MATT DA­MON “Je peux Me fondre DANS la foule”

Co­ver sto­ry À 45 ANS, IL RE­NOUE AVEC JA­SON BOURNE DANS UN NOU­VEL ÉPI­SODE de LA SA­GA D’ES­PION­NAGE PARANOÏAQUE. L’AC­TEUR LE PLUS REN­TABLE D’HOL­LY­WOOD RA­CONTE À gq COM­MENT IL A fait de SA « NORMALITÉ » UNE ARME FA­TALE POUR IN­CAR­NER L’AGENT AMNÉ­SIQUE. PAR CLO

GQ (France) - - Trip -

Les em­ployés de La CIA sont des bras cas­sés. De­puis le dé­but du siècle, ces fonc­tion­naires zé­lés, voués au ren­sei­gne­ment et aux opé­ra­tions clan­des­tines contre l’« axe du mal », ga­lèrent comme des chiens pour mettre la main sur l’un des leurs. L’agence a beau scru­ter le moindre mètre car­ré de la pla­nète grâce à ses drones et à ses sa­tel­lites, sur­veiller toute ac­ti­vi­té hu­maine via nos té­lé­phones por­tables, rien n’y fait. Ja­son Bourne, l’arme fa­tale qu’elle a créée, conti­nue de lui échap­per pour me­ner sa croi­sade mor­telle contre elle. La tri­lo­gie La Mé­moire dans la peau (2002), La Mort dans la peau (2004), La Ven­geance dans la peau (2007), a réus­si à pul­vé­ri­ser le box-of­fice (650 mil­lions de dol­lars de re­cettes) tout en écri­vant les tables de la loi du block­bus­ter mo­derne par sa forme in­édite. Une course-pour­suite sans fin au réa­lisme acé­ré, bâ­tie sur une ques­tion exis­ten­tielle : « Qui suis-je ? » Ja­son Bourne, agent amné­sique dres­sé pour tuer, n’est au ser­vice d’au­cune autre cause que sa sur­vie et la quête de sa propre iden­ti­té. Et si ce tueur fan­tôme ré­sonne avec une époque com­plè­te­ment dé­bous­so­lée c’est grâce à Matt Da­mon, co­mé­dien d’ex­cep­tion dont l’ap­pa­rente normalité re­cèle une vraie opa­ci­té. Il est l’ac­teur idéal pour in­car­ner un Ja­son Bourne sans pas­sé et sans ave­nir. Le Fran­çais Vincent Cas­sel, qui joue un tueur aux trousses de Bourne dans le der­nier opus de la sé­rie ( Ja­son Bourne, sor­tie le 10 août), l’af­fir­mait d’ailleurs ré­cem­ment à nos confères du GQ ita­lien : « Matt Da­mon est par­fait, asep­ti­sé, ba­sique, dé­ter­mi­né. Il est très doué pour jouer le hé­ros amé­ri­cain. » Ren­dez-vous a donc été pris avec Da­mon pour abor­der la sa­ga Bourne et ten­ter de

com­prendre com­ment une des ac­teurs les plus puis­sants et les plus cé­lèbres de notre époque a su res­ter un homme in­vi­sible. À To­ron­to en ce mois de mai, un ciel de bé­ton écrase de sa ma­jes­té la fo­rêt de tours de verre de ce pe­tit New York dont Drake a fait son triste royaume. À l’en­trée des Stu­dios Wal­lace, ni gardes du corps sur les Le per­son­nage de Ja­son Bourne lui a pour­tant per­mis d’in­té­grer la fa­meuse A-list, celle des co­mé­diens les mieux payés d’hol­ly­wood. Il est même de­ve­nu de­puis 2014 l’ac­teur le plus ren­table de tous les temps : se­lon le ma­ga­zine Forbes, pour chaque dol­lar qu’il touche, il en rap­porte 29 aux stu­dios. Plus qu’un bon in­ves­tis­se­ment, Matt Da­mon est ain­si de­ve­nu un jack­pot am­bu­lant. Dans ces condi­tions, on com­prend mieux qu’après neuf ans d’ab­sence il re­prenne du ser­vice dans la peau du plus tor­tu­ré des agents se­crets : « Après La Mort dans la peau, je pen­sais sin­cè­re­ment que c’était la fin de Ja­son Bourne, re­con­naît-il. Mais en ap­pre­nant que Paul Green­grass vou­lait en réa­li­ser un nou­veau, j’ai été im­mé­dia­te­ment par­tant. Les fac­teurs principaux pour nous deux étaient l’at­tente du pu­blic… mais éga­le­ment de trou­ver une his­toire à la­quelle on croie dur comme fer. » L’en­jeu est de taille pour Uni­ver­sal : re­lan­cer une fran­chise ul­tra­lu­cra­tive sur le seul nom de Matt Da­mon – et pour un sa­laire de 20 mil­lions de dol­lars. Car la ten­ta­tive de glis­ser Je­re­my Ren­ner (vu dans Dé­mi­neurs) dans les pas de Ja­son Bourne ( Ja­son Bourne : He­ri­tage en 2012) n’a rap­por­té « que » 117 mil­lions de dol­lars, soit la moi­tié des bé­né­fices de La Ven­geance dans la peau. Aux com­mandes du nou­veau vo­let, l’homme des dé­buts, Paul Green­grass. Réa­li­sa­teur ré­vé­lé par Bloo­dy Sun­day (un film sur le conflit nord-ir­lan­dais, fil­mé comme un do­cu­men­taire), il est de­puis au ser­vice de films d’ac­tion en­ga­gés dans l’ur­gence de l’ac­tua­li­té ( Vol 93 sur le 11-Sep­tembre, Cap­tain Phi­lips sur la prise d’otages du porte-conte­neurs Maersk Ala­ba­ma). Écrit par ses soins avec l’in­ter­ven­tion chi­rur­gi­cale de Matt Da­mon, Ja­son Bourne est une nou­velle plon­gée dans le tu­multe de l’époque : « Nous avons tou­jours eu l’in­ten­tion de faire des films qui soient des ré­vé­la­teurs du monde dans le­quel on vit, tout en étant de purs

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