Pas em­bal­lé par Hilla­ry

GQ (France) - - Cover Story -

Dans ce tour­billon créatif, son ac­com­plis­se­ment ma­jeur de­meure sa col­la­bo­ra­tion avec Da­vid Cro­nen­berg pour trois films éblouis­sants. En­semble, ils forment un tan­dem digne de Jen­sen et Si­mon­sen à Mön­chen­glad­bach. Du choc pro­vo­qué par le thriller do­mes­tique His­to­ry of Vio­lence (2005), au clas­si­cisme dé­viant de A Dan­ge­rous Me­thod (2011), en pas­sant par le po­lar ma­fieux Les Pro­messes de l’ombre (qui vaut à l’ac­teur sa pre­mière no­mi­na­tion aux Os­cars en 2008), Vig­go Mor­ten­sen per­met en quelques an­nées au gé­nial réa­li­sa­teur ca­na­dien de se réinventer to­ta­le­ment. Pen­dant une dé­cen­nie, les ob­ses­sions tor­dues du ci­néaste pas­se­ront par le corps af­fû­té de l’ac­teur. Au tra­vers d’une scène de sexe bes­tiale dans His­to­ry of Vio­lence (avec l’épa­tante Ma­ria Bel­lo) et d’une bas­ton nu­diste au ham­mam dans Les Pro­messes de l’ombre, Mor­ten­sen gagne en re­tour un nombre in­cal­cu­lable d’ad­mi­ra­trices. De l’aven­ture avec Da­vid Cro­nen­berg naî­tra une ami­tié so­lide qu’il com­mente pu­di­que­ment, comme s’il res­sor­tait des élé­ments de lan­gage de dos­sier de presse – « un réa­li­sa­teur in­tel­li­gent, un homme bien » –

: avant de se dé­voi­ler un peu plus : « J’ado­re­rais re­tra­vailler avec lui, mais il se consacre à l’écri­ture de ro­mans et ça le rend heu­reux. J’es­père qu’il re­vien­dra. Cro­nen­berg qui ne fait plus de films, c’est comme Mes­si qui quitte la sé­lec­tion

@ ar­gen­tine. » Mor­ten­sen a l’air sin­cè­re­ment dé­mu­ni. Grâce au réa­li­sa­teur de Vi­deo­drome, il a at­teint un idéal de jeu ins­tinc­tif et sa­vant, qu’il a un temps pei­né à re­trou­ver, telle une créa­ture aban­don­née par son maître. Jus­qu’à Jau­ja

: peut-être, sorte de wes­tern gau­cho ab­surde, où il dé­ve­loppe en plus un co­mique pince-sans- rire in­édit. Jus­qu’à ce Cap­tain Fan­tas­tic, aus­si, qui, sous ses airs de pro­duit in­dé ma­nu­fac­tu­ré

@ pour Sun­dance (le film évoque par cer­tains as­pects Lit­tle Miss Sun­shine), cache des as­pé­ri­tés qui doivent énor­mé­ment à son hé­ros : « Le film parle en creux d’un mo­ment his­to­rique dans la so­cié­té amé­ri­caine. On as­siste à une po­la­ri­sa­tion et une ra­di­ca­li­sa­tion de la po­li­tique et des conflits en gé­né­ral, dont mon per­son­nage est un écho. » Cap­tain Fan­tas­tic est sor­ti cet été aux ÉtatsU­nis, quelques jours avant le dé­but de la conven­tion ré­pu­bli­caine. Mor­ten­sen marche lui pour les Dé­mo­crates et sou­te­nait Ber­nie San­ders pen­dant la pri­maire. La pers­pec­tive de se ra­battre sur Hilla­ry Clin­ton ne le réjouit pas : « Elle ne m’em­balle pas beau­coup plus que Do­nald Trump… Je la trouve as­sez mal­hon­nête et trop proche des prin­ci­paux in­té­rêts fi­nan­ciers. Glo­ba­le­ment c’est une sai­son po­li­tique dé­ce­vante. » « Sai­son », on ju­re­rait que Vig­go parle sport à nou­veau. À Ma­drid, où il vit l’es­sen­tiel de l’an­née, il au­ra tout le re­cul né­ces­saire pour suivre la pré­si­den­tielle amé­ri­caine cet au­tomne. Et si elle tourne mal, il pour­ra se conso­ler au Ber­na­béu, où Zi­ne­dine Zi­dane en­tame sa deuxième « sai­son » en tant qu’en­traî­neur : « Cer­tains disent qu’il a eu de la chance en rem­por­tant la Ligue des cham­pions dès son ar­ri­vée sur le banc, ana­lyse Mor­ten­sen. Mais il a quand même réus­si à trou­ver une al­chi­mie dans l’équipe, ce qui n’était pas ga­gné. » Et l’ac­teur de dé­rou­ler, tel un consul­tant du « Ca­nal Foot­ball Club » : « Le pré­sident du Real n’au­rait pas dû vi­rer Bení­tez, son pré­dé­ces­seur, ni An­ce­lot­ti avant. Pe­rez est aus­si dé­tes­table que Blat­ter. Il ne connaît rien au foot­ball et ne crée que des pro­blèmes… Au fait, tu sup­portes quel club toi ? » Pierre Mé­nès, sors de ce corps !

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