Um­brel­la

Ri­han­na (2007) « Um­brel­la » res­te­ra, si­non le plus beau tube de Ri­han­na, du moins le plus in­con­tour­nable. Et si la tor­ride Bar­ba­dienne est l’ar­tiste pop in­car­nant le mieux l’ère di­gi­tale, c’est entre autres parce que ce hit a im­po­sé un nou­veau mo­dèle : c’

GQ (France) - - Récit -

tion est de faire des disques. La­ney est le pre­mier à avoir un contrat d’édi­tion avec So­ny. « Et comme La­ney avait ou­vert la voie, ex­plique Mark, il a ob­te­nu un ac­cord pour nous faire en­trer aus­si. » Au mi­lieu des an­nées 1990, grâce à un in­ves­tis­se­ment de La­face Re­cords, le la­bel de L.A. Reid, les Stewart lancent Red­zone à At­lan­ta. Tri­cky, en­suite re­joint par Kuk et Dream, s’oc­cupe de l’écri­ture et de la pro­duc­tion, son frère Mark les ma­nage, La­ney gère l’édi­tion et la femme de Mark, Ju­di, l’ad­mi­nis­tra­tif. Si l’on en croit Kuk Har­rell, le se­cret de leur suc­cès ré­side dans leur ap­proche des chan­sons : ils les traitent comme s’il s’agis­sait de jingles. « Nous avons tous ap­pris très jeunes à consi­dé­rer la mu­sique comme une en­tre­prise, con­trai­re­ment à d’autres, qui font ça pour s’amu­ser, ex­plique-t-il. Nous étions for­més à faire exac­te­ment ce que le client vou­lait, et à le faire quand il le vou­lait. S’il leur faut quelque chose pour lun­di, tu le leur livres lun­di. La pré­ci­sion est pri­mor­diale. » Il ajoute : « Vous voyez, beau­coup de gars font des mor­ceaux sans être des pro­duc­teurs ex­pé­ri­men­tés – ils créent sim­ple­ment des beats. Quand ils se re­trouvent dans une si­tua­tion sous pres­sion, où tu as Ri­han­na as­sise à cô­té qui veut sa chan­son et qu’il faut as­su­rer tout de suite, ils ne savent pas faire. C’est là que notre ex­pé­rience d’écri­ture de jingles est très im­por­tante : on ne res­sent pas cette pres­sion. On est comme des ath­lètes – genre : “La pres­sion ? Quelle pres­sion ?” On est là pour as­su­rer. » Red­zone a été pen­sé comme un mi­ni-mo­town, mais les hits tardent à ve­nir. Tri­cky connaît un pe­tit suc­cès, son pre­mier, avec « Who Dat » pour JT Mo­ney, un rap­peur de Mia­mi. En 2000, la chan­son at­teint la pre­mière place du clas­se­ment rap de Bill­board. Quand Tri­cky réa­lise « Me Against the Mu­sic » (2003) pour Brit­ney Spears, le single an­non­cia­teur de son al­bum de 2004, In The Zone, il semble bien par­ti pour connaître le même suc­cès grand pu­blic que Tim­ba­land ou les Nep­tunes, mais les cinq an­nées sui­vantes, Red­zone ne sort que des hits mi­neurs, jus­qu’à « Um­brel­la ». Har­rell ra­conte com­ment le mor­ceau a été conçu : « Je bi­douillais sur Lo­gic (un lo­gi­ciel, ndlr), pour es­sayer d’ap­prendre son fonc­tion­ne­ment. J’ex­plo­rais les samples et j’ai trou­vé cette boucle de char­les­ton, que j’ai col­lée sur un beat. Cha chick cha bun tha smoth. » Il re­pro­duit les sons de per­cus­sion avec ses lèvres et son souffle. « Puis Tri­cky est ar­ri­vé et m’a de­man­dé ce que c’était. » Stewart s’as­soit aux cla­viers et se met à jouer quelques