Une sé­rie fan­ta­sy avec des dra­gons, ça ne me sem­blait pas ga­gné. «

GQ (France) - - Trip -

Et cer­tains coups plus durs que d’autres. Comme le jour où il échoue au cas­ting de Rai­sons d’état (2006), réa­li­sé par le hé­ros de son en­fance, Ro­bert De Ni­ro. « En me don­nant la ré­plique, De Ni­ro se met à par­ler tout bas. Alors je fais comme lui. À la fin, il chu­chote, moi aus­si. Il fi­nit par me dire : “Au fait, pour­quoi on chu­chote ?” Je n’ai pas eu le rôle. Mo­ra­li­té : on ne de­vrait ja­mais ren­con­trer ses idoles. » L’ac­teur ra­conte ses an­nées de vaches maigres avec hu­mour et phi­lo­so­phie. Son man­tra : conti­nuer de tra­vailler coûte que coûte. « J’ai eu beau­coup de “presque oui”, mais ça ne mar­chait pas, alors je re­tour­nais au Da­ne­mark pour faire du théâtre ou un film. » En 2008, la sé­rie po­li­cière amé­ri­caine dont il avait dé­cro­ché le rôle prin­ci­pal, New Am­ster­dam, est an­nu­lée au bout d’une sai­son. « Ça m’a per­mis de sa­voir ce que je ne vou­lais pas. Comme ce genre de sé­ries dont il est presque im­pos­sible de ti­rer quelque chose de bien, le temps de pro­duc­tion étant trop court. » Avec Game of Th­rones, il n’au­ra pas ce pro­blème. L’ac­teur ma­ra­tho­nien ac­cède au luxe de la té­lé payante, nou­vel El­do­ra­do ar­tis­tique du monde oc­ci­den­tal. Pour­tant, la pre­mière fois qu’il lit le scé­na­rio, il n’y croit qu’à moi­tié. « Une sé­rie de fan­ta­sy avec des dra­gons, ça ne sem­blait pas ga­gné. Comment au­rais-je pu sa­voir ? » Au­jourd’hui, GOT est l’un des shows pré­fé­rés d’oba­ma, et le ga­min de Tyb­jerg est de­ve­nu l’un des vi­sages les plus iden­ti­fiés d’une pla­nète prise de sé­ri­phi­lie ai­guë. La fu­sée Game of Th­rones l’a pro­pul­sé fleu­ron d’une gé­né­ra­tion d’ac­teurs cos­mo­po­lites et tout-ter­rain, à l’op­po­sé de la star hol­ly­woo­dienne clas­sique, in­car­na­tion mé­ga­lo de l’amé­rique triom­phante. « De­ve­nir une star à l’an­cienne, c’est être condam­né à jouer tou­jours le même genre de per­son­nages, comme Bruce Willis ou Tom Cruise. Je res­pecte ça, mais ce n’est pas pour moi. » Quelque chose en lui, pour­tant, se dé­fend de l’image d’ac­teur ef­fi­cace et consen­suel qui lui pend au nez. « Le ta­lent, ça ne s’ap­prend pas », as­sène-t-il pour rap­pe­ler que sous sa fa­çade de grand gar­çon bosseur brûle une vo­ca­tion fé­roce. « J’ai tou­jours été cu­rieux de l’être hu­main. Pour­quoi sommes-nous les mêmes et si dif­fé­rents en même temps ? Qu’est-ce qui nous unit ? » Au nom de cette quête, Ni­ko­laj Cos­ter-wal­dau a su trou­ver l’hu­ma­ni­té sous la fa­çade mons­trueuse de Jaime Lan­nis­ter, et s’im­po­ser comme un in­ter­prète sub­til au sein d’un uni­vers de sur­en­chère per­ma­nente. Il n’as­pire pas à de­ve­nir le roi du monde, il rêve d’être re­con­nu comme un grand ac­teur.

