Scott camp­bell gra­veur de mode

À qua­torze ans, il se fai­sait « en­crer » un crâne sur la jambe pour 25 dol­lars. Au­jourd’hui, le ta­toueur Scott Camp­bell grave le corps de Marc Ja­cobs et des­sine des sacs Louis Vuit­ton. Ren­contre à Brook­lyn avec un pur pro­duit de l’un­der­ground amé­ri­cain de

GQ (France) - - Portrait -

Par­mi les cé­lé­bri­tés qui se font ta­touer par Scott Camp­bell, le cou­tu­rier Marc Ja­cobs, ci-contre, en mai 2012.

Après le suc­cès, et l’ac­cou­tu­mance qu’il pro­duit, vient le ré­ajus­te­ment des am­bi­tions. « Quand ma fille est née, j’ai revu mes ob­jec­tifs, pas à la baisse, mais di­sons que j’ai chan­gé de bra­quet. Au­jourd’hui, j’es­saie d’igno­rer ce que peut pen­ser le pu­blic de mon tra­vail. À par­tir du mo­ment où moi j’aime ce que je fais, cette éner­gie ré­son­ne­ra dans le ré­sul­tat fi­nal. Ça a été une ré­vé­la­tion. C’est ve­nu d’un rêve que j’ai fait peu de temps avant la nais­sance de ma fille : j’al­lais mou­rir et je me de­man­dais ce qu’elle re­tien­drait de moi à tra­vers mes oeuvres. Et je me suis ré­veillé en m’écriant : “Je me fous de l’ar­gent, je me fous de tout, je veux juste faire en sorte qu’au­cune pièce mé­diocre ne sorte de mon ate­lier.” Je pré­fère être ins­pi­ré par ça plu­tôt que par mon comp­table ! » En tant que ta­toueur, Scott Camp­bell prend 500 dol­lars de l’heure. Il convient qu’il s’agit d’une grosse somme pour un pro­duit qui ne peut se re­vendre, mais il se contente de dire que c’est son gagne-pain. Ré­cem­ment, il a mon­té dans l’ate­lier new-yor­kais de Marc Ja­cobs un pro­jet in­ti­tu­lé Whole Glo­ry, un sa­lon de ta­touage qui re­prend le prin­cipe des glo­ry holes (ces trous dans les toi­lettes pu­bliques à tra­vers les­quels des hommes glissent leur sexe que des in­con­nus prennent « en charge » de l’autre cô­té du mur). Ici, les par­ti­ci­pants in­tro­duisent leur bras dans un trou, et Camp­bell les ta­toue sans connaître leur iden­ti­té. Très Ma­ri­na Abra­mo­vic dans l’es­prit. Comme beau­coup d’ar­tistes new-yor­kais à suc­cès, l’an­cien cor­rec­teur est en train de faire dé­mé­na­ger sa fa­mille à Los An­geles, où il va louer un im­mense ate­lier Down­town. « Quit­ter New York c’est comme quit­ter quel­qu’un que vous ai­mez mais qui vous fait du mal. Dé­sor­mais, j’ai le droit au so­leil, à un ga­rage et à une meilleure qua­li­té de vie. New York a fait beau­coup pour moi, j’y ai ren­con­tré plein de gens com­plè­te­ment dingues, et c’est quelque chose qui manque peut-être un peu à Los An­geles. Mais c’est de­ve­nu tel­le­ment cher de vivre là-bas pour un ar­tiste que je me suis fait une rai­son. » Camp­bell va sans doute réus­sir sur la côte Ouest. Il res­semble dé­jà à une rock star, et lors­qu’on le voit se pro­me­ner le long de San­ta Mo­ni­ca Beach, ou même dans les bois qui sur­plombent Palm Springs, on est convain­cu qu’il va s’adap­ter sans pro­blème. Même s’il de­vra faire at­ten­tion à ne pas trop ex­po­ser ses ta­touages au so­leil.

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