L’autre pays du football

GQ (France) - - GENTLEMEN'S QUARTERLY -

il pa­raît que la france n’aime pas le foot. Pire, qu’elle n’y connaît rien, si on la com­pare en tout cas aux grandes na­tions, l’an­gle­terre ou l’es­pagne. L’ex­pert de la télé, de la ra­dio et le twit­tos, tou­jours plus ma­lin que les autres, se planque ré­gu­liè­re­ment der­rière cette te­nace et vieille légende. Il faut dire que le­dit ex­pert est sou­vent plus oc­cu­pé à « ta­cler » un joueur ou un en­traî­neur (lire notre pa­pier sur le trash tal­king p. 40) pour ca­cher qu’il manque de billes, et peine à ex­pli­quer pour­quoi tel joueur a mal ou bien joué. Il pa­raît aus­si que les Fran­çais dé­testent leurs joueurs. Leurs tares ser­vi­raient trop sou­vent de ca­thar­sis à nos propres maux (#ben­ze­maau­pi­quet). Et à nos fai­blesses « tant d’un point de vue ta­queu-tique que te­cheu­nique ». Il pa­raît en­fin que les Fran­çais ne com­pren­dront ja­mais rien à la sub­ti­li­té d’un 3-5-2… À tous ces dé­cli­nistes, ces nou­veaux ré­acs, GQ pro­pose de prou­ver le contraire. Non, il ne faut pas for­cé­ment avoir fait Sciences Po ou L’ENA pour glis­ser un bul­le­tin dans l’urne. Ni être pre­mier prix de Con­ser­va­toire pour ap­pré­cier (ou non) un concert à la Phil­har­mo­nie. Certes, le Fran­çais se rend moins sou­vent au stade que l’al­le­mand ou l’an­glais, dé­pense moins d’ar­gent en maillot (et en pintes de bière) et ne s’écharpe pas comme à l’ap­proche d’un der­by ro­main ou mi­la­nais. Mais sa Ligue 1 reste son der­nier ro­man na­tio­nal, même s’il n’est pas tous les sa­me­dis bien écrit, et « de­puis une quin­zaine d’an­nées, comme nous le rap­pe­lait ré­cem­ment Vincent Du­luc, plume éru­dite de L’équipe et sage dé­bat­teur, on voit bien qu’il se passe un truc, que le foot touche la classe po­pu­laire comme avant mais aus­si les bo­bos, les pa­trons, les élites in­tel­los. Une culture foot existe et pro­gresse, c’est in­dé­niable. » Notre re­por­tage p. 28 vous convain­cra qu’il dit vrai. Et puis a-t-on tou­jours be­soin de com­prendre pour ai­mer ? La France, à qui a été confiée l’or­ga­ni­sa­tion de l’eu­ro 2016, du 10 juin au 10 juillet, se contente fi­na­le­ment de peu. « Un pas­se­ment de jambes et sur le beat (elle) flambe », comme le chan­tait Doc Gy­né­co. C’était il y a dé­jà vingt ans. _ MA­THIEU LE MAUX

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