CASSIUS LE DUO QUI NE VOU­LAIT PAS ETRE DAFT PUNK C

Le pu­blic ne jure que par les ro­bots cas­qués. C’est ou­blier que Cassius a aus­si été l’un des pion­niers de la French Touch. GQ dé­crypte avec le groupe ce par­cours d’éter­nel out­si­der. Par Louis-hen­ri de La Ro­che­fou­cauld ’était il y a plus de dix ans, le 17

GQ (France) - - Trip -

un mec su­per in­tran­si­geant qui n’ai­mait pas la va­rié­té. Moi, je vou­lais mettre des échos dans mes chan­sons, re­pro­duire des trucs en­ten­dus dans mon en­fance à la ra­dio. Mais lui re­fu­sait. » Cette in­tran­si­geance paie : l’al­bum se vend à plus de 300 000 exem­plaires. Re­be­lote en 1994 avec Prose com­bat. Grâce à un com­pres­seur Fair­child (le même mo­dèle que ce­lui uti­li­sé par les Beatles), le duo dé­colle ar­tis­ti­que­ment – ré­écou­tez « Nou­veau western » et son sample em­prun­té à Gains­bourg si­gné Boom Bass, ou « Ob­so­lète », dont la pro­duc­tion es­tam­pillée Zdar ren­dit alors béat d’ad­mi­ra­tion Tho­mas Ban­gal­ter de Daft Punk. Cette fois, c’est car­ré­ment le car­ton : près de 900 000 co­pies écou­lées. Jus­qu’ici hommes de l’ombre, Hu­bert et Phi­lippe sont re­pé­rés par James La­velle, pa­tron du la­bel an­glais Mo’wax, qui leur pro­pose de sor­tir des maxis chez lui. C’est chose faite avec La Funk Mob. Si tout roule en ap­pa­rence, un fos­sé sé­pare les deux amis : à fond dans les raves de­puis 1992, Zdar raf­fole de la tech­no, mu­sique à la­quelle Boom Bass met­tra du temps à ac­cro­cher. En 1996, Zdar et Étienne de Crécy ba­lancent Pan­soul sous le nom de Mo­tor­bass. Zdar et Boom Bass filent alors à New York où est pro­gram­mée une ses­sion d’écri­ture pour le pro­chain MC So­laar. La nuit, ils traînent dans les clubs, le Red Zone ou le Sound Fac­to­ry Bar. Hu­bert : « Le son était in­croyable. Des gays, des les­biennes, des Chi­ca­nos, des Noirs, des Blancs, des gros, des chauves dan­saient des heures en­semble… Un jour, Phi­lippe m’a fait écou­ter le titre “Bring U Up” de Ro­man­tho­ny. C’était du funk, du Prince, du James Brown, mais en house. J’ai bas­cu­lé, et de tout ça est né Cassius. » Au mi­lieu des an­nées 1990, l’ef­fer­ves­cence conta­mine Pa­ris. Pe­dro Winter, fu­tur ma­na­ger de Cassius, des Daft et de Jus­tice, se sou­vient : « En 1993, je suis trau­ma­ti­sé

par un maxi énig­ma­tique ache­té à Laurent Gar­nier chez USA Im­port à Bas­tille : le Trans­phunk EP de Mo­tor­bass. En 1995, chez Ra­dio FG, je croise en­fin le hé­ros de mes oreilles, Phi­lippe Zdar. La même an­née, un cer­tain Ch­ris The French Kiss (fu­tur Bob Sin­clar) me file un maxi sur le­quel on trouve une tour­ne­rie hip-hop men­tale, “Sans ré­mis­sion” de La Funk Mob, avec un sample d’une fille qui ré­pète “La Funk Mob ça me rend folle”. Je de­viens fou aus­si. Dans les cré­dits, mon oeil est at­ti­ré par ce nom far­fe­lu, Hu­bert Boom Bass. Je me rends compte que Zdar et Boom Bass bossent en­semble. Zdar me pré­sen­te­ra Hu­bert lors d’un dî­ner d’an­ni­ver­saire dans un ka­rao­ké. » Avec les soi­rées Res­pect, qui dès 1996 ras­semblent plus de 1 000 per­sonnes au Queen le mercredi, le phé­no­mène French Touch dé­marre. Ho­me­work de Daft Punk sort en 1997, le single de Star­dust en 1998. Les Cassius au­raient dû être là avant les autres, mais re­tar­dé deux ans par un pro­blème de samples à dé­cla­rer, leur pre­mier al­bum, 1999, n’ar­rive qu’en… 1999. Ac­croche de la cam­pagne de lan­ce­ment ? « Cassius, si vous ne dan­sez pas, c’est que vous êtes morts. » Zdar : « On avait 30 ans mais on se sen­tait tou­jours jeunes. On ne pre­nait pas la vague, on était de­dans. On avait une pa­tate in­croyable. » Les Cassius font le tour du monde, prennent du bon temps, claquent à tout va – Winter se sou­vient d’une es­cale à Chi­ca­go où Zdar ache­ta pour 2 000 dol­lars de vi­nyles à un DJ lo­cal qui re­ven­dait sa col­lec­tion. Phi­lippe Zdar L’âge d’or prend fin en 2001, après le Dis­co­ve­ry de Daft Punk, quand ar­ri­vistes et ni­gauds se mettent à pro­duire du sous-star­dust au ki­lo­mètre. La French Touch se fre­late. À New York et Londres, le rock est de re­tour. « Une se­maine avant la sor­tie de notre al­bum Au Rêve, je lis un ar­ticle sur les Strokes. Je com­prends que toute la pla­nète veut mettre des pan­ta­lons noirs ser­rés et ache­ter des gui­tares. Et chez nous, place à la chiasse mu­si­cale, des Gil­bert Bé­caud jeunes qui parlent de leurs voi­sines de pa­lier… », lance Phi­lippe Zdar en évo­quant Vincent De­lerm et la nou­velle chanson fran­çaise. « La gueule de bois to­tale. » La house est dé­mo­dée et leur al­bum Au Rêve, pour­tant très bon, fait un bide. Cassius per­sé­vère, se re­met en ques­tion avec le très pop-rock 15 Again (2006) et son single « Toop Toop ». Dans la fou­lée, Zdar achète et amé­nage ce qui est au­jourd’hui le Mo­tor­bass Stu­dio. Ses vieux co­pains de Phoe­nix, qui n’ont plus de la­bel, s’y ins­tallent un an entre 2008 et 2009. « Avec Cassius, on se re­trouve sur l’ar­ti­sa­nat, af­firme le gui­ta­riste Laurent Bran­co­witz. Nous, chez Phoe­nix, on reste avec nos amis, en tra­vaillant sur le prin­cipe des en­tre­prises fa­mi­liales, de père en fils, une pe­tite mai­son de luxe à l’an­cienne, des sel­liers, comme Her­mès ! Zdar, je suis fan de son ap­proche, voi­là un mec qui vit to­ta­le­ment pour son art. Bos­ser avec lui, c’est ex­trême : à la fin de la jour­née, soit c’est de la merde to­tale, soit c’est fa­bu­leux et on sable le cham­pagne. » Le pre­mier al­bum de Phoe­nix en­re­gis­tré chez Zdar, Wolf­gang Ama­deus Phoe­nix, dé­croche en 2010 le Gram­my Award du meilleur al­bum de mu­sique al­ter­na­tive. Phi­lippe de­vient le pro­duc­teur dans le vent, col­la­bo­rant avec les meilleurs, de Cat Po­wer aux Beas­tie Boys…

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