Il est 18 heures lorsque Vla­di­mir Mar­ty­nen­ko

GQ (France) - - Trip -

Avant de sor­tir de chez lui, Mar­ty­nen­ko se pré­pare un Ther­mos de ca­fé bien chaud car la nuit pro­met d’être longue. Y a-t-il ajou­té un de­mi-verre de co­gnac comme il le di­ra, bien plus tard, aux po­li­ciers, lors de son pre­mier in­ter­ro­ga­toire, avant de se ré­trac­ter ? Son avo­cat, Alexandre Ka­ra­ba­nov, jure qu’il n’a ab­sor­bé que du ca­fé. Ses proches ex­pliquent qu’il ne bu­vait que très ra­re­ment : « Il pre­nait peut-être une bière de temps en temps. Mais s’il de­vait conduire le len­de­main, il ne bu­vait pas », as­sure l’un d’eux. To­tal d’ici 2020. Mais un obs­tacle de taille se pro­file : le­ver les fonds né­ces­saires pour fi­nan­cer l’un des plus grands pro­jets ga­ziers au monde sans pou­voir faire ap­pel à la de­vise amé­ri­caine en rai­son des sanc­tions éco­no­miques à l’en­contre de No­va­tek. Gen­na­di Tim­chen­ko, consi­dé­ré par cer­tains comme le re­lais fi­nan­cier de Pou­tine, fi­gure sur la liste noire des oli­garques vi­sés par les sanc­tions amé­ri­caines de mars 2014. Si ce der­nier mee­ting s’an­nonce dé­li­cat, « Big Mous­tache », comme le sur­nomment af­fec­tueu­se­ment les em­ployés de To­tal, est sa­tis­fait de son voyage éclair : quelques heures plus tôt, il a par­ti­ci­pé au fo­rum an­nuel des in­ves­tis­seurs étran­gers (FIAC) et y a ren­con­tré ses re­la­tions d’af­faires. Avec son ba­gou cou­tu­mier, il est le seul pa­tron étran­ger, sur les 27 pré­sents à la dat­cha du Pre­mier mi­nistre russe, Dmi­tri Med­ve­dev, à avoir évo­qué l’épi­neux su­jet des sanc­tions oc­ci­den­tales à l’en­contre de la Rus­sie, en ré­ponse à l’an­nexion de la Cri­mée et la crise en Ukraine. S’il s’est pro­non­cé une fois de plus contre ces me­sures pu­ni­tives, il a aus­si ex­hor­té les au­to­ri­tés russes à agir pour sor­tir de l’im­passe. Est-il al­lé trop loin ? Mar­ty­nen­ko pé­nètre dans l’en­ceinte de l’aé­ro­port à 19h20. À Vnou­ko­vo, le contrôle des tech­ni­ciens est dra­co­nien. Avant de pou­voir ma­noeu­vrer sur le tar­mac, les em­ployés se sou­mettent à un exa­men mé­di­cal : ob­ser­va­tion des pu­pilles, contrôle du pouls. En cas de doute, le mé­de­cin fait pas­ser un al­coo­test, ce que la pro­fes­sion­nelle de ser­vice ce soir-là ne juge pas né­ces­saire pour Mar­ty­nen­ko. Elle n’a d’ailleurs ja­mais consta­té de pro­blème de bois­son chez le conduc­teur qui suit un trai­te­ment mé­di­cal pour sa ten­sion ar­té­rielle. À 19h40, l’exa­men de Mar­ty­nen­ko ne si­gnale au­cune contre-in­di­ca­tion. Le mé­de­cin doit le re­voir à 8 heures du ma­tin pour un autre check-up de sor­tie, comme c’est la règle. L’homme aux che­veux blancs et à la sil­houette ar­ron­die, né dans la ré­gion de Vol­go­grad le 1er jan­vier 1954, tra­vaille de­puis dix ans à l’aé­ro­port de Vnou­ko­vo. Conduc­teur « se­nior », Mar­ty­nen­ko est res­pec­té par sa hié­rar­chie et ses col­lègues pour sa connais­sance tech­nique des vé­hi­cules spé­ciaux. Il pos­sède le per­mis spé­ci­fique dé­li­vré par les au­to­ri­tés. Les em­ployés passent ré­gu­liè­re­ment un exa­men de sé­cu­ri­té, avec des ques­tions sur les dif­fé­rentes si­gna­li­sa­tions, la cir­cu­la­tion, les vi­tesses au­to­ri­sées, l’ordre de pas­sage des dif­fé­rents moyens de trans­port et l’uti­li­sa­tion de la ra­dio. Mar­ty­nen­ko, dé­crit par ses proches comme « car­ré » et « obéis­sant », a ob­te­nu sa der­nière au­to­ri­sa­tion le 15 mars 2012. C’est donc un homme par­fai­te­ment in­for­mé des règles en vi­gueur qui entre dans le ga­rage à 20h45. Il a trois quarts d’heure pour se pré­pa­rer. Au même mo­ment, Serge Ko­sic et Vla­di­mir Le­de­nev évoquent le pro­gramme de la soi­rée. Le­de­nev, l’in­gé­nieur en chef res­pon­sable du con­voi des dé­nei­geuses, in­siste lour­de­ment au­près de son su­pé­rieur pour dé­blayer « les mon­ti­cules de neige » de la voie d’ap­proche B8, une voie de cir­cu­la­tion pa­ral­lèle à la piste d’en­vol 06, d’où va bien­tôt dé­col­ler le Fal­con avec Ch­ris­tophe de Mar­ge­rie à son

quitte son do­mi­cile pour se rendre en bus à l’aé­ro­port de Vnou­ko­vo, où il tra­vaille comme conduc­teur de vé­hi­cules. Si­tué à 28 ki­lo­mètres au sud-ouest de Mos­cou, Vnou­ko­vo est un des trois aé­ro­ports in­ter­na­tio­naux russes. Il compte 4 000 sa­la­riés et son hall VIP ac­cueille ré­gu­liè­re­ment Vla­di­mir Pou­tine. Inau­gu­ré en 1941, Vnou­ko­vo est aus­si l’un des plus an­ciens aé­ro­ports du pays. Nous sommes le lun­di 20 oc­tobre 2014.

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