L’ac­ci­dent s’est joué à si peu. Pour les hauts di­ri­geants de to­tal, les ques­tions et les doutes n’ont pas leur place dans cette af­faire.

GQ (France) - - Trip -

à Mi­chae­lo­va d’en­voyer une re­mor­queuse sur la B8 mais sans lui dire qu’un jet vient de s’y cra­sher ! Il ne l’in­forme pas da­van­tage qu’il sou­haite pro­cé­der au re­mor­quage de la pièce maî­tresse de l’ac­ci­dent. Les ques­tions sont lé­gion, et ce n’est pas Mar­ty­nen­ko qui y ré­pond. En­ten­du par les en­quê­teurs dès le 21 oc­tobre, puis à de nom­breuses re­prises, le conduc­teur four­nit des ex­pli­ca­tions aus­si confuses que chan­geantes. Il se ré­fu­gie sou­vent, aus­si, der­rière des trous de mé­moire. Après avoir évo­qué le de­mi-verre de co­gnac ver­sé dans son ca­fé, il nie. Trois jours après le drame, le co­mi­té d’en­quête russe, le bras ar­mé du Krem­lin sans réel contre-pou­voir, an­nonce pour­tant que Mar­ty­nen­ko avait, au mo­ment de l’ac­ci­dent, 0,6 grammes d’al­cool par litre de sang, l’équi­valent de deux verres de vin. Un taux d’al­cool de toute fa­çon in­suf­fi­sant pour ex­pli­quer une telle perte de re­père. Mar­ty­nen­ko af­firme aus­si que le Fal­con, d’une en­ver­gure de 20 mètres, au­rait lar­ge­ment dé­vié de sa tra­jec­toire lors du dé­col­lage pour ve­nir heur­ter le chasse-neige lon­geant le bord de la piste. Or, les té­moins contre­disent cette ver­sion, af­fir­mant que le Fal­con a dé­col­lé de fa­çon rec­ti­ligne. Mar­ty­nen­ko n’est pas plus clair sur ses propres tra­jets. Dif­fi­cile de croire qu’il se soit per­du (il dit qu’il s’est « éga­ré ») alors qu’il connaît par coeur les pistes de Vnou­ko­vo. De­vant les po­li­ciers, il mé­lange les zones, dit que lors­qu’il dé­bouche sur la piste de dé­col­lage 06, il croit en­core être sur une voie d’ap­proche. Il as­sure ne pas avoir tra­ver­sé la piste mais sim­ple­ment lon­gée, à l’ex­té­rieur des ba­lises tout près du ga­zon. Quelques jours après le drame, six em­ployés de l’aé­ro­port sont mis en exa­men et in­cul­pés pour « vio­la­tion des règles de sé­cu- geants de l’aé­ro­port, qui ont re­mis leur dé­mis­sion juste après le drame, n’ont pas été pour­sui­vis. À part la contrô­leuse aé­rienne sta­giaire, dis­cul­pée en jan­vier, les cinq autres in­cul­pés se­ront ju­gés lors d’un pro­cès qui de­vrait se te­nir dans les pro­chains mois à Mos­cou. Il a été re­pous­sé plu­sieurs fois. Concer­nant le rap­port d’en­quête de l’ac­ci­dent, c’est le MAK, l’ho­mo­logue russe du Bu­reau d’en­quêtes et d’ana­lyses (BEA), qui en a la res­pon­sa­bi­li­té. La pu­bli­ca­tion de son en­quête traîne. An­non­cée au­tour de la date an­ni­ver­saire de la mort de Ch­ris­tophe de Mar­ge­rie, le 20 oc­tobre 2015, elle n’est fi­na­le­ment pas at­ten­due avant plu­sieurs mois.

