« je vois mal Fin­kiel­kraut, Onfray et Zem­mour tou­cher des à-va­loir in­fé­rieurs à 100 000 eu­ros » une édi­trice aguer­rie. « je bu­vais Les PA­ROLES de ZEM­MOUR » Fo­cus sur ces étu­diants qui re­pré­sentent la nou­velle garde conser­va­trice.

GQ (France) - - Enquête -

de « l’om­ni­pré­sence de l’is­la­mo­pho­bie » et d’un « cli­mat qui rap­pelle cer­tains as­pects des an­nées 1930 ». Il éva­cue le cas So­ral, de­ve­nu un « “théo­ri­cien” néo-fas­ciste ». Il évoque Mi­chel Onfray, pré­ci­sant que ce­lui-ci « nie tout ral­lie­ment ». Et par­mi les jour­na­listes, il ajoute Éric Zem­mour, Na­ta­cha Po­lo­ny, Éric Bru­net, Ivan Riou­fol, et, on l’a vu, Éli­sa­beth Lé­vy. La po­lé­mique re­dé­marre de plus belle. Mais, à la dif­fé­rence de 2002, la force de frappe des néo-ré­acs a dé­cu­plé. D’ailleurs, les pré­cur­seurs n’en re­viennent pas. À 64 ans, Ivan Riou­fol, qui a écrit De l’ur­gence d’être ré­ac­tion­naire (Puf) en 2012, tient un blog sur le site du Fi­ga­ro. « Dire que j’ai long­temps été in­au­dible !, s’ex­clame ce jour­na­liste conser­va­teur, li­bé­ral et pro-eu­ro­péen. Ce­la a du­ré jus­qu’à la cam­pagne de Ni­co­las Sar­ko­zy en 2006. Il a dé­com­plexé le dis­cours iden­ti­taire et a fait une OPA sur le FN, qui était le seul par­ti à par­ler de ces pro­blèmes. Main­te­nant, se dire ré­ac­tion­naire est presque vu comme un com­pli­ment. Le mot ré­ac­tion est de­ve­nu sy­no­nyme d’in­sou­mis­sion. »

La « soif du pu­blic »

L’au­dience as­su­rée des apôtres du « tout fout le camp » sé­duit les mé­dias, jus­qu’à y pro­vo­quer de vifs dé­bats, comme dans le cas d’éric Zem­mour et de ses dé­ra­pages. Laurent Ru­quier, lui-même, a dé­cla­ré, en mars 2015, dans son émis­sion, qu’il re­gret­tait d’avoir lais­ser l’édi­to­ria­liste du Fi­ga­ro Magazine à l’an­tenne cinq ans du­rant et « d’avoir par­ti­ci­pé à la ba­na­li­sa­tion de ces idées-là » (celles du FN, ndlr). Il a plus tard re­la­ti­vi­sé ses pro­pos. « S’il y avait da­van­tage de plu­ra­lisme dans les mé­dias, Zem­mour ne se­rait pas de­ve­nu le gou­rou qu’il est de­ve­nu », com­mente, de son cô­té, Na­ta­cha Po­lo­ny. Il en est une qui n’a pas hé­si­té à faire une croix sur l’au­dience, c’est Cé­line Pi­galle. En dé­cembre 2014, l’ex-di­rec­trice de la ré­dac­tion d’ité­lé (dé­sor­mais à la tête de celle de LCI) a li­cen­cié le po­lé­miste, à l’an­tenne de­puis 2003. Ce dé­bat face au jour­na­liste Ni­co­las Do­me­nach était le seul mo­ment où ité­lé da­mait le pion à BFM. « Éric a long­temps eu une lec­ture des évé­ne­ments en­ri­chis­sante, ex­plique Cé­line Pi­galle. Mais lors de la sor­tie du Sui­cide fran­çais, il a mul­ti­plié les pro­vo­ca­tions gra­tuites pour mieux vendre son livre. Je ne l’ai pas li­cen­cié par idéo­lo­gie mais par prag­ma­tisme. Il ne res­pec­tait plus rien. » Éric Zem­mour a as­si­gné la chaîne pour rup­ture abu­sive de contrat. Dans un pas­sage de son best-seller, sor­ti en oc­tobre 2014, Éric Zem­mour ex­pli­quait en ef­fet que Pé­tain a sa­cri­fié des juifs étran­gers pour mieux sau­ver des juifs fran­çais. Puis est ar­ri­vée l’af­faire du Cor­riere del­la Se­ra. C’est elle qui a dé­clen­ché les vives contro­verses à ité­lé. Dans le quo­ti­dien ita­lien, le po­lé­miste af­fir­mait, no­tam­ment : les mu­sul­mans « ont leur code ci­vil, c’est le Co­ran ». Un an plus tard, le 17 dé­cembre 2015, il a été condam­né à 3 000 eu­ros d’amende pour pro­vo­ca­tion à la haine en­vers les mu­sul­mans. Au­jourd’hui, il tra­vaille tou­jours pour RTL et Pa­ris Pre­mière. « Chez nous, il n’y a pas de dé­ra­page, dé­clare Jo­na­than Cu­riel, di­rec­teur de la chaîne du Groupe M6. Et je ne suis pas res­pon­sable de ce qui se dit ailleurs. » Quant à l’au­dience des deux Éric, Zem­mour et Naul­leau, elle est en hausse. En de­hors du cas Zem­mour, par­ti­cu­lier puis­qu’il en­freint la loi, la sur­mé­dia­ti­sa­tion de la pen­sée dite ré­ac reste un su­jet – sur­tout dans la presse de gauche. Au Point, on ne sai­sit pas bien la ques­tion. Pour­tant, en un an, l’heb­do­ma­daire a mis deux fois Alain Fin­kiel­kraut en « une ». « À chaque fois, les ventes en kiosques ont été su­pé­rieures à la moyenne, d’en­vi­ron 10 % », ex­plique Étienne Ger­nelle, le di­rec­teur du jour­nal. Le phi­lo­sophe fait vendre. « Et alors ?, lance-t-il. Les in­tel­lec­tuels ont des choses à dire, je ne vois pas où est le pro­blème. L’an der­nier, la “une” avec Mi­chel Onfray a été une de nos meilleures ventes. » Il pré­cise que tous les avis sont re­pré­sen­tés au sein du jour­nal, avec des phi­lo­sophes que per­sonne ne taxe­rait de néo-ré­acs, telle Cyn­thia Fleu­ry. Jo­na­than Cu­riel ob­serve la même « soif du pu­blic pour les in­tel­lec­tuels ». Un signe d’op­ti­misme, pour Ger­nelle : « Nous ar­ri­vons en­fin à un dé­bat qui porte sur les idées et pas juste sur les op­por­tu­ni­tés élec­to­rales. » Peu après le sacre du nou­vel Im­mor­tel, il a eu une idée dont il n’est pas peu fier. Mettre en cou­ver­ture Ma­nuel Valls, avec ce titre : « La gauche Fin­kiel­kraut ». Soit la troi­sième « une » en un an avec le nom du phi­lo­sophe. Ré­sul­tat : des ventes stables. Signe d’une las­si­tude ? Nul doute que la ma­chine va vite être nour­rie. Ren­dez-vous dès sep­tembre avec la sor­tie d’un re­cueil des chro­niques d’éric Zem­mour sur RTL, avant un livre plus per­son­nel dé­but 2017. Mais sur tous ses pro­jets, « chut ! », Zem­mour écon­duit po­li­ment GQ. Pro­ba­ble­ment pour ré­flé­chir au choix de « ses » mé­dias.

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