FLUIDE FA­CIAL

Trop ta­boue, trop por­no... la « fa­ciale » né­ces­site di­plo­ma­tie et fi­nesse. Par­lez, avant de dé­gai­ner.

GQ (France) - - Action -

Oh, je sais, je sais. Vous rê­vez de vous ré­pandre, d’en mettre par­tout, quand Le Doc vous di­sait « ce n’est pas sale » sur Fun Ra­dio, vous rê­viez que ça le de­vienne. Vous vou­driez re­dé­co­rer la pièce, et plus en­core le vi­sage de votre amante. Sauf que la fa­ciale, pour dire son nom, a mau­vaise ré­pu­ta­tion. Et pas seule­ment parce qu’elle nous ar­rive di­rec­te­ment du por­no. Met­tez-vous à la place de votre par­te­naire. Blonde, brune, rousse, elle est la plus belle femme du monde. Vous l’avez ra­me­née dans votre antre – triomphe, lau­riers, gloire et beau­té. La voi­ci dans le feu de l’ac­tion, plus pré­ci­sé­ment dans la fu­sion des corps et des res­pi­ra­tions. L’amou­reuse es­ca­lade dou­ce­ment les ri­deaux. Vous te­nez le rythme (cham­pion !), vous vous per­dez un peu, elle dé­colle. Et d’un coup, ma­lan­drin, vous quit­tez la zone de com­bat pour lui agi­ter votre ma­chin sous le nez. L’amante est sur­prise. Pour 14 % d’entre les femmes qui aiment (les chiffres viennent di­rec­te­ment de la ru­brique « Sexac­tu » sur Gq­ma­ga­zine.fr, donc de vos co­pines), 20 % abhorrent, les autres se demandent quel est l’in­té­rêt, mais peuvent être convain­cues. Mais re­ve­nons à votre amante. Le slo­gan « vu sur In­ter­net » et plus pré­ci­sé­ment « sur You­porn » passe en sur­im­pres­sion de­vant ses yeux.

VOUS ÉVI­DEM­MENT, qui êtes un homme po­li, bien éle­vé (au