L’homme qui a ma­té les stars de tf1

Nonce Paolini À 66 ans, il vient de cé­der son poste de PDG de TF1 à Gilles Pé­lis­son. Com­ment ce pa­tron a-t-il réus­si à dras­ti­que­ment ré­duire le train de vie de la chaîne aux 800 mil­lion­naires ? À im­po­ser son plan (bap­ti­sé Fit­ness, ça ne s’in­vente pas) aux

GQ (France) - - Exclusif -

Dé­ter­mi­né, Nonce l’a tou­jours été. En­tré chez Bouygues en 1988, il est de­ve­nu DRH de TF1 en 1993. Les belles an­nées avaient dé­jà com­men­cé pour les sa­la­riés, et Nonce ne fit rien, alors, qui put les ter­nir : le plan d’in­té­res­se­ment qui a fait leur for­tune (au moins vir­tuelle au temps où l’ac­tion mai­son flir­tait avec les 100 eu­ros), c’est à lui qu’ils le doivent – éta­bli à la privatisation, en 1987, il l’avait gé­né­reu­se­ment toi­let­té. « Nonce Paolini est l’un des per­son­nages les plus at­ta­chants du nou­vel uni­vers TF1 », écrivent même Péan et Nick en 1997 ( TF1, un pou­voir, Fayard, 1997).

(…) atrick Le Lay, pré­sident de TF1, et Étienne Mou­geotte, vice-pré­sident de la chaîne, le res­pectent, mais le craignent : sa re­la­tion pri­vi­lé­giée avec Martin Bouygues leur est connue, mais elle leur échappe, car elle dé­fie les hié­rar­chies. Elle date de 1993, et de la mort de Fran­cis, le père. Nonce avait été char­gé d’or­ga­ni­ser les ob­sèques du pa­triarche, fi­gure tu­té­laire. À l’église de la Ma­de­leine, tout ce que la France comp­tait alors de ve­dettes té­lé­vi­suelles, de ca­pi­taines d’in­dus­tries, de po­li­tiques ayant eu af­faire, de près ou de loin, à l’em­pire TF1 s’était re­cueilli sur la dé­pouille de l’en­tre­pre­neur, in­croyable char­meur et homme d’af­faires ru­sé. « Ces ob­sèques avaient consti­tué un mo­ment très fort pour le groupe, alors très ébran­lé, se sou­vient un proche de Nonce Paolini. À l’époque, Martin n’avait pas en­core ga­gné sa lé­gi­ti­mi­té, et tout le monde se de­man­dait ce que tout ça al­lait de­ve­nir… Dis­crè­te­ment, Nonce a su créer une confiance, ce qui l’a rap­pro­ché de la fa­mille et a per­mis à Martin de fran­chir un pas. » De­puis, il y a quelque chose d’« à la vie, à la mort », entre les deux hommes.

P(…) À son re­tour à TF1 (après cinq an­nées du cô­té té­lé­com du groupe Bouygues, ndlr), lors­qu’il est nom­mé DG en mai 2007 (il de­vien­dra PDG du groupe fin juillet 2008), il s’en donne donc à coeur joie. Il vire. À tour de bras. « Entre l’ar­ri­vée de Nonce Paolini et au­jourd’hui, nous as­sure l’un de ceux qui firent par­tie de cette char­rette, il y a bien eu entre 500 et 600 li­cen­cie­ments. Du “ca­nal” his­to­rique, la masse sa­la­riale de la chaîne a bais­sé d’un cin­quième… Nonce a me­né cette pé­riode avec ta­lent et ef­fi­ca­ci­té : il fal­lait bien se dé­bar­ras­ser des gros sa­laires… ». Au dé­but, ça s’est beau­coup vu. Les gros sa­laires n’ont même pas eu à le­ver le doigt pour être iden­ti­fiés, et en quelques se­maines, vingt ans d’un fonc­tion­ne­ment ma­na­gé­rial et d’une phi­lo­so­phie d’en­tre­prise ont su­bi­te­ment pris fin. « C’est simple : il a li­mo­gé tous les Mou­geotte’s boys, se sou­vient un proche des in­té­res­sés. Leurs sa­laires étaient évi­dem­ment très éle­vés. L’ob­jec­tif, c’était de s’en dé­bar­ras­ser. » Le pre­mier à ti­rer les consé­quences de la mon­tée en puis­sance du Corse, c’est l’alors vice-pré­sident de la chaîne, Étienne Mou­geotte lui-même : que faire d’autre que de par­tir, quand Pa­trick Le Lay, dont vous étiez l’ombre et l’al­ter ego, pré­pare lui-même sa sor­tie ? En fé­vrier 2007, l’iné­nar­rable Bre­ton an­nonce qu’il s’ap­prête à dis­so­cier les fonc­tions de pré­sident et de di­rec­teur gé­né­ral, qu’il oc­cupe toutes deux, pour confier ces der­nières à quel­qu’un d’autre que lui. Étienne Mou­geotte ne se le fait pas dire deux fois : en avril, le di­rec­teur des an­tennes et des pro­grammes du groupe fait sa­voir qu’il quit­te­ra les lieux avant la fin de l’an­née, et en août, il part prendre la di­rec­tion de la ré­dac­tion du Fi­ga­ro. Comme beau­coup d’autres cadres, il res­te­ra of­fi­ciel­le­ment « conseiller » de Nonce Pa­trick Le Lay ap­pro­chait. La pro­mo­tion de Nonce Paolini sonne le glas de sa stra­té­gie de car­rière in­tra-une. En mars 2008, il s’em­pare donc de la di­rec­tion gé­né­rale de La­gar­dère En­ter­tain­ment, la plus grosse so­cié­té de pro­duc­tion fran­çaise – qu’il di­rige plei­ne­ment au­jourd’hui. Un mois plus tard, c’est au tour de Charles Ville­neuve de sa­luer la com­pa­gnie. Pour le di­rec­teur des sports et des opé­ra­tions spé­ciales, jour­na­liste hors pair et mar­lou de pre­mière, pré­sen­ta­teur du très contro­ver­sé « Droit de sa­voir » (une émis­sion aux re­por­tages tou­jours plus sen­sa­tion­nels consa­crés aux bri­gades du slip, des stups et de lap-dance, un mo­dèle du genre), l’hon­neur est sauf : il est op­por­tu­né­ment at­teint par la li­mite d’âge. À 67 ans, il l’a même dé­pas­sée. Une ex­cuse qui ne vaut pas pour Ro­bert Na­mias ; le di­rec­teur gé­né­ral ad­joint char­gé de l’in­for­ma­tion, 64 ans, ré­siste pen­dant près d’un an à la pres­sion qui s’exerce sur lui. Puis, le 13 juin 2008, il claque

