« Avec “Mar­seille”, Net­flix re­dore son bla­son. Et le bla­son, pour eux, c’est le Graal.

Pas­cal Le­che­val­lier, ex­pert en VOD

GQ (France) - - Trip -

la fille de De­par­dieu, jour­na­liste d’in­ves­ti­ga­tion. À la réa­li­sa­tion en re­vanche, les re­cru­te­ments ont été plus la­bo­rieux. Pen­dant des mois, les ef­fets d’an­nonce se sont suc­cé­dé, de Sa­muel Ben­che­trit ( As­phalte, 2015) à Gé­rard Krawc­zyk ( Taxi 4, 2007). Au fi­nal, c’est Florent Emi­lioSi­ri ( Clo­clo, 2012) qui s’y colle. Grand pote de Ma­gi­mel, au­teur de clips pour IAM ou en­core du fa­meux « Bel­sunce Break­down », et do­té d’une ex­pé­rience hol­ly­woo­dienne rare en France ( Otage en 2005, avec Bruce Willis), Emi­lio-si­ri est épau­lé par Tho­mas Gi­lou (La Vé­ri­té si je mens), réa­li­sa­teur « De­par­dieu-com­pa­tible » de­puis Mi­chou d’au­bert (2007). Que s’est-il pas­sé avec les autres can­di­dats pres­sen­tis ? « Cer­tains ont trou­vé ça contrai­gnant de s’en­ga­ger pour deux sai­sons », confie Ma­gi­mel. Mais en off, une autre théo­rie cir­cule : si beau­coup de réa­li­sa­teurs ont re­fu­sé, c’est parce qu’ils au­raient eu peur de si­gner avec Net­flix. La sé­rie est pro­duite par le géant amé­ri­cain, lea­der mon­dial de la SVOD (ser­vice d’abon­ne­ment aux vi­déos à la de­mande). Net­flix, ses 69 mil­lions d’abon­nés dans 190 pays, son chiffre d’af­faires à 6,7 mil­liards de dol­lars et sa pro­gres­sion ga­lo­pante (+ 30 % d’abon­nés l’an der­nier). De­puis sep­tembre 2014 et son ar­ri­vée en France, Net­flix pas­sait pour le bad guy à la conquête du gen­til PAF hexa­go­nal. « Ils traî­naient une image de grand mé­chant loup. Le mi­nis­tère de la Cul­ture les voyait d’un mau­vais oeil car ils ne sont pas sou­mis à la lé­gis­la­tion fran­çaise en ma­tière de dif­fu­sion des oeuvres eu­ro­péennes, ana­lyse Pas­cal Le­che­val­lier, ex­pert en VOD et PDG de What’s Hot, une agence de con­seil spé­cia­li­sée en mé­dias nu­mé­riques. On les soup­çon­nait de vou­loir pro­fi­ter de nos té­lé­spec­ta­teurs sans par­ti­ci­per à la sur­vie de notre “ex­cep­tion cultu­relle”. »

Opé­ra­tion sé­duc­tion Jus­qu’à pré­sent, d’ailleurs, la ten­ta­tive de pé­né­trer le mar­ché fran­çais s’est sol­dée par un suc­cès en de­mi-teinte : la pla­te­forme re­fuse de don­ner ses chiffres dans l’hexa­gone mais n’au­rait pas at­teint le mil­lion d’abon­nés es­pé­ré. En cause, un ca­ta­logue pauvre et des concur­rents – bien fran­çais ceux-là – so­li­de­ment im­plan­tés. À com­men­cer par Ca­nal Play, fi­liale de Ca­nal+, qui, iro­nie su­prême, a long­temps eu l’ex­clu­si­vi­té de House of Cards, la sé­rie phare de... Net­flix. Ou OCS, fi­liale d’orange, qui a ré­cu­pé­ré toutes les sé­ries HBO. Dans ce contexte, on com­prend mieux l’en­jeu de Mar­seille : sé­duire à la fois le grand pu­blic et la pro- fes­sion. « Avec cette pro­duc­tion lo­cale, Net­flix montre patte blanche au mi­lieu du ci­né­ma qui se ré­jouit de voir ar­ri­ver de nou­veaux moyens pour des pro­jets “made in France”, dé­code Le­che­val­lier. Dans la plu­part des pays où le géant s’im­plante, il ap­plique cette stra­té­gie d’adap­ta­tion au mar­ché lo­cal. En un mot, avec Mar­seille, Net­flix re­dore son bla­son. Et le bla­son, c’est le Graal pour un ser­vice de SVOD qui, de toute fa­çon, ne me­sure pas les au­diences et n’est pas dé­pen­dant de la pub mais de son nombre d’abon­nés. » Erik Bar­mack, vice-pré­sident du dé­par­te­ment « pro­duc­tions lo­cales » chez Net­flix, confirme : « On ne cherche pas à sé­duire tel ou tel pu­blic, ce qu’on veut, c’est que les gens parlent de nos sé­ries. » Pas­cal Bre­ton, le pro­duc­teur de Mar­seille, ren­ché­rit : « Suc­cès d’au­dience ou pas, le contrat est dé­jà qua­si rem­pli pour eux. L’en­jeu est avant tout mar­ke­ting : ils veulent se faire connaître, avoir des ar­ticles de presse. C’est dé­jà une réus­site. » Pour lui aus­si, c’est un suc­cès. À la tête de Fe­de­ra­tion En­ter­tain­ment, c’est Bre­ton qui a rem­por­té le gros lot en ser­vant sur un pla­teau aux Amé­ri­cains le pro­jet qu’ils cher­chaient. De­puis, le pe­tit Fren­chie voit les portes s’ou­vrir de­vant lui aux États-unis. La lé­gende ra­conte que plus de cin­quante pro­jets étaient en concur­rence. En réa­li­té, les dés étaient un peu pi­pés dès le dé­but. « Pas­cal (Bre­ton, ndlr) a eu l’idée d’une sé­rie qui se pas­se­rait à Mar­seille et il me

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