Beckham Les confessions du roi da­vid

Le spor­tif le plus connu du monde est de­ve­nu en­core plus cé­lèbre (et tou­jours plus riche) à la re­traite. Après vingt ans pas­sés à ar­bo­rer des looks et des coupes de che­veux dis­cu­tables, il in­carne dé­sor­mais l’homme sty­lé, heu­reux en af­faires et en amour.

GQ (France) - - La Une -

pas ce genre de pro­pos pour meu­bler la conver­sa­tion : on le croit sans pro­blème. En sub­stance, il pro­pose le rai­son­ne­ment sui­vant : « Si les gens se sont dé­jà tant in­té­res­sés à mes per­for­mances spor­tives, à ma beau­té phy­sique, à mon union avec une ex-spice Girl de­ve­nue créa­trice de mode et aux quatre en­fants gé­niaux qui en sont nés, peut-être qu’ils vont bien­tôt sai­sir, ou qu’ils ont même dé­jà com­men­cé à sai­sir que j’ai dé­sor­mais bien avan­cé dans la deuxième par­tie de ma vie et que j’ai en­core bien des choses à dire et à faire. » Car après vingt ans pas­sés sous les pro­jec­teurs, après toutes les coupes de che­veux et tous les looks plus ou moins dis­cu­tables, Da­vid Beckham semble dé­sor­mais vivre en or­bite. Sa femme, ses en­fants et lui font l’ob­jet d’une cou­ver­ture mé­dia­tique gé­né­ra­le­ment ré­ser­vée à la fa­mille royale bri­tan­nique et aux cours de la bourse. Mais en pa­ral­lèle, il a ac­cu­mu­lé as­sez de consis­tance pour de­ve­nir aux yeux du monde bien plus qu’une simple sur­face à contem­pler. Il est à la fois une icône que les gens vé­nèrent et un homme qui prend ses pre­mières rides. Car au-de­là du jeu qui l’a ren­du cé­lèbre et de l’ar­te­fact ido­lâ­tré qu’il a lais­sé se construire au­tour de lui, il a su « en­trer en pa­ter­ni­té » comme on entre dans les ordres, prou­vant ain­si que der­rière les pho­tos et les gos­sip vi­vait un être de chair et de sang. « Au fil des an­nées, les gens changent. J’ai chan­gé sur le ter­rain et en de­hors du ter­rain, je me suis en­dur­ci, j’ai ap­pris à être fort quoi qu’il ar­rive. » Le calme dont il jouis­sait au­tre­fois en jouant, il le sa­voure au­jourd’hui au­près de ses en­fants, chez lui. « Ça va, t’es bien, là ? », nous de­mande-t-il en poin­tant notre pinte de Guin­ness vide. « Ou on s’en prend une autre ? » Ano­nyme dans son pub, Beckham pa­raît presque ti­mide. On sent en lui le ga­min pro­lo de l’east End, le « lad » à qui son père dé­co­chait une baffe s’il lui par­lait mal. À d’autres mo­ments, il a l’air d’un parent un peu dé­bor­dé, d’un père fi­na­le­ment comme les autres. Nous sommes ven­dre­di et Vic­to­ria s’est ren­due à New York pour af­faires ; Da­vid a donc dé­po­sé les en­fants à l’école après leur avoir pré­pa­ré le pe­tit dé­jeu­ner (« Du Nu­tel­la sur une ba­guette, et des oeufs brouillés. Pas le temps de leur faire cuire du ba­con »), avant d’al­ler pro­me­ner lon­gue­ment leur bé­bé épa­gneul à Hyde Park. Il dé­guste à pré­sent une as­siette de sau­cisses ac­com­pa­gnées de ma­shed po­ta­toes, son me­nu fa­vo­ri pour le dé­jeu­ner. Il porte un vieux jean, un pull sable et une cas­quette en tweed vo­lon­tai­re­ment trop grande – « Elle me rend in­vi­sible ! », ex­plique-t-il en sou­riant. Il se tient as­sis, les