de Ca­nal + et conseiller culture du can­di­dat pen­dant la cam­pagne. La pré­sen­ta­trice manque s’étran­gler : non seule­ment la sé­quence, sus­pecte, lui pa­raît d’une lon­gueur ex­ces­sive (une ving­taine de mi­nutes !), mais la cam­pagne pré­si­den­tielle n’a pas été por­teuse pour la chaîne, alors en ra­jou­ter dans le dé­sastre lui pa­raît in­utile. Son jour­nal bat de l’aile, l’am­biance est à cou­teaux ti­rés avec Ca­the­rine Nayl et elle sait dé­jà que, dans quelques jours, elle sa­lue­ra bien bas cette com­pa­gnie qu’elle s’est mise à abhor­rer… Quand elle ap­prend le nom du pro­prié­taire des images et sa pré­sence à TF1 au cours du week-end pour su­per­vi­ser le mon­tage et va­li­der le re­por­tage, elle suf­foque : Tho­mas Hol­lande ? Le fils du pré­sident ? Com­ment ac­cep­ter un tel mé­lange des genres ? Au­tant dif­fu­ser un spot pu­bli­ci­taire ! Et si ça se sa­vait ? Quelle confi­ture pour les dé­on­to­logues et les ri­ca­neurs ! « Le week-end qui pré­cède l’in­ves­ti­ture, confirme Pierre Les­cure (1) , Tho­mas (Hol­lande qui, contac­té par les au­teurs, n’a pas ré­agi, ndlr) m’a ap­pe­lé pour me pro­po­ser de tour­ner une sé­quence, dans la­quelle on feuillet­te­rait l’al­bum de la cam­pagne, et le pré­sident en com­men­te­rait les images. On a fait ça dans son bu­reau en plein dé­mé­na­ge­ment, tous les deux de­vant un ipad, pen­dant dix mi­nutes ou un quart d’heure, je ne sais plus. Au dé­part, on a fait cette in­ter­view pour nous (l’équipe de cam­pagne), pas pour qu’elle soit dif­fu­sée ailleurs. » L’an­cien pa­tron de Ca­nal+ ne sait plus qui, de Tho­mas Hol­lande ou de Ca­the­rine Nayl, a le pre­mier pris con­tact avec l’autre. Ré­duits au maxi­mum, ces échanges nos­tal­giques et sa­tis­faits ne fi­gu­re­ront pas au 20 Heures : en ef­fet, la jour­na­liste Va­lé­rie Nataf ayant réus­si, in ex­tre­mis, à dé­cro­cher un en­tre­tien avec Hol­lande, le su­jet clé en mains ve­nu d’ailleurs pas­se­ra à la trappe au pro­fit du re­por­tage in­terne. Ouf ! La fé­bri­li­té, par­fois, re­pousse un peu trop loin les li­mites de la pru­dence. Fran­çois Ba­chy, lui, quit­te­ra la chaîne, et le jour­na­lisme, peu de temps après.

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