Le da­ne­mark? son plan B

Et pour ça, il a une stra­té­gie. Pre­mière étape : dé­mon­trer l’éten­due de sa pa­lette. En 2013, deux ans après les dé­buts de Game of Th­rones, Ni­ko­laj, en­fin ar­ri­vé au som­met, au­rait pu se re­po­ser. C’est tout l’in­verse : en quelques mois, il aligne un film d’hor­reur (Ma­ma), un block­bus­ter (Obli­vion), une co­mé­die ( Triple Al­liance, 2014) et un drame in­ter­na­tio­nal ( L’épreuve, avec Ju­liette Binoche, 2013). « On me pro­pose beau­coup de rôles de che­va­lier en armure, mais je ne veux pas m’en­fer­mer là-de­dans. » L’ob­jec­tif, c’est aus­si d’oc­cu­per le ter­rain en vue de l’après Game of Th­rones. Quand on bosse dans un show ré­pu­té pour li­qui­der ses hé­ros, mieux vaut, en ef­fet, se pré­pa­rer au pire. « Je sais bien que Jaime Lan­nis­ter peut mou­rir à tout ins­tant… D’ailleurs, qui sait, je suis peut-être dé­jà mort… », ta­quine Ni­ko­laj. Au fond, il es­père faire par­tie des élus qui sur­vi­vront jus­qu’à la fin. « Ce n’est pas un ego trip, c’est juste que ça fait long­temps que je suis là ! » Et pour­quoi pas ra­fler le Trône de fer, tant qu’on y est ? L’ac­teur botte en touche : « Je pense qu’ils de­vraient brû­ler le Trône. Ou bien y mettre Ho­dor (le ser­vi­teur simple d’es­prit de la mai­son Stark, ndlr). » Que les scé­na­ristes Da­vid Be­nioff et D.B. Weiss sauvent ou éli­minent Jaime Lan­nis­ter avant le dé­noue­ment, la grande fa­mille Game of Th­rones n’a de toute fa­çon plus que trois ans de­vant elle. Pro­gram­mée à l’is­sue de la hui­tième sai­son, la fin de la sé­rie s’an­nonce comme un tour­nant cru­cial dans la car­rière de NCW. Un mo­ment de vé­ri­té qui pour­ra le pro­je­ter en­core plus haut ou le voir re­tom­ber tout en bas. Avec un CV rem­pli de rôles se­con­daires et une per­for­mance ma­jeure dans une sé­rie, son prin­ci­pal dé­fi est de prou­ver qu’il peut être un lea­ding man à part en­tière. « C’est co­ol de jouer le pre­mier rôle, et, vous avez rai­son, c’est mon ob­jec­tif, re­con­naît-il. Mais pas for­cé­ment dans un block­bus­ter. » Une al­lu­sion à Gods Of Egypt, le gros machin à ef­fets spé­ciaux qui vient de sor­tir ? NCW y tient le haut de l’af­fiche avec Ge­rard But­ler, mais l’ex­pé­rience ne semble pas l’avoir to­ta­le­ment com­blé. « Je n’avais ja­mais eu un rôle prin­ci­pal dans un film de cette am­pleur, je vou­lais voir comment c’était et si j’au­rais en­vie de le re­faire par la suite… » Ver­dict ? « Euh… Di­sons… que je veux conti­nuer à faire des choses dif­fé­rentes. » En 2016, ce se­ra Shot Cal­ler, un film de gang­sters in­dé tour­né aux États-unis, dont Ni­ko­laj se dit « très fier ». On at­tend aus­si la sor­tie de 3 Ting, autre film de gang­sters, mais da­nois ce­lui-ci. Car même de­puis Game of Th­rones, l’ac­teur n’a ja­mais ces­sé d’al­ter­ner pro­duc­tions étran­gères et films à do­mi­cile. Il aime son pays na­tal, mais jouer sur les deux conti­nents lui per­met sur­tout de conser­ver un plan B si l’aven­ture amé­ri­caine ve­nait à tour­ner court. La se­maine à Hol­ly­wood, le week-end à Co­pen­hague ? Pour l’ins­tant, NCW n’a pas l’in­ten­tion de chan­ger. Fi­dèle à son iden­ti­té glo­bale, il nous quitte pour al­ler prendre l’avion : c’est l’an­ni­ver­saire de sa femme, ils ont ren­dez-vous à New York… Quelque chose nous dit que cette fois, il n’y au­ra pas de ca­fard dans leur chambre.

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