Qui est le tro­phée ?

GQ (France) - - La Une -

Nous re­trou­vons Da­vid Beckham une se­maine plus tard, mais il nous at­tend cette fois-ci au bar de son hô­tel new-yor­kais. Avec son fils Brook­lyn (bien­tôt 17 ans, filleul d’el­ton John, as­pi­rant pho­to­graphe, plus de 6 mil­lions de fol­lo­wers sur Ins­ta­gram), il est ve­nu de San Fran­cis­co dans le jet de Tom­my Hil­fi­ger pour as­sis­ter à une soi­rée mon­daine don­née ce soir par An­na Win­tour en l’hon­neur de sa femme Vic­to­ria. La ser­veuse de l’éta­blis­se­ment est tout l’op­po­sé de celle du pub lon­do­nien : alors qu’elle s’ap­proche de nous pour prendre la com­mande, elle se met à ba­fouiller et à rou­gir en re­con­nais­sant la star, et va jus­qu’à ef­fec­tuer une pe­tite ré­vé­rence ner­veuse avant de s’éloi­gner. Beckham lui sou­rit gen­ti­ment. L’AN­glais adore les États-unis, et il a ado­ré vivre à Los An­geles pen­dant cinq ans. Cinq ans au cours des­quels il a pu son­ger à sa vie après le football. Car si le jeu amé­ri­cain ne l’a pas for­cé­ment sti­mu­lé, il a en re­vanche trou­vé en Ca­li­for­nie un vé­ri­table pa­ra­dis où s’épa­nouir en fa­mille. « Je suis né à Londres et je trouve ça su­per d’y vivre, mais les États-unis me manquent ! On y a été si bien ac­cueillis. » Beckham évoque les sor­ties à mo­to avec son meilleur ami Tom

