ET CANNES CREA LA FEMME

Prix spé­cial du ju­ry GQ Elles ont élec­tri­sé la Croi­sette et ac­cé­dé au sta­tut de star in­ter­na­tio­nale grâce au Fes­ti­val. Avant de dé­cou­vrir qui se­ra la ré­vé­la­tion 2016 (Elle Fan­ning ? Ri­ley Keough ?) sur les marches du Pa­lais, GQ dresse le pal­ma­rès de ses p

GQ (France) - - 1111 -

ans l’avion qui le trans­porte ce lun­di 19 mars 2012 vers Tou­louse, Florent Ga­thé­rias com­pulse des rap­ports d’en­quête sur les meurtres de mi­li­taires qui s’en­chaînent de­puis quelques jours dans le Sud-ouest : le pre­mier, ser­gent-chef au 1er ré­gi­ment du train pa­ra­chu­tiste au nom magh­ré­bin, a été exé­cu­té à Tou­louse ; deux autres pa­ra­chu­tistes, un ca­po­ral-chef et un ca­po­ral, eux aus­si arabes, ont été abat­tus à cô­té de leur ca­serne à Mon­tau­ban ; avant qu’un sol­dat an­tillais du même ré­gi­ment ne soit griè­ve­ment blessé, la moelle épi­nière sec­tion­née. Une même main signe ces meurtres, mais la­quelle ? Pour l’heure, seul l’usage d’un scoo­ter puis­sant et d’un pis­to­let de même ca­libre rap­proche ces af­faires. Les en­quê- teurs ont be­soin d’un spé­cia­liste pour dres­ser le pro­fil psy­cho­lo­gique du tueur en sé­rie, dé­bus­quer des élé­ments de per­son­na­li­té. Dans le jar­gon po­li­cier, on les ap­pelle les « psy­cho-cri­mi­no­logues », dans le vo­ca­bu­laire des fic­tions télé, ce sont les fa­meux « pro­fi­lers ». Et c’est pré­ci­sé­ment le job de Florent Ga­thé­rias. L’ex­pert de la po­lice ju­di­ciaire (1) se de­mande si l’en­quête tou­lou­saine ne se fo­ca­lise pas un peu trop sur « l’ori­gine eth­nique des vic­times », une thèse qui ali­mente la piste de l’ex­trême droite : « N’est-ce pas plu­tôt l’uni­forme que cible cet in­con­nu ? », s’in­ter­roge Florent Ga­thé­rias alors que, dans un ciel en­so­leillé, l’avion de ligne s’ap­proche de la Ville rose. Trois meurtres si rap­pro­chés. En tout cas, il faut faire vite. Dès sa des­cente du Boeing, Florent Ga­thé­rias, comme toute la France, bascule dans une autre di­men­sion. Nous sommes le lun­di 19 mars 2012. À peine un pied sur le tar­mac, le psy­cho-cri­mi­no­logue ap­prend que le tueur au scoo­ter vient

de mas­sa­crer trois élèves et un en­sei­gnant d’une école juive. Un tueur sans nom, sans pro­fil, juste un homme to­ta­le­ment dé­gou­pillé, éva­po­ré dans la nature. Et peu­têtre prêt à pour­suivre sa ma­cabre dé­am­bu­la­tion. Ga­thé­rias fonce au com­mis­sa­riat cen­tral de Tou­louse où les of­fi­ciers de po­lice ju­di­ciaire de la ré­gion s’ac­tivent dans une grande salle amé­na­gée ex­près. Le di­rec­teur cen­tral de la PJ, Ch­ris­tian Lo­thion, est des­cen­du spé­cia­le­ment de Pa­ris, et même le mi­nistre de l’in­té­rieur, Claude Guéant, rap­plique au QG d’en­quête. Florent Ga­thé­rias s’ins­talle à cô­té du com­man­dant Lau­rence Sa­la­gnac, ana­lyste cri­mi­nelle, qui en­re­gistre dans son lo­gi­ciel Ana­crime toutes les don­nées pos­sibles sur ces meurtres : type d’arme (ca­libre 11,43 mm), nombre de tirs, vé­hi­cule (le scoo­ter T-max Ya­ma­ha 350), heures, lieux, vic­times, cir­cons­tances, etc. Le psy­cho­logue at­trape à la vo­lée les Sans s’étendre sur ses mo­ti­va­tions, Florent Ga­thé­rias dé­crit aus­si un meur­trier « aux idées ra­cistes, pro­ba­ble­ment ex­pri­mées a mi­ni­ma ou avec des per­sonnes de confiance » et « ri­gide dans ses idées ».

