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GQ (France) - - Action -

a phrase tourne par­tout sur In­ter­net : « Le sexe, c’est comme la piz­za, même quand c’est mau­vais, ça reste bon. » Que si­gni­fie cette plai­san­te­rie, ano­dine en ap­pa­rence ? Qu’entre deux bouts de moz­za­rel­la, les hommes n’ont fi­na­le­ment au­cune idée de ce qu’est le mau­vais sexe. Ils en ont en­ten­du par­ler. Ils ont un co­pain qui a vu l’ours, et c’était une tou­riste aux fesses in­croya­ble­ment mus­clées, qui a peut-être ré­veillé les voi­sins à coup de dir­ty-tal­king en hon­grois… Mais le mec en ques­tion garde des marques aux omo­plates qui l’em­pêchent d’al­ler à la pis­cine. Ce mau­vais sexe-là veut nous faire croire que vous êtes un aven­tu­rier ET que vos par­te­naires changent sou­vent. Or, ad­met­tez-le : vous êtes des hommes fa­ciles. Il suf­fit de vous souf­fler sur le bas-ventre pour que ça fasse des étin­celles. Il suf­fit de ne pas mettre les dents. Il suf­fit de vous re­gar­der pour vous faire fondre (mais si, les cam­girls : vous payez pour un simple eye-con­tact). Fran­che­ment, vous êtes les créa­tures les moins com­pli­quées du monde. Au point que vous dé­ce­voir de­mande beau­coup d’ef­forts.

JE VOUS PARLE de mon point de vue de femme : le mau­vais sexe n’est pas juste une cal­zone plate sans to­mate et sans sa­veur. Le mau­vais sexe, c’est un truc qui peut vous clouer au lit avec une gas­tro mes­quine pen­dant cinq jours. Plus proche de l’huître ava­riée avec cou­lis de ra­dium que de la junk-food in­of­fen­sive. Mais soit. Je conçois qu’une ver­sion soft (masculine ?) du mau­vais sexe ait ses rai­sons d’être : com­ment, sans mau­vais sexe, ap­prendre ce qui nous fait du bien ? Ne faut-il pas se man­ger quelques portes (même si c’est moins bon que la piz­za) ? Au fond, je pré­fère que les hommes soient fa­ciles. Ça me fa­ci­lite la vie. Leur conten­te­ment flatte mon ego et mon sens in­né de la pa­resse. Lors d’une pre­mière nuit, les femmes ont ra­re­ment la pres­sion… du moins, sur la per­for­mance. Il suf­fit de vous tou­cher avec une vague connais­sance ana­to­mique, à plus ou moins dix cen­ti­mètres de la cible. Il suf­fit de faire preuve d’un vague en­thou­siasme (oh, ha). Ra­ter du sexe avec un homme, c’est un peu ra­ter son per­mis tri­cycle. Alors il est pos­sible que j’iro­nise sur votre manque d’am­bi­tion. C’est vrai qu’on sert ra­re­ment de la piz­za dans la haute gas­tro­no­mie. Mais les chiffres sont là : en lan­gage so­cio­lo­gique, la quatre-fro­mages in­dus­trielle s’ap­pa­rente à l’or­gasm gap (le fos­sé des or­gasmes). Ain­si, à l’uni­ver­si­té du Wis­con­sin, la cher­cheuse Li­sa D. Wade a conclu que 91 % d’hommes jouissent sou­vent, ou tou­jours, avec leur par­te­naire. Les femmes, de leur cô­té, flottent à 39 % – soit 52 % d’écart. À titre de com­pa­rai­son, elles sont 66 % à jouir sou­vent, ou tou­jours… lors­qu’elles se mas­turbent. Ul­time coup de poi­gnard dans votre amour-propre ? Plus de 28 % des femmes n’ont ja­mais d’or­gasme « re­la­tion­nel ». Je pour­rais vous tailler un cos­tard, je vais plu­tôt faire votre éloge : vous êtes les Pierre Rabhi du sexe, les dé­crois­sants du câ­lin. Vous rê­vez de nym­phettes, mais épou­sez de bonnes co­pines. Vous fan­tas­mez sur la brouette, mais c’est fa­ti­gant. Vous ten­te­riez bien un plan à trois, mais c’est com­pli­qué. Et alors ? Vous êtes humbles. Pas chiants. Bons vi­vants. En re­vanche, à force de se conten­ter de piz­za sur­ge­lée, vous pre­nez le risque qu’on ne vous serve plus que ça. Pour­quoi sor­tir de sa zone de confort mi­cro-on­dé ? Con­seil d’amie : rem­pla­cez au moins la piz­za sur­ge­lée par une ver­sion gour­met. Qui de­mande du pé­tris­sage, des pro­duits choi­sis et du sa­voir-cuire, pour ar­ri­ver à une gas­tro­no­mie fi­na­le­ment très mo­derne : la sim­pli­ci­té chic, la fa­ci­li­té toute en élé­gance, le sexe à dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Bon ap­pé­tit.

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