Po­lice scien­ti­fique pour les nuls

GQ (France) - - Trip -

Le gang n’a pas cher­ché une se­conde à ou­vrir l’im­po­sante porte blin­dée. Ce­la se­rait sans doute im­pos­sible. Mais du­rant les soi­rées en­tières pas­sées à leur QG, The Castle, un pub, ou at­ta­blés un peu plus loin au snack-bar Scot­ti’s dans le quar­tier ita­lien de Cler­ken­well, ils ont ima­gi­né un autre plan. Si la porte semble in­fran­chis­sable, les murs en bé­ton qui l’en­cadrent ne le sont pas. En un de­mi-siècle, la tech­no­lo­gie a évo­lué. Danny, un membre du gang, a mul­ti­plié les re­cherches sur In­ter­net, en par­ti­cu­lier sur You­tube. Et il a trou­vé. L’arme fa­tale est une grosse fo­reuse dia­mant de marque Hil­ti, fa­bri­quée au Liech­ten­stein… Ce mo­dèle DD 350, spé­cial bé­ton ar­mé, dis­pose de dix vi­tesses, monte jus­qu’à 667 tours/ mi­nute et creuse des trous de 50 cm de large. Évi­dem­ment, elle chauffe très fort et il convient de re­lier la ma­chine à un point d’eau. Danny a pen­sé à tout. Il a ap­por­té à Hat­ton Gar­den des tuyaux qu’il a bran­chés à un ro­bi­net à l’ex­té­rieur de l’an­ti­chambre me­nant aux coffres. Cette « ca­rot­teuse » Hil­ti, un pe­tit bijou qui a coû­té l’équi­valent en livres ster­ling de près de 5 000 €, pèse tout de même 35 ki­los. Outre la fo­reuse, les cas­seurs ont dû trans­por­ter avec eux tout un ma­té­riel : le vé­rin hy­drau­lique, des pieds de biche, des pinces-mon­sei­gneur, des masses, des dis­queuses. Puis, cha­cun a te­nu son rôle : l’élec­tri­cien, le ma­çon, le guet­teur, res­té dans la rue. Ils ont pen­sé à tout, ache­tant même le guide La po­lice scien­ti­fique pour les nuls et des ma­ga­zines sur le monde des dia­mants. Ils connaissent les lieux par coeur, pour y être ve­nus de très nom­breuses fois en re­pé­rage, sur­veillant dis­crè­te­ment le bâ­ti­ment de­puis des voi­tures et no­tant les ha­bi­tudes de ses oc­cu­pants. Deux jours plus tôt, ils n’ont pas hé­si­té à en­trer dans l’im­meuble. En bleu de tra­vail, un des cas­seurs jouant les em­ployés de main­te­nance s’est lon­gue­ment af­fai­ré au­tour de l’as­cen­seur. Il a lais­sé une af­fiche « en dé­ran­ge­ment ». Les mal­frats savent aus­si que, le jour, deux vi­giles gardent la chambre forte et que la nuit ils ne sont pas là mais que les portes ver­rouillées sont com­plé­tées par di­verses alarmes an­ti-in­tru­sion so­phis­ti­quées. L’es­ca­lier qui mène du hall au sous-sol est sanc­tua­ri­sé par deux lourdes portes. Il y a en­core un sas avec deux grilles élec­triques cou­lis­santes à bar­reaux qui ne peuvent s’ou­vrir si­mul­ta­né­ment. En­fin, ul­time rem­part, l’im­po­sante porte blin­dée ne s’ouvre qu’avec une com­bi­nai­son de chiffres. Pas moins de quatre ca­mé­ras pro­tègent les lieux. Ce jeudi 2 avril 2015, à 20 h 19, les deux vi­giles ont fer­mé la lourde porte d’en­trée du 88-90 Hat­ton Gar­den, lais­sant le site in­oc­cu­pé pour un long week-end fé­rié. Le gang n’a pas choi­si la date au ha­sard. C’est le week-end de Pâques, soit quatre jours de « Bank Ho­li­day » en Grande-bre­tagne et la ga­ran­tie de ne pas être dé­ran­gé. D’au­tant que cette an­née-là, Pâques coïn­cide avec la fête juive de Pes­sah, un dé­tail qui a son im­por­tance dans un sec­teur où sont pré­sents de nom­breux com­mer­çants is­raé­lites. Le gang est ar­ri­vé un peu avant la fer­me­ture, dans un four­gon blanc, un Ford Tran­sit des plus ba­nals qui s’est ga­ré sur la tran­quille Gre­ville Street. Cô­té Hat­ton Gar­den, Ba­sil, un troi­sième cas­seur, a pu en­trer sans dif­fi­cul­té par l’en­trée prin­ci­pale. Il dis­pose de la clé… Il a aus­si les codes pour désac­ti­ver les alarmes. Ba­sil a aus­si cou­pé un câble de té­lé­phone et une an­tenne GPS re­liée à une alarme. Il a ou­vert une porte de se­cours qui dé­bouche sur Gre­ville Street via une étroite ar­rière-cour et des es­ca­liers en fer. L’ac­cès est sur­veillé par une ca­mé­ra. Ba­sil y est fil­mé pour la pre­mière fois à 21 h 23, le jeudi 2 avril au soir. Puis ses col­lègues, dis­si­mu­lés sous des casques de chan­tier et des masques an­ti-pous­sière, ar­rivent. La veille, une fuite de gaz géante a en­traî­né un in­cen­die et l’éva­cua­tion de nom­breux bâ­ti­ments lon­do­niens. Les cam­brio­leurs l’ont-ils pro­vo­quée ? C’est pos­sible. En tout cas, avec leurs gi­lets fluo jaunes flo­qués « gaz » dans le

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