même pièce. « Il y a une vraie fra­ter­ni­té qui existe entre Louis et Jean-louis », confirme Co­rine, la seule qui a ac­cep­té de s’ex­pri­mer pour GQ (à la condi­tion de pou­voir re­lire ses pro­pos). La bas­siste de Té­lé­phone fut le té­moin his­to­rique de la re­la­tion pas­sion­nelle qui unit les « Au­ber­ti­gnac » de­puis si long­temps. « Cette fra­ter­ni­té est mu­si­cale. En me re­plon­geant dans les ar­chives de Té­lé­phone pour l’in­té­grale, je l’ai re­dé­cou­verte à tra­vers leurs jeux de gui­tare. C’était très émou­vant. Tout ce qui s’est pas­sé en­suite, nos brouilles et désac­cords, c’est tris­te­ment ba­nal… Et ce qui se passe au­jourd’hui n’est pas vrai­ment à la hau­teur de ce que nous avons créé et vé­cu en tant que groupe. Presque tous les groupes se sont dé­chi­rés pour des his­toires d’ego, des pe­tites ca­tas­trophes nar­cis­siques… et même quand il n’y avait pas de “bonne femme”. » ex­ploi­tant de ma­chines à sous, flip­pers et juke-box. La fa­mille Ber­ti­gnac loge dé­sor­mais rue Gus­tave-flau­bert, dans un grand ap­par­te­ment en en­fi­lade à deux pas de la place de l’étoile. Louis, qui a une pe­tite soeur, est l’en­fant roi. On lui a don­né le pré­nom d’un en­fant que ses pa­rents ont per­du. Aus­si choyé qu’un fils unique, il a d’abord pris des cours de gui­tare clas­sique bou­le­vard Ma­le­sherbes avant de se tour­ner vers le rock à l’ado­les­cence. C’est l’époque de Let it Bleed, l’al­bum des Rol­ling Stones qui est res­té son disque de che­vet. Ji­mi Hen­drix, Led Zep­pe­lin, les Beatles... il n’écoute plus que ça. Chaque soir, au casque, en fu­mant ses pre­miers joints dans sa chambre. « C’était à pleu­rer de bon­heur », nous ra­con­te­ra-t-il. Il saute les re­pas et rate son bac, mais c’est un gui­tar he­ro. Quelle sur­prise alors d’ap­prendre que le nou­vel élève ve­nu du ly­cée Pas­teur joue lui aus­si de la gui­tare. Jean-louis Au­bert est né en Au­vergne en 1955. Ce fils de gaul­listes a par­cou­ru la France au gré des dé­mé­na­ge­ments in­ces­sants de son sous-pré­fet de père. Éle­vé par des nour­rices, le gar­çon, en­ca­dré par deux soeurs, semble pour­tant se cher­cher un com­pa­gnon de jeu. D’abord, il y au­ra « Olive ». Oli­vier Cau­dron, fils d’une éta­la­giste-dé­co­ra­trice chez Her­mès et d’un père viet­na­mien lé­gè­re­ment bar­bouze qu’il ne croi­se­ra qu’à l’âge de 20 ans. Éle­vé par ses grands-pa­rents ma­ter­nels à Neuilly, ce dé­ra­ci­né abrite une joie sui­ci­daire qui donne en­vie de tra­ver­ser le mi­roir à ses cô­tés. Même s’il sait qu’une voyante a dit au fu­tur fon­da­teur du groupe Li­li Drop : « Ton co­pain au­ra du suc­cès, pour toi, en re­vanche, ce se­ra plus dur », Jean-louis le suit comme un frère. Ain­si, le 16 jan­vier 1970, Olive et Jean-louis se rendent au théâtre des Champs-ély­sées, à Pa­ris, pour écou­ter les Who. Le groupe an­glais su­per­so­nique y joue Tom­my, son opé­ra rock. Jean- Louis est souf­flé. Cette pluie de dé­ci­bels dans les rouges et ors de cette salle des beaux quar­tiers… Dès le len­de­main, le fils du sous-pré­fet dé­croche la vieille gui­tare de son père et re­pique tous les plans de l’al­bum

Jean- Louis et Louis fi­nissent par faire connais­sance. Et se donnent ren­dez-vous dans un ma­ga­sin de gui­tares, près du ly­cée Car­not. Pen­dant tout un après-mi­di, les deux mu­si­ciens se toisent, s’ob­servent, s’éva­luent. Se re­niflent. Douze heures plus tard, ils conti­nuent à faire le boeuf. Après le bac, pour les va­cances, Louis pro­pose à JeanLouis d’ef­fec­tuer un road-trip aux États-unis. Han­té par le rêve de Wood­stock, Louis dé­barque en Amé­rique le 30 juin 1973 avec son co­pain bas­siste, Lio­nel Lum­bro­so. Jean-louis, lui, at­ter­rit cinq jours plus tard avec son ami Olive. À dis­tance, Louis ouvre la voie pour Jean-louis, une tra­ver­sée d’est en Ouest en au­to-stop. C’est

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