Le pro­fi­ler re­joint les po­li­ciers sur place : « Je leur donne mon avis sur sa per­son­na­li­té. » Une ana­lyse qui colle qua­si­ment point pour point avec le por­trait psy­cho­lo­gique re­mis la veille. Une fois que le contact est éta­bli entre les po­li­ciers et le meur­trier, le tra­vail de Florent Ga­thé­rias s’ar­rête. Il passe le flam­beau à la « cel­lule né­go­cia­tion » du Raid dont le psy­cho­logue, Ch­ris­tophe Ba­roche, pose à son tour un « diag­nos­tic sur le for­ce­né post-ho­mi­cides », puis souffle ques­tions et ré­ponses aux né­go­cia­teurs de l’uni­té d’élite. Après trente-deux heures de face-à-face, Mo­ha­med Me­rah est abat­tu. Quatre ans ont pas­sé. Florent Ga­thé­rias cha­peaute dé­sor­mais le pe­tit groupe de psys de l’of­fice cen­tral de ré­pres­sion des vio­lences aux per­sonnes de la po­lice ju­di­ciaire, ser­vice qu’il a in­té­gré en 2009 après avoir of­fi­cié pen­dant dix-neuf ans à la for­ma­tion des po­li- ciers et des psy­cho­logues des com­mis­sa­riats. Après seize an­nées pas­sées au Raid, « le souf­fleur » (2) de l’af­faire Me­rah, Ch­ris­tophe Ba­roche, l’a re­joint en 2014. Em­ma Oli­vei­ra, 36 ans, qui a oeu­vré sept ans au ser­vice des vic­times, est la troi­sième fi­gure de ce groupe ul­tra-spé­cia­li­sé. C’est dans son bu­reau de Nan­terre, au siège de la PJ, que Florent Ga­thé­rias re­çoit GQ : à 56 ans, ce géant bar­bu, cos­tume clas­sique fa­çon ins­pec­teur Co­lum­bo, pa­raît avoir les pieds sur terre. La fan­tai­sie de sa cra­vate rouge sur che­mise blanche et de l’af­fiche pla­car­dée dans son bu­reau du film de Samuel Ben­che­trit, J’ai tou­jours rê­vé d’être un gang­ster, où l’hé­roïne torse nu al­laite son bé­bé, un flingue dans son jean, n’oc­culte en rien sa ri­gueur scien­ti­fique. Même s’il n’a « pas de Bible, juste des apo­cryphes », Florent Ga­thé­rias se ré­fère à des ou­vrages comme Psy­cho­lo­gie

cède et fi­nit par ra­con­ter à sa fa­çon les coups mor­tels. Dans la nuit – al­coo­li­sée – du 4 au 5 juin 2011, son co­pain Ch­ris, un mar­gi­nal dé­jà condam­né comme lui pour des vols avec vio­lence, aborde un jeune cy­cliste pour lui de­man­der l’heure. C’est alors qu’alexandre sort son té­lé­phone pour re­gar­der sur l’écran. Les sans-abri es­saient de lui vo­ler le por­table. L’ado­les­cent ré­siste, tombe de sa bi­cy­clette. Mike frappe le ga­min à coups de mar­teau parce qu’il a « la rage ». Ils ac­crochent le vé­lo de la vic­time à la hâte au po­teau le plus proche, ce­lui qui avait tant in­tri­gué Florent Ga­thé­rias lors de son pre­mier exa­men des lieux, puis em­mènent son corps. L’af­faire de Pau, avec ce couple de mar­gi­naux de­ve­nus meur­triers et qui se­ront ju­gés en juin, est symp­to­ma­tique des « clients » qui dé­filent sou­vent de­vant les trois psys de l’of­fice, ra­re­ment des « cri­mi­nels d’ha­bi­tude », d’après Ga­thé­rias : « Au pire, le pe­tit voyou qui dé­rape sous un coup de co­lère, un cam­brio­lage qui a mal tour­né, une ri­va­li­té ou une né­ces­si­té d’ob­te­nir de l’ar­gent. Quant aux pé­do­philes qui ne sont pas ha­bi­tués à vivre dans le men­songe et la dé­lin­quance, ils s’ex­pliquent en gé­né­ral dès qu’on frappe à la porte. » Les vic­times sur­vi­vantes sont aus­si une clé dé­ci­sive pour les psys.

