 ans lors­qu’il a com­men­cé à construire le pro­to­type de ce pé­ri­phé­rique de réa­li­té vir­tuelle dans le ga­rage de ses pa­rents, qui vivent à Long Beach, dans la ré­gion de Los An­geles. Il a en­suite lan­cé une le­vée de fonds sur Kicks­tar­ter pour fi­nan­cer la pro­duc­tion de son pro­jet. Deux mil­lions d’eu­ros et quatre ans plus tard, il est as­sis en face de l’homme le plus puis­sant de la Si­li­con Val­ley. Le ren­dez-vous se dé­roule au siège de Fa­ce­book à Men­lo Park, dans le bu­reau de She­ryl Sand­berg, la chief ope­ra­ting of­fi­cer (di­rec­trice des opé­ra­tions, ndlr) du ré­seau social, le­quel dis­pose de stores, contrai­re­ment à ce­lui de Zu­cker­berg. Pour le mo­ment, ce­lui-ci ne sou­haite pas être vu par ses em­ployés avec le vi­sage har­na­ché de ce cu­rieux heaume-écran. Mais en un cer­tain sens, le mil­liar­daire ne se trouve que tech­ni­que­ment dans le bu­reau de sa col­la­bo­ra­trice. Sous le casque, il évo­lue en fait dans un uni­vers tout autre. Alors que des flo­cons de neige vi­re­voltent au­tour de lui, il est en train d’ob­ser­ver un châ­teau en ruines, po­sé sur un flanc de mon­tagne. Où que se porte son re­gard, la scène suit sans heurts. Sou­dain sur­git face à lui une gi­gan­tesque gar­gouille de pierre cra­chant de la lave. Quand il re­tire en­fin l’ocu­lus, il s’écrie aus­si­tôt : « Wow ! C’était com­plè­te­ment dingue. » Nous sommes en jan­vier 2014 et le PDG de Fa­ce­book s’ap­prête alors à fê­ter à la fois les dix Plus ré­cem­ment, Zu­cker­berg s’est po­sé la ques­tion du fu­tur proche. En quoi consis­te­ra la pla­te­forme qui fe­ra de­main ? Qu’y a-t-il après le smart­phone ? C’est là qu’il a es­ti­mé que la ré­ponse ré­si­dait dans ces casques qui four­nissent une « ex­pé­rience im­mer­sive en 3D ». Des films, de la té­lé­vi­sion, mais aus­si des jeux, des confé­rences ou des réunions pro­fes­sion­nelles. Ces ap­pa­reils pour­raient scan­ner nos cer­veaux afin de trans­mettre nos pen­sées à nos amis, de la même fa­çon que les jeunes pa­rents postent au­jourd’hui sur Fa­ce­book des images de leur bé­bé. « Je pense qu’à terme, la tech­no­lo­gie nous per­met­tra de com­mu­ni­quer à au­trui l’in­té­gra­li­té de notre ex­pé­rience sen­so­rielle et émo­tion­nelle, juste par la pen­sée, ex­plique Zu­cker­berg, ins­tal­lé cette fois-ci dans son bu­reau trans­pa­rent. Il y a dé­jà pas mal d’études sur le su­jet, on place des ban­deaux sur la tête des vo­lon­taires… Si ça vous in­té­resse, je peux vous mon­trer. » Dans la bouche de l’em­pe­reur des in­dus­tries tech­no­lo­giques, tout ce­la peut sem­bler un peu dé­li­rant. Mais il ne plai­sante pas : « Nous sa­vons que l’ave­nir nous ré­serve des choses en­core in­ima­gi­nables à ce jour. Le vrai dé­fi, c’est de sa­voir ce qui est pos­sible et fai­sable à l’heure ac­tuelle. » Nous y voi­là donc : Fa­ce­book a com­men­cé à li­vrer l’ocu­lus Rift à ses clients au dé­but de cette an­née. Il ne s’agit pas du pre­mier casque de réa­li­té vir­tuelle sur le mar­ché, mais c’est en re­vanche le pre­mier à être à la fois aus­si so­phis­ti­qué et aus­si abor­dable. Sur­tout, il dis­pose d’une énorme lon­gueur d’avance sur ses concur­rents : il ne donne pas le tour­nis. À l’usage, l’ex­pé­rience, que nous avons eu la chance de tes­ter en com­pa­gnie de Pal­mer Lu­ckey lui-même, cha­cun dans une pièce dif­fé­rente, reste en­core per­fec­tible. La sil­houette vir­tuelle du pe­tit gé­nie se li­mite à un vi­sage bleuâtre et à une paire de mains flot­tant dans l’es­pace. C’est bi­zarre d’en­tendre sa voix ju­vé­nile sor­tir de cet ec­to­plasme. « Le but, dit Pal­mer, c’est de don­ner l’im­pres­sion in­dis­cu­table que vous vous trou­vez avec quel­qu’un d’autre dans l’es­pace vir­tuel, même s’il est con­crè­te­ment loin de vous dans la réa­li­té nor­male. » Mais ne vous at­ten­dez pas un de­gré de pré­ci­sion du ni­veau d’une pro­duc­tion hol­ly­woo­dienne. Dans le jeu Toybox que nous avons es­sayé avec l’ocu­lus, et qui met en scène des ob­jets à faire agir au­tour d’une table, les élé­ments sont en­core gros­siers : la table n’est que cou­leur et pas en­core ma­tière, et les dif­fé­rents ob­jets af­fichent des formes trop sché­ma­tiques. Il n’em­pêche que, si ru­di­men­taire soit-elle, l’ani­ma­tion qui gé­nère cet uni­vers im­mer­sif le rend plus réel que n’im­porte quel ef­fet spécial exis­tant. En quelques se­condes, on ou­blie ain­si que Lu­ckey se trouve dans une autre pièce, in­so­no­ri­sée. On ou­blie qu’il ne s’agit plus de lui mais d’un ava­tar au­quel on s’adresse. Quand il fait ex­plo­ser des pe­tits bâ­tons de feu d’ar­ti­fice, on sur­saute alors que l’on sait bien que tout ce­la n’est qu’illu­sion di­gi­tale. C’est le phé­no­mène que les fa­na­tiques de réa­li­té vir­tuelle ap­pellent la « pré­sence », et que l’ocu­lus rend pos­sible à lui seul. Pal­mer Lu­ckey a 23 ans et, se­lon Forbes, il vaut 700 mil­lions d’eu­ros. Il porte des san­dales comme celles que ne porte plus Zu­cker­berg,

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