NAO­MI

La black pan­thère

GQ (France) - - Portfolio -

lon Musk est un gar­çon étrange, ri­chis­sime et ha­bi­té. Ha­bi­té par la convic­tion que ses pro­jets vont bâ­tir l’hu­ma­ni­té de de­main. Ri­chis­sime puis­qu’il a fait for­tune il y a quinze ans en im­po­sant Pay­pal. Étrange, parce qu’il éprouve cer­taines dif­fi­cul­tés d’adap­ta­tion aux normes so­ciales. Et qu’il semble évo­luer dans une réa­li­té pa­ral­lèle lors­qu’il vous parle de son tra­vail et de sa vi­sion du fu­tur, faite de voi­tures en pi­lo­tage au­to­ma­tique et de co­lo­ni­sa­tion mar­tienne. Musk est né en Afrique du Sud il y a 44 ans. À 17 ans, il part vivre en fa­mille au Ca­na­da, dont sa mère est ori­gi­naire. Étu­diant, il ac­quiert la convic­tion que l’ave­nir de l’hu­ma­ni­té dé­pen­dra de trois do­maines : In­ter­net, les éner­gies re­nou­ve­lables et la vie hu­maine ailleurs que sur Terre. Il lance d’abord en 1995 un sys­tème de ci­ty guides en ligne, Zip2, qui lui vaut sa pre­mière for­tune. Il pour­suit sa conquête de ce qu’on ap­pelle alors « la nou­velle éco­no­mie » en ra­che­tant en 2000 le sys­tème de paie­ment vir­tuel Pay­pal, qu’il rend vite om­ni­pré­sent et lu­cra­tif. Pas du genre à prendre sa re­traite an­ti­ci­pée, il lance en­suite, entre autres so­cié­tés, le pro­jet de fu­sée Space X. Puis s’im­plique dans un fa­bri­cant de voi­tures élec­triques, Tes­la. Non content d’être le PDG de ces deux énormes com­pa­gnies, il s’y oc­cupe éga­le­ment du dé­ve­lop­pe­ment pro­duit. Il tient bien à pré­ci­ser que même si les gens semblent l’igno­rer, il passe le plus clair de son temps à abattre du tra­vail d’in­gé­nieur. En ce lun­di 12 oc­tobre 2015 où nous l’avons ac­com­pa­gné, nous avons pu consta­ter que sa jour­née avait été plus que bien rem­plie par ses deux bou­lots. Et nous nous sommes ren­du compte que chaque jour de l’exis­tence de Musk était à peu près aus­si in­tense. Elon Musk dé­marre en gé­né­ral sa se­maine au sein des lo­caux de sa so­cié­té d’aé­ro­spa­tiale, Space X, si­tués à Haw­thorne, une ban­lieue in­dus­trielle de Los An­geles. Tous les lundis, me dit-il, s’y tient une séance de brains­torm au­tour d’un seul et même su­jet : « L’ar­chi­tec­ture des trans­ports de co­lo­ni­sa­tion mar­tienne ». Il pro­nonce ces mots comme s’il évo­quait ma­chi­na­le­ment l’ordre du jour d’une réunion du co­mi­té d’en­tre­prise de la Co­gip. En ré­dui­sant dras­ti­que­ment les coûts de fa­bri­ca­tion d’une fu­sée, Space X a bou­le­ver­sé l’aé­ro­spa­tiale. Elle est aus­si la pre­mière en­ti­té pri­vée à avoir en­voyé un ap­pa­reil en or­bite avant de le ra­me­ner sur Terre. L’ap­pa­reil as­sure au­jourd’hui le ré­ap­pro­vi­sion­ne­ment de la Sta­tion Spa­tiale In­ter­na­tio­nale et pour­rait bien­tôt faire le taxi pour les as­tro­nautes qui y tra­vaillent. Mais

pe­tite bombe à fu­sion nucléaire à cha­cun de ses pôles. « Ce ne sont pas vrai­ment des armes nu­cléaires, pré­cise-t-il. On a ten­dance à ne pas se rendre compte que le so­leil lui-même est une gi­gan­tesque ex­plo­sion de fu­sion. » L’en­vi­ron­ne­ment de la pla­nète rouge se­ra ain­si mo­di­fié et ver­ra sa glace se trans­for­mer en eau. Une eau qui fe­ra naître des plantes, les­quelles conver­ti­ront le di­oxyde de car­bone qui com­pose l’at­mo­sphère mar­tienne en oxy­gène, qui à terme de­vien­dra stable et res­pi­rable. « C’est une pla­nète à gros po­ten­tiel, mais qui a be­soin de pas mal de tra­vaux », ré­pète sou­vent Musk en em­prun­tant au lan­gage des agents im­mo­bi­liers. Cette pers­pec­tive semble tout de même un peu in­va­sive vue d’ici. Sur­tout quand on sait que les mis­sions mar­tiennes de la Na­sa ont pour le mo­ment l’in­ter­dic­tion d’at­ter­rir près d’une zone qui pour­rait conte­nir de l’eau à l’état li­quide, afin de ne pas ris­quer de conta­mi­ner la pla­nète avec des bio-or­ga­nismes terriens. Musk ne pa­raît pour­tant pas très pré­oc­cu­pé par ces ques­tions : « Tout que l’on sait à ce jour, c’est qu’il n’y a au­cune preuve de vie à la sur­face de Mars. Au mieux, le sous­sol y contien­drait des mi­crobes, rien de plus. C’est là le maxi­mum de vie qui pour­rait y exis­ter. » Une ques­tion mo­rale sub­siste : Mars nous ap­par­tient-elle au point de pou­voir faire d’elle ce que nous vou­lons ? « Il n’y a pas de ques­tion mo­rale s’il n’y a pas de vie, ré­plique Musk. Je crois même que ce se­rait en quelque sorte im­mo­ral de ne pas tou­cher à Mars si elle re­pré­sen­tait pour l’hu­ma­ni­té sa seule chance de sur­vie. » Le vrai su­jet d’in­ter­ro­ga­tion du pa­tron de Space X Elon Musk di­rige une autre so­cié­té qui, comme Space X, vaut plu­sieurs mil­liards de dol­lars et dont l’am­bi­tion vise à ré­vo­lu­tion­ner nos vies. Tes­la, c’est son nom, cherche à ac­cé­lé­rer l’adop­tion de la voi­ture élec­trique. Quand nous le ren­con­trons, le PDG est par­ti­cu­liè­re­ment concen­tré sur son au­to du fu­tur, car c’est la se­maine où se­ra ré­vé­lé le nou­vel up­date du sys­tème d’ex­ploi­ta­tion du der­nier mo­dèle com­mer­cia­li­sé par la marque. Les vé­hi­cules conçus par l’en­tre­prise de Musk ne sont pas des voi­tures élec­triques comme les autres, no­tam­ment parce qu’ils peuvent té­lé­char­ger à dis­tance les nou­velles

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