VIG­GO L’ A F F R A N C H I

Vig­go Mor­ten­sen, ré­vé­lé il y a quinze ans grâce Sei­gneur des anneaux, est tou­jours là où r ri i i r r r

GQ (France) - - Trip -

lignes. Pre­nez le Real, par exemple. Pour­quoi quel­qu’un qui a tou­jours pré­fé­ré vivre à l’écart d’hol­ly­wood sou­tient-il le club le plus puis­sant du monde ? « À la fin des an­nées 1970, je sé­jour­nais en Es­pagne, se sou­vient l’ac­teur, comme s’il y était. Je suis al­lé voir le Real au Ber­na­beu. Le stade était bien plus pe­tit, mais il y avait ce joueur in­croyable, Hen­ning Jen­sen. Il ve­nait de dé­bar­quer du Bo­rus­sia Mön­chen­glad­bach où il for­mait un duo d’at­ta­quants da­nois avec Al­lan Si­mon­sen. Je suis de­ve­nu supporter du Real. Si j’étais al­lé à Bar­ce­lone, ça au­rait été le Bar­ça. Si­mon­sen s’est d’ailleurs en­ga­gé là-bas quelques an­nées plus tard. » Comment com­prendre le par­cours sin­gu­lier de Mor­ten­sen, moins li­néaire que ce­lui d’autres stars de sa gé­né­ra­tion, si l’on ignore qu’il est ca­pable de dis­ser­ter sur la Bun­des­li­ga des an­nées 1970 ? Ima­gine-t-on un ins­tant George Cloo­ney re­tra­cer l’épo­pée des Verts ? Con­sul­te­rait-on Brad Pitt au su­jet des mé­rites res­pec­tifs du 4-4-2 et du 4-3-3 ? Né d’un père da­nois et d’une mère amé­ri­caine, Vig­go Mor­ten­sen a pas­sé une par­tie de son en­fance à Bue­nos Aires. C’est là qu’il de­vient un so­cio du club ba­sé dans le quar­tier de Flores. Il en est le supporter le plus cé­lèbre, avec le pape Fran­çois. Ce der­nier a dû ap­pré­cier que l’ac­teur fi­nance en par­tie la cha­pelle du club : « C’est un lieu de mé­di­ta­tion, plus qu’un truc re­li­gieux, nuance Mor­ten­sen. Toutes les con­fes­sions sont les bien­ve­nues. Et même celles des sup­por­ters de Bo­ca Ju­nior ! » Bo­ca Ju­nior est le ri­val his­to­rique de San Lo­ren­zo. D’après Thier­ry Fré­maux, di­rec­teur gé­né­ral du Fes­ti­val de Cannes, Vig­go au­rait un jour chan­gé de trot­toir sur la Croi­sette pour évi­ter Ma­ra­do­na, idole de Bo­ca. Quand on le rap­pelle à Mor­ten­sen, il sou­rit, fa­çon d’en­tre­te­nir le mythe. En ce dé­but d’été, il porte un T-shirt à l’ef­fi­gie de San Lo­ren­zo. Le genre de truc qui d’or­di- Mor­ten­sen a les idées aus­si claires que ses yeux. Il s’ex­prime de ma­nière lim­pide, en an­glais bien-sûr, mais aus­si en fran­çais. Dif­fi­cile de le suivre à ce jeu-là d’ailleurs, puis­qu’il maî­trise aus­si l’es­pa­gnol et le da­nois et se dé­brouille en ita­lien. Ce don pour les langues lui a per­mis de tour­ner sur tous les conti­nents, ou presque. Ces der­nières an­nées, on l’a vu en co­lon da­nois per­du dans la pam­pa ar­gen­tine ( Jau­ja). En ins­ti­tu­teur fran­çais en pleine guerre d’al­gé­rie (Loin des hommes). En Amé­ri­cain om­bra­geux en go­guette en Grèce (The Two Faces of Ja­nua­ry). En homme de main russe dans le mi­lieu lon­do­nien (Les Pro­messes de l’ombre)… Mor­ten­sen est un ex­plo­ra­teur. Un Fes­ti­val de Cannes à lui tout seul. Comme Ben, le père hé­roïque d’une fra­trie de six en­fants qu’il in­carne dans Cap­tain Fan­tas­tic, il aime ar­pen­ter les marges. Ben a choi­si d’éle­ver sa pro­gé­ni­ture loin des ex­cès de la so­cié­té oc­ci­den­tale. Éta­bli à flanc de mon­tagne, dans des bois somp­tueux mais hos­tiles, il leur as­sène un en­traî­ne­ment pa­ra­mi­li­taire quo­ti­dien et les ini­tie à la pen­sée cri­tique sous le par­rai­nage ra­di­cal de Noam Chom­sky. Barbe hip­pie/hips­ter et cer­veau en ébul­li­tion, il colle à l’image vé­hi­cu­lée par son in­ter­prète. Celle d’un ac­teur à qui l’in­dus­trie a ou­vert grand les portes après le triomphe de la tri­lo­gie Le Sei­gneur des anneaux au tour­nant des an­nées 2000 (près de 3 mil­liards de dol­lars au box of­fice, 17 Os­cars) et qui a pré­fé­ré prendre le temps de lan­cer Per­ce­val Press, une mai­son d’édi­tion in­dé­pen­dante : « Je suis as­sez ad­mi­ra­tif du tra­vail ac­com­pli par Pe­ter Jack­son sur la pre­mière tri­lo­gie du Sei­gneur des anneaux et je lui se­rai tou­jours re­con­nais­sant de m’avoir fait confiance », confie l’ac­teur. Pour­quoi alors avoir re­fu­sé de re­prendre le rôle dans Le Hob­bit ? « Je n’ai pas re­fu­sé, cor­rige-t-il. Un pro­duc­teur m’a de­man­dé : “Vou­drais-tu être dans Le Hob­bit ?” Je lui ai ré­pon­du : “Mon per- son­nage n’est pas dans le livre.” Je pense qu’il ne l’avait pas lu, mais il a dit qu’ils al­laient faire un pont entre les deux oeuvres. Ils ont bien in­tro­duit des per­son­nages du Sei­gneur, mais je n’ai plus ja­mais eu de nou­velles. » Vig­go Mor­ten­sen n’a pas l’air trau­ma­ti­sé par ce ren­dez-vous man­qué. Il semble as­sez loin des consi­dé­ra­tions d’ego et de gros sous qui

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