Cruise, qui l’ap­pe­lait sou­vent le soir pour lui pro­po­ser de rou­ler de Be­ver­ly Hills à Ma­li­bu. Les abon­ne­ments aux matchs des La­kers, les nou­veaux amis comme Kobe Bryant, Eva Lon­go­ria ou Snoop Dogg. Les en­fants qui prennent l’ac­cent ca­li­for­nien, mais aus­si le Sun­day Roast, ce dé­jeu­ner ty­pi­que­ment an­glais (un rô­ti ac­com­pa­gné de pa­tates et de sauce gra­vy), pré­pa­ré par Vic­to­ria. Vic­to­ria, jus­te­ment. Les pho­tos du couple se comptent par mil­liers et il y en au­ra d’ailleurs en­core d’autres qui se­ront prises ce soir lors du dî­ner don­né en l’hon­neur de l’ex-spice Girl. Une ques­tion re­vient quand on ob­serve tous ces cli­chés : qui est le tro­phée de qui, qui est la frian­dise de qui ? Im­pos­sible de ré­pondre. Là où la plu­part des couples de cé­lé­bri­tés souffrent d’un dés­équi­libre de ta­lent ou de no­to­rié­té, ces deux-là semblent évo­luer sur un pied d’éga­li­té to­tale. En dé­pit des fré­quentes ru­meurs de crise conju­gale, ils semblent être en har­mo­nie, et ont l’air de pa­rents nor­maux, fonc­tion­nels et un peu épui­sés. Et sur­tout, ils ont su au fil des an­nées igno­rer ou rire des cri­tiques se­lon les­quelles ils étaient « les êtres les plus sur­es­ti­més du monde », les plus mal ha­billés ou les plus mal coif­fés. Au­jourd’hui, ils sont tou­jours là, s’adonnent à de nou­velles oc­cu­pa­tions et ont prou­vé qu’ils avaient mû­ri, et peut-être même ga­gné en pro­fon­deur et en gra­vi­té. Et d’ailleurs, per­sonne ne leur donne plus de so­bri­quet : ils sont juste Da­vid et Vic­to­ria, deux adultes équi­li­brés, dignes et ta­len­tueux. « Je me sens se­rein en tant qu’in­di­vi­du, en tant que ma­ri, en tant que père, ana­lyse Da­vid. Je crois que j’en suis ar­ri­vé au point où je n’ar­rive même plus à m’in­quié­ter ou à me sou­cier de ce qu’on dit. Lors­qu’un ta­bloïd dit des choses ab­surdes sur nous, je pré­fère trou­ver ça ri­di­cule, voire ri­sible, plu­tôt que de dé­pen­ser de l’ar­gent en avo­cats pour fi­na­le­ment pas grand-chose. À 22 ans, j’au­rais ré­agi au­tre­ment. Mais là j’ai 40 ans, quatre en­fants gé­niaux, une femme gé­niale, des pa­rents gé­niaux, des beaux-pa­rents gé­niaux, des amis gé­niaux en les­quels je peux avoir confiance. Donc fran­che­ment, je me fiche de ce que disent les gens. » Da­vid Beckham a sur­vé­cu aux car­tons rouges, aux me­naces de mort, à l’adul­tère et aux en­gueu­lades : il est dé­sor­mais en­tré, très très zen, dans le deuxième acte de son exis­tence. Une seule chose semble tou­te­fois le faire sor­tir de sa quié­tude : son rap­port au football de­puis sa re­traite. « Le jeu me manque. Tous les jours ! », s’ex­clame-t-il sou­dain lors­qu’on lui de­mande de quoi il pour­rait bien se plaindre dans sa vie ac­tuelle. Un vrai dé­mon, quand on y re­garde de plus près, car Beckham a re­çu suf­fi­sam­ment d’hon­neurs pour ne pas cou­rir après une nou­velle vic­toire su­prême. Et son père si dur l’a fi­na­le­ment gra­ti­fié d’un com­pli­ment après son cen­tième match avec l’an­gle­terre : « C’est bien ce que tu as fait, fis­ton. Beau bou­lot. » Alors qu’est-ce qui peut bien ani­mer l’an­cien Ga­lac­ti­co ? « C’est la pas­sion du jeu, c’est en moi ! Quand je re­garde un match de l’équipe na­tio­nale, je me dis “Mais je pour­rais en­core faire ça !”. Je me le di­rai tou­jours dans dix ou vingt ans, je crois. Heu­reu­se­ment, mes proches me font re­des­cendre sur terre. Ça a été tel­le­ment dur, les quelques se­maines qui ont sui­vi mon der­nier match. Je me di­sais que je pour­rais re­prendre pour une saison, et puis je me suis fait une rai­son. Il faut aus­si dire que je vieillis et que je ne m’en­traîne plus comme avant. Ré­cem­ment, avec des co­pains et mon fils Brook­lyn, on a joué une pe­tite par­tie im­promp­tue dans un parc à Londres. Des ga­mins m’ont re­con­nu et sont ve­nus voir le match. À un mo­ment, j’ai fait une passe : pas une passe gé­niale, mais une passe cor­recte, di­sons. Et un des ga­mins a crié : “C’est tout ce que t’as dans le ventre, Beckham ?”. Là, je me suis vrai­ment dit que mon compte était bon. » Alors Da­vid Beckham se dit qu’il a sû­re­ment rai­son d’avoir en­tre­pris une tran­si­tion aus­si fluide entre le sport de très haut ni­veau et la sphère mul­ti­dis­ci­pli­naire où il se trouve ac­tuel­le­ment. Entre sa marque, ses contrats de man­ne­quin VIP, ses rôles au ci­né­ma (on l’a ré­cem­ment vu dans le der­nier film de son ami Guy Rit­chie, The Man from U.N.C.L.E), ses pro­jets bu­si­ness (il a pris la tête d’un groupe d’in­ves­tis­seurs qui en­vi­sagent de mon­ter une fran­chise de la Ma­jor League Soc­cer à Mia­mi) et ses ac­ti­vi­tés phi­lan­tro­piques (il a lan­cé le Da­vid Beckham 7 Fund avec l’uni­cef), il semble avoir en­ta­mé un vaste pro­ces­sus de dé­cou­verte, de ré­in­ven­tion et d’amé­lio­ra­tion de lui-même, tout en don­nant la prio­ri­té ab­so­lue à sa fa­mille. Il aime conduire ses en­fants à l’école et il adore les di­manches, jour sa­cré pour les siens et lui, puis­qu’au­cune ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle n’y est au­to­ri­sée. « Je me sens phy­si­que­ment ma­lade quand je dois les quit­ter », ad­met-il sans exa­gé­rer. « J’aime les mo­ments simples que je passe avec eux, les pe­tits ins­tants qui n’ont a prio­ri rien de spé­cial. Me ba­la­der dans les rues de New York avec Brook­lyn, comme nous l’avons fait ce ma­tin. Re­gar­der La Reine des Neiges pour la cen­tième fois avec ma fille, af­fa­lé dans le ca­na­pé. Et puis par­fois j’aime aus­si me re­trou­ver tout seul de­vant un épi­sode de Friends, à pleu­rer comme une éco­lière ! » Et c’est peut-être bien ça le pri­vi­lège de la qua­ran­taine. Da­vid Beckham se fiche bien de ce que nous pou­vons pen­ser de lui. S’il veut chia­ler de­vant Friends, il le fe­ra, et peu im­porte ce que nous en di­rons.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.