LE GRAND ZAP­PING DE LA REN­TRÉE

MER­CA­TO DIN­GO Ja­mais au­tant d’ani­ma­teurs n’avaient chan­gé de chaîne en une in­ter­sai­son. Ja­mais les grilles de pro­grammes n’avaient été aus­si bou­le­ver­sées en un été. Cou­lisses, coups bas et coups de po­ker, GQ vous ra­conte l’his­toire se­crète d’une pe­tite ré

GQ (France) - - Intelligence -

Par An­na To­pa­loff et Thi­baud Mi­cha­let

LUN­DI 23 MAI, quelques mi­nutes après 11 heures, le por­table d’ophé­lie Meu­nier se met à vi­brer fu­rieu­se­ment. Le site de GQ vient de ré­vé­ler qu’elle quitte Ca­nal+ pour M6. « J’ai eu droit à un ré­veil as­sez… ex­plo­sif », nous confie l’ex-pro­té­gée de Vincent Bol­lo­ré, qui avait in­ter­dic­tion de s’ex­pri­mer jus­qu’à la fin de son contrat à Ca­nal+. Tem­pête dans un verre d’eau ? Pas seu­le­ment. Ce prin­temps, le PAF a été ba­layé par un vé­ri­table tsu­na­mi. Une tren­taine d’ani­ma­teurs et presque au­tant de mai­sons de pro­duc­tion ont chan­gé de chaîne en quelques jours… Et en al­lu­mant leur poste en sep­tembre, les Fran­çais ne re­con­naî­tront pas leur té­lé­vi­sion. Ca­nal+, dé­pouillée de ses ani­ma­teurs stars, ne se­ra pro­ba­ble­ment plus le temple du co­ol et TF1, l’ex-chaîne du « Big­dil » et de la mé­na­gère, dra­gue­ra les bo­bos et des CSP+ avec en tête de gon­dole Yann Bar­thès et sa bande. Le groupe M6, qui traî­nait de­puis des an­nées une ré­pu­ta­tion de té­lé cheap avec ses clips et ses émis­sions de dé­co, re­voit elle aus­si son po­si­tion­ne­ment avec Ophé­lie Meu­nier à « Zone In­ter­dite » et Ber­trand Cha­me­roy (le chro­ni­queur le plus in­té­res­sant de la bande d’ha­nou­na) sur W9. Cette re­dis­tri­bu­tion in­té­grale des cartes, on la doit à un mer­ca­to his­to­rique. Un com­bat de ti­tans li­vré par des pa­trons de chaînes et di­rec­teurs de pro­grammes en­tê­tés et/ ou re­van­chards entre mai et août 2016. Ara Apri­kian (TF1), Ni­co­las de Ta­ver­nost (M6) et Vincent Mes­let (France Té­lé­vi­sions) ont tout cas­sé. « Du ja­mais vu en té­lé­vi­sion », confirme Ch­ris­tophe De­cha­vanne (dans Le Monde), trente ans de car­rière et à peu près au­tant de mer­ca­tos der­rière lui. Lan­cé « of­fi­ciel­le­ment » le 9 mai der­nier, à la suite de l’an­nonce de l’ar­ri­vée de l’ex-ani­ma­teur du « Pe­tit Jour­nal » sur TF1, le mar­ché an­nuel de la té­lé­vi­son sai­son 2016-2017 a ra­pi­de­ment pris des al­lures de bas­ton gé­né­rale avec, na­tu­rel­le­ment, ses hé­ros et ses vic­times. Pen­dant que les jour­na­listes mé­dias mul­ti­plient les ex­clus (Pu­re­mé­dias avec Léa Sa­la­mé, Le Pa­ri­sien avec Va­nes­sa Bur­graff qui la rem­place chez Laurent Ruquier et GQ avec Yann Bar­thès ou Ophé­lie Meu­nier), les ser­vices de com­mu­ni­ca­tion des chaînes, com­plè­te­ment dé­pas­sés, ac­cusent le coup : « Ils passent une de­mi-jour­née à cher­cher la bonne for­mule et la jo­lie pho­to pour an­non­cer un mou­ve­ment, alors que les jour­na­listes par­viennent à cho­per l’in­fo quand on est en­core dans le cou­loir et la dé­gainent en 3 mi­nutes chro­no... », concède un di­rec­teur de pro­grammes, mi-amu­sé mi-ré­si­gné. Même les ani­ma­teurs les plus ban­kable se sont mis à pa­ni­quer de­vant cette sur­en­chère : « À un mo­ment, il y avait tel­le­ment d’an­nonces ex­ci­tantes que ceux dont les noms ne sor­taient pas se de­man­daient s’ils n’étaient pas de­ve­nus has-been », nous confie un chro­ni­queur qui a fi­ni par exi­ger de sa chaîne qu’elle

cune de nos ques­tions, il com­mence tou­jours par la ré­ponse of­fi­cielle. Celle écrite avec le ser­vice mar­ke­ting du stu­dio : « J’avais en­vie de mon­trer que si le monde en­tier se réunis­sait, on pou­vait faire des choses fan­tas­tiques. » Et puis un éclair ma­li­cieux passe dans ses yeux et il dé­clare : « Dans ma jeu­nesse, le re­gard sur les aliens s’était amé­lio­ré grâce à E.T. Et puis nous sommes ar­ri­vés avec Independence Day et ils sont re­de­ve­nus très, très mé­chants. C’est très po­li­ti­que­ment in­cor­rect de nos jours de choi­sir un groupe de gens et de dire : “Ce sont les vi­lains”. Russes, Chi­nois, Moyen-orien­taux… Vous êtes im­mé­dia­te­ment ac­cu­sé de créer des sté­réo­types. Pas avec les aliens. Ça n’of­fense per­sonne, sauf s’ils dé­barquent. Là, je se­rai sans doute leur pre­mière vic­time ! »

OU­VER­TE­MENT GAY, Em­me­rich ne fait pas non plus mys­tère de ses convic­tions éco­lo­gistes et porte un re­gard po­li­tique sur le monde qui donne à ses pop-corn mo­vies plu­sieurs ni­veaux de lec­ture : « Ce n’est pas parce que vous faites des films de di­ver­tis­se­ment à gros bud­get qu’ils doivent être très à droite ou tiè­de­ment apo­li­tiques… » En vingt-cinq ans de car­rière à Hol­ly­wood, il est de­ve­nu un réa­li­sa­teur amé­ri­cain à part en­tière (non­obs­tant un ac­cent digne d’erich von Stro­heim) : « Les films eu­ro­péens de Luc Bes­son ou Paul Ve­rhoe­ven sont très dif­fé­rents de leurs films amé­ri­cains. Du coup, ils ont fi­ni par ren­trer chez eux. Moi, j’ai tou­jours été plus in­fluen­cé par le ci­né­ma hol­ly­woo­dien. » Mais il conserve un re­gard eu­ro­péen sur les ac­teurs qui donne de l’ori­gi­na­li­té à ses cas­tings : John Cu­sack dans 2012, Jake Gyl­len­hall dans Le Jour d’après et au­jourd‘ hui Char­lotte Gains­bourg dans Independence Day : Ré­sur­gence… « Elle a été sur­prise que je lui pro­pose de jouer dans ce film, et j’ai été sur­pris qu’elle dise oui. Elle po­sait plein de ques­tions, elle m’a dit que mon pla­teau pour une jour­née de tour­nage va­lait le prix de son film pré­cé­dent. Mais, grâce à elle, j’ai été ci­té dans le même ar­ticle que Lars Von Trier ! »

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