ac­cords sur la boucle de char­les­ton et de caisse claire. Il pro­gramme en­suite une ligne de basse. À ce mo­ment-là, Dream ar­rive à son tour au stu­dio, écoute la piste et le mot « um­brel­la » lui vient à l’es­prit. Il s’ins­talle dans la ca­bine d’en­re­gis­tre­ment, se met au mi­cro et chante « Un­der my um­brel­la ». Ins­pi­ré, il ajoute en­suite les échos – « el­la el­la el­la eh eh eh » – qui vont de­ve­nir le hook, si­gna­ture de la chan­son. « Um­brel­la » s’ap­pa­rente à un thème de quatre ac­cords construit au­tour de ce riff cen­tral joué sur une char­les­ton et une caisse claire, et sous-ten­du par une lourde basse hip-hop. Un cin­quième ac­cord, en si, ar­rive sur le pont. Avec une re­te­nue presque clas­sique, le fa­bu­leux hook du titre ne se dé­ploie pas avant la fin du pre­mier re­frain. Dans le stu­dio, les au­teurs ima­ginent un pont pour la chan­son – la plu­part des mor­ceaux ur­ban de l’époque en sont presque tous dé­pour­vus. En à peu près deux heures, la chan­son est ter­mi­née. Le brillant mo­dèle vo­cal éta­bli par The-dream sur la dé­mo pos­sède tous les élé­ments si­gna­ture de la chan­son, de la sa­veur ca­ri­béenne des « el­las » jus­qu’au dé­li­cieux hook conclu­sif : « Come in­to me ». Se­lon Har­rell, une fois le mor­ceau fi­ni : « On sa­vait que c’était spé­cial. Mais on ne sa­vait pas si c’était un tube. Per­sonne ne sait ça. » Tri­cky Stewart avait connu des hits, mais ja­mais d’énormes car­tons. La dif­fé­rence ? « Un hit, ce n’est ja­mais qu’un hit, ex­pli­quet-il, mais un gros car­ton va chan­ger ta vie. » Com­ment ? « Rien n’était plus pa­reil après ce mor­ceau, ex­plique son frère Mark. On avait de l’ex­pé­rience dans la créa­tion d’ar­ran­ge­ments mais pas dans la fa­bri­ca­tion de tubes. Sou­dain, toutes les grandes stars se sont mises à ap­pe­ler. Mais on sa­vait com­ment les sa­tis­faire : il suf­fi­sait de re­tour­ner à nos ha­bi­tudes de com­po­si­teurs de jingles. On était pré­pa­rés à ce type de pres­sion. Qu’il s’agisse de Beyon­cé ou de Bie­ber, on sa­vait com­ment pro­cé­der. » Avant qu’« Um­brel­la » ne de­vienne ce tube gi­gan­tesque, les Stewart vont d’abord devoir le pla­cer entre les mains d’une star. La plus grande ar­tiste qu’ils connaissent per­son­nel­le­ment est Brit­ney Spears. Tri­cky a co-écrit et pro­duit « Me Against the Mu­sic » pour elle. Quand « Um­brel­la » ar­rive, Spears est en train de tra­vailler sur son cin­quième al­bum, au titre fort à propos : Bla­ckout. Mike Stewart en­voie une co­pie de la dé­mo à Lar­ry Ru­dolph, son ma­na­ger, qui la trans­met à Jive, son la­bel. Jive ne re­tient pas la chan­son, es­ti­mant qu’ils ont dé­jà tout ce qu’il faut pour Bla­ckout. Dif­fi­cile de sa­voir si la dé­mo est ar­ri­vée jus­qu’à Brit­ney elle-même. (…) Après que Jive a re­fu­sé « Um­brel­la » pour Brit­ney, Stewart en­voie la dé­mo à L. A. Reid, qui la donne à Ri­han­na. Comme elle l’ex­plique : « Dès que la dé­mo a com­men­cé, j’ai trou­vé ça

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