bras près du corps et les mains sa­ge­ment po­sées sur les ge­noux, comme un jeune gar­çon bien éle­vé. Beckham vit un mo­ment très cu­rieux de son exis­tence, quand on y pense. Re­trai­té de­puis trois ans, il de­vrait en théo­rie com­men­cer à len­te­ment dis­pa­raître des ra­dars et à perdre de son in­té­rêt pour le monde et les mé­dias. Mais c’est tout le contraire : il a mué en un per­son­nage en­core plus im­por­tant, sé­dui­sant et om­ni­pré­sent qu’au mo­ment où il jouait. Il est plus que ja­mais un vé­ri­table phé­no­mène cultu­rel. Comment tout ce­la est-il Dieu pos­sible ? Le ma­ga­zine People l’a pré­sen­té en 2015 comme l’homme le plus sexy du monde, no­tam­ment parce qu’il in­carne une cer­taine idée du mâle contem­po­rain : il est un époux mo­derne qui ac­corde à sa femme un sou­tien sans faille, tout en étant une sorte d’amant mé­tro­sexuel dou­blé d’un père doux et bien­veillant, qui n’hé­site par ailleurs ja­mais à faire bou­ger les lignes du style mas­cu­lin en por­tant des châles à mo­tifs, voire, se­lon cer­taines sources, les sous­vê­te­ments de Vic­to­ria. Grâce à ses contrats d’am­bas­sa­deur pour des marques ou à ses propres lignes de vê­te­ments, il a gé­né­ré plus d’ar­gent la pre­mière an­née de sa re­traite spor­tive que lors de sa plus lu­cra­tive saison de foot­bal­leur. Nous voi­ci main­te­nant re­joints par deux de ses amis. L’am­biance est dé­ten­due, lé­gère, nor­male en somme : cha­cun y va de sa pe­tite al­lu­sion, de sa pri­vate joke, de son anec­dote, et on ne se frotte ja­mais de trop près à l’es­prit de sé­rieux et d’ana­lyse. Beckham dit qu’il n’aime rien tant que ce genre de mo­ments, dans ce genre de lieu, avec ce genre d’at­mo­sphère ami­cale. Qu’il les pré­fère de loin aux soi­rées guin­dées aux­quelles il doit trop sou­vent se rendre. Il uti­lise ré­gu­liè­re­ment l’ad­jec­tif « ama­zing» , « gé­nial » en fran­çais, pour qua­li­fier ses ex­pé­riences fa­vo­rites, dans une vie elle-même rem­plie d’ex­pé­riences mul­tiples. Et là, tout de suite, il passe un mo­ment « gé­nial ». « Tout le monde a l’air de croire que je suis tou­jours dans de grands res­tau­rants à dé­gus­ter des grands vins. J’adore le bon vin rouge, certes, mais j’ai tou­jours pré­fé­ré ça », af­firme ain­si Beckham. « Ça », c’est donc ici cette franche ca­ma­ra­de­rie, ce pub à la bonne fran­quette, cette ser­veuse qui ne fait pas de ma­nières et qui traite tous ses clients de la même fa­çon. Au­cun people en vue, ni même la moindre nym­phette en quête de cé­lé­bri­té. L’en­droit n’est qu’à moi­tié rem­pli et semble sim­ple­ment fré­quen­té par des ha­bi­tués qui pour rien au monde n’iraient per­tur­ber la tran­quilli­té de la su­per­star qui dé­jeune à leurs cô­tés. Et en re­tour, Beckham lui-même ne se per­met­trait ja­mais de per­tur­ber la leur. C’est ce qui rend cette scène plu­tôt at­ten­dris­sante : l’an­cien joueur semble heu­reux d’es­sayer de se fondre dans le dé­cor, dis­crè­te­ment ins­tal­lé dans ce pub qu’il aime tant, cet en­droit où il va pour qu’une ser­veuse qua­dra­gé­naire un peu bru­tale lui serve son plat pré­fé­ré. Il s’y sent membre

Ad’une fa­mille tem­po­raire de dé­jeu­neurs, comme trans­por­té en un lieu qui da­te­rait d’avant la cé­lé­bri­té, d’avant les ex­ploits qui ont ir­ré­mé­dia­ble­ment dis­tin­gué sa vie en deux phases. On de­vrait même peut-être par­ler non pas des ex­ploits, mais de l’ex­ploit au sin­gu­lier. Un ex­ploit de quatre se­condes, sur­ve­nu il y a vingt ans dé­sor­mais. ti­tu­la­ri­sé dans l’équipe pro. C’est jus­te­ment lors d’un des pre­miers matchs de la Pre­mier League, en août 1996, qu’ont lieu les quatre se­condes qui vont chan­ger sa vie. C’est une belle jour­née en­so­leillée, Man­ches­ter Uni­ted mène sans pro­blème deux buts à zé­ro contre Wim­ble­don et la par­tie touche à sa fin. Pla­cée au mi­lieu du ter­rain, l’équipe lon­do­nienne tente une énième of­fen­sive mal­adroite et se fait en­core pi­quer le bal­lon par la dé­fense man­cu­nienne, qui re­met sur Beckham. Ce­lui-ci dis­pose alors de presque trop de temps, de presque trop d’es­pace. Il lève la tête, semble un ins­tant ca­res­ser une idée, avant de lais­ser la balle rou­ler de­vant lui, tout en conti­nuant de trot­ti­ner. On le croi­rait seul sur un ter­rain d’en­traî­ne­ment – ce qui est un peu vrai, vu la dé­route de la dé­fense ad­verse. Il se met alors à ac­cé­lé­rer le pas en trois puis­santes en­jam­bées, puis il arme sa jambe droite. Le coup part, fouet­té : lorsque son pied frappe le bal­lon, on en­tend ré­son­ner le bruit de l’im­pact, proche d’une pe­tite ex­plo­sion. Un tir au but ef­fec­tué de­puis le centre du ter­rain : le genre de choses qu’un joueur de 21 ans, égoïste ou im­pa­tient, pour­rait fa­ci­le­ment vou­loir ten­ter. Mais Beckham a l’air d’avoir cal­cu­lé son coup et sur le banc, Fer­gu­son se de­mande bien ce que diable son nou­veau ti­tu­laire est en train de faire. En ob­ser­vant les mou­ve­ments du pauvre gar­dien de Wim­ble­don, Neil Sul­li­van, on de­vine ef­fec­ti­ve­ment que le coup est par­fai­te­ment pen­sé. La balle, ha­bi­le­ment bros­sée, ne bouge pas nor­ma­le­ment. On di­rait qu’elle avance au ra­len­ti, tour­noyant au-des­sus de la tête du por­tier, qui fait déses­pé­ré­ment ma­chine ar­rière vers ses cages mais ne peut que la voir plon­ger d’un seul coup dans ses fi­lets. La foule exulte, mais ne com­prend pas mieux que Sul­li­van la scène qu’elle vient de voir. L’au­teur de ce but d’un autre monde se tient tou­jours au mi­lieu du ter­rain, mais il ne court pas : il marche en sou­riant, les bras le­vés. Il se com­porte moins comme un bu­teur que comme un ma­ta­dor qui, en pleine mon­tée d’adré­na­line, a mis à mort un taureau. On di­rait qu’il vient de re­ce­voir une ré­vé­la­tion. Sur le banc, Alex Fer­gu­son a l’air ex­ta­tique. Le com­men­ta­teur, quant à lui, grimpe car­ré­ment aux ri­deaux : « Quel but sen­sa­tion­nel ! Un but dont on par­le­ra et que l’on se re­pas­se­ra en­core dans des an­nées. » Il a bien rai­son. Fish & chic Man­teau Bur­ber­ry, che­mise et cra­vate Boss, pan­ta­lon Gi­ven­chy par Ric­car­do Tis­ci sur Mr­por­ter.com.

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