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En­quête

GQ (France) - - Trip -

ondres, week- end de Pâques 2015. La fo­reuse a tour­né une par­tie de la nuit. Les hommes, en sueur, qui s’af­fairent au­tour de ce monstre que rien n’ar­rête se donnent l’ac­co­lade. Le pre­mier trou vient d’être per­cé. Il y en a en­core deux autres à fo­rer à tra­vers le bé­ton, côte à côte, pour qu’un homme svelte puisse s’y glis­ser. Il est bien­tôt 7 heures du ma­tin ce vendredi 3 avril 2015, mais il y a un sou­ci. Un gros sou­ci. À l’ex­tré­mi­té de l’ou­ver­ture ain­si créée, une lourde ar­moire mé­tal­lique, scel­lée au sol et au pla­fond, leur barre le che­min. Pire, la pompe hy­drau­lique de marque Clark, un en­gin pour­tant ca­pable de dé­pla­cer 10 tonnes, vient de cas­ser. Et ça ne plaît pas beau­coup au doyen des cinq per­son­nages pré­sents dans ce sous-sol re­cou­vert de pous­sière et bai­gné par une cha­leur ac­ca­blante. Il a presque 77 ans et s’ap­pelle Brian Rea­der. Un vé­té­ran du crime, une fi­gure de la pègre lon­do­nienne. Ses com­plices sont d’avis de re­ve­nir avec un vé­rin neuf. Mais lui n’y croit plus. Trop dan­ge­reux, trop ris­qué de pas­ser en­core de longues heures dans ce ré­duit aveugle. Jusque-là, tout a pour­tant bien fonc­tion­né. Rea­der et ses amis n’ont, il est vrai, rien lais­sé au ha­sard. De­puis trois ans main­te­nant, une idée folle, un vrai dé­fi, a ger­mé dans leur cer­veau : pé­né­trer dans le temple du dia­mant outre-manche, un lieu my­thique, une salle blin­dée au 88-90 Hat­ton Gar­den, dans le quar­tier de Hol­born, au centre même de Londres. La rue doit son nom à Sir Ch­ris­to­pher Hat­ton, un des fa­vo­ris de la reine Éli­sa­beth 1re, peut-être même son amant, qui lui en avait don­né jouis­sance, dé­pos­sé­dant au pas­sage un évêque. De­puis le Moyen Âge, Hat­ton Gar­den est au coeur du quar­tier des dia­man­taires lon­do­niens. Pas moins de 300 so­cié­tés spé­cia­li­sées dans l’achat, la taille et la com­mer­cia­li­sa­tion des pierres pré­cieuses y sont re­cen­sées. Et de­puis soixante ans, une salle blin­dée pro­tège leurs plus belles pièces entre deux pré­sen­ta­tions. L’im­meuble du 88-90 qui fait un angle avec Gre­ville Street est un gros bâ­ti­ment sans charme de sept étages. Tout le rez-de-chaus­sée est oc­cu­pé par le bi­jou­tier Sav­vy & Sand. Une flop­pée de dia­man­taires se par­tage les étages. Au sous-sol, la chambre forte est ré­pu­tée in­vio­lable. La porte blin­dée fait 60 cm d’épais­seur. Un pro­to­type unique en Grande-bre­tagne, que van­taient les pro­prié­taires lors de l’inau­gu­ra­tion. « Nous sommes ac­tuel­le­ment l’une des prin­ci­pales et plus per­for­mantes so­cié­tés de sto­ckage sé­cu­ri­sé », an­nonce tou­jours sur In­ter­net la so­cié­té « Hat­ton Gar­den Safe De­po­sit Ltd », dont la plaque orne la fa­çade en lettres blanches sur fond noir. Elle ga­ran­tit la pro­tec­tion des « ob­jets per­son­nels ir­rem­pla­çables » de ses clients, avec quatre types de coffres mis à leur dis­po­si­tion. Elle en dis­pose de près d’un mil­lier en tout.

Re­traite, ar­throse et dia­bète

Les cinq hommes qui tentent pour­tant, en cette nuit du prin­temps 2015, d’ac­cé­der dans ces lieux ul­tra-sé­cu­ri­sés n’en sont pas à leur coup d’es­sai. Ce sont des voyous ex­pé­ri­men­tés, très ex­pé­ri­men­tés même. La pho­to de Brian Rea­der, alors mous­ta­chu, s’est par exemple éta­lée à la une des jour­naux en 1983. Des bra­queurs avaient fait ir­rup­tion dans un dé­pôt de la Brink’s près de l’aé­ro­port de Hea­throw. Un coup re­ten­tis­sant : l’équi­valent de

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