Ddoit être in­ter­ro­gé dans l’af­faire de la jeune Fa­ti­ma. À par­tir des confi­dences de Sou­mia, Florent Ga­thé­rias dresse un por­trait de l’agres­seur de la ba­by-sit­ter. Son ana­lyse conforte en­core les po­li­ciers « de l’im­pli­ca­tion de Sa­la­meh dans la dis­pa­ri­tion de Fa­ti­ma ». Les po­li­ciers de­mandent à Ga­thé­rias de les ai­der à pré­pa­rer l’au­di­tion du meur­trier en sé­rie : « On a pas­sé la nuit d’avant à pré­voir ses ré­ac­tions et à trou­ver des ar­gu­ments pour es­sayer de la faire ré­agir mais on sa­vait qu’il ne par­le­rait pas. » Le psy­cho­logue tente un coup en ré­cla­mant deux femmes pour me­ner l’au­di­tion à ses cô­tés. Un jeune of­fi­cier et une ana­lyste de l’of­fice. Mais Sa­la­meh, qui ne sou­hai­tait pas par­ti­ci­per à cette au­di­tion, ne les re­garde pas du tout, et jette à peine un coup d’oeil vers Ga­thé­rias. L’ex­pert prend ce­pen­dant énor­mé­ment de notes sur l’at­ti­tude et les non-dits de cet homme : il dé­couvre un Sa­la­meh « très mé­ti­cu­leux », qui « se croit ma­lin » et ne peut s’em­pê­cher « de cor­ri­ger de fa­çon dé­taillée quelques élé­ments faux » de l’en­quête. Sans tou­te­fois trop en dire, pour ne pas s’in­cri­mi­ner. En oc­tobre 2015, Pa­trick Sa­la­meh est condam­né à la ré­clu­sion cri­mi­nelle à per­pé­tui­té avec 22 ans de sû­re­té pour l’en­lè­ve­ment sui­vi de la mort de la ly­céenne Fa­ti­ma. Sans aveux, sans corps, sans preuves ADN. Mais l’ex­per­tise psy­cho­lo­gique de Florent Ga­thé­rias a pe­sé. Comme une preuve sup­plé­men­taire du rôle clé de son tra­vail au­près des en­quê­teurs. Ce sont dé­sor­mais les « 7 jan­vier » et « 13 no­vembre » fran­çais, ain­si que le « 22 mars » belge qui hantent Florent Ga­thé­rias. L’ex­pert dé­vore la presse, dé­cor­tique les per­son­na­li­tés de ces nou­veaux dji­ha­distes qui lui rap­pellent par­fois le cas Me­rah : « On dis­tingue deux grands types de pro­fils de ter­ro­ristes : le dé­lin­quant de droit com­mun qui a en­vie de de­ve­nir quel­qu’un d’ex­cep­tion­nel, comme Me­rah ; et le jeune homme plus in­tel­lec­tuel en re­cherche exis­ten­tielle, comme Gh­lam. » Sid Ah­med Gh­lam qui, âgé de 24 ans, a es­sayé d’at­ta­quer une église à Ville­juif en avril 2015. La sous-di­rec­tion an­ti­ter­ro­riste de la po­lice ju­di­ciaire, dont le n° 2 est l’an­cien pa­tron de l’of­fice qui abrite l’uni­té des psys, ne les a pas en­core sol­li­ci­tés. Ce­la n’em­pêche pas Florent Ga­thé­rias de se po­ser des ques­tions sur « le phé­no­mène des fra­tries » qui agissent en­semble : les frères Saïd et Ché­rif Koua­chi, au­teurs du mas­sacre à Char­lie Heb­do le 7 jan­vier 2015 ; ou les frères Ab­des­lam qui ont gran­di dans le quar­tier de Mo­len­beek en Bel­gique. L’aî­né, Bra­him, s’est

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