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GQ (France) - - Lab -

e se­rais bien in­ca­pable de dire le­quel des Mcla­ren me fas­cine le plus. Mal­colm et sa femme Vi­vienne West­wood avec tous leurs pe­tits punks, ou Bruce, le pi­lote néozé­lan­dais des an­nées 1960 à l’ori­gine de l’écu­rie de For­mule 1 et qui a for­cé­ment in­fluen­cé la voi­ture dans la­quelle je me trouve. Il est 5 heures du ma­tin, je suis au vo­lant d’une Mcla­ren 570S pour re­joindre Le Mans, et je me ré­gale dans les tun­nels d’écou­ter l’échap­pe­ment tin­ta­mar­resque de mes ac­cé­lé­ra­tions. Punk’s not dead ! J’avais dé­jà pu prendre cette au­to en main, en marge du sa­lon de Ge­nève, mais une tem­pête de neige avait rac­cour­ci notre es­ca­pade le long des berges du lac Lé­man. À moins de pos­sé­der une sé­rieuse po­lice d’as­su­rance, il vaut mieux y ré­flé­chir à deux fois avant d’en­fon­cer le pied droit comme un achar­né sur ce mis­sile de 570 che­vaux. La ré­flexion n’est pas ma qua­li­té prin­ci­pale tant je me prends pour un pi­lote, je me suis donc fait une joie de dou­bler tous les lo­caux pour­tant équi­pés en 4 x 4 de luxe dans une des­cente mé­mo­rable et sous les flo­cons. J’ai en­fin com­pris ce que me di­sait un autre Bruce (quel pré­nom !), mon confrère de « Top Gear » : « Il y a cer­taines voi­tures avec les­quelles on fait vrai­ment corps. »

C’EST LE CRÉ­NEAU DE MCLA­REN, dans une pé­riode où le « res­sen­ti au vo­lant » a un peu dis­pa­ru au pro­fit d’une course à la puis­sance, maî­tri­sée par une élec­tro­nique om­ni­pré­sente, pour ne pas dire en­va­his­sante. J’avais la nette im­pres­sion de conduire un kart sur la neige, tout en lé­gè­re­té. Vi­si­ble­ment, ma pas­sa­gère n’y connais­sait rien en pi­lo­tage car elle en­voyait non­cha­lam­ment des tex­tos, alors que se­crè­te­ment je suais à grosses gouttes à l’idée de sor­tir de la tra­jec­toire. Monde in­grat qui me pri­vait de spec­ta­teurs pour une de mes plus belles des­centes. C’est donc avec ce sou­ve­nir im­pé­ris­sable que j’en­ta­mais le deuxième vo­let de l’es­sai, dans les rues de Pa­ris, où l’on peut vrai­ment sa­voir si une voi­ture est co­ol aux yeux du pu­blic. Le ré­sul­tat dé­passe mes es­pé­rances : c’est la pé­riode idéale pour rou­ler en Mcla­ren. Ni trop connue (les gens me de­mandent la marque), ni pas as­sez (« une Mcla­ren !? Ah oui gé­nial ! »). Cette 570S est la moins chère, en at­ten­dant la 540, et elle au­ra bien­tôt une soeur ju­melle, la GT, qui ca­che­ra son mo­teur au pro­fit d’un beau ran­ge­ment sous hayon, où vous pour­rez po­ser vos cos­tumes va­li­dés par Gon­zague Du­pleix. Pour les as­sor­tir, rap­pe­lons que la cou­leur his­to­rique des Mcla­ren est orange, cou­leur de la Nou­velle-zé­lande en sport au­to. Rap­pe­lons aus­si que les re­trans­mis­sions té­lé en noir et blanc fai­saient res­sor­tir ad­mi­ra­ble­ment cette teinte créant un beau... gris re­con­nais­sable entre tous. Re­ve­nons à nos bou­chons. Dès la sor­tie de Pa­ris, j’ai pour ha­bi­tude de m’ex­tir­per du péage comme une fu­sée, mais si le V8 bi­tur­bo grogne d’im­pa­tience, je reste rai­son­nable. Cette Mcla­ren at­teint 200 km/h en moins de 10 se­condes et peut al­ler jus­qu’à 328 km/h... Bien ca­lé dans mon siège ba­quet, je guette les in­di­ca­tions du GPS que je ne com­prends pas tou­jours. Et je crois que lui non plus ne se com­prend pas tou­jours. Mais j’aime beau­coup l’uni­vers gra­phique mi­ni­mal et ori­gi­nal. Ça change des pseu­dos-lo­gos-3d-sur­des­si­nés que l’on trouve par­tout et qui es­sayent d’imi­ter des bou­tons. Jus­te­ment, les bou­tons les plus im­por­tants des Mcla­ren sont au pied du ta­bleau de bord. Ils condi­tionnent le com­por­te­ment de l’au­to. Il y a huit ré­glages pos­sibles ! Ils changent com­plè­te­ment la Mcla­ren, qui de­vient une bête de course en quelques se­condes. Pour l’ins­tant, mal­gré mon cou­rage, je n’ai ja­mais TOUT dé­con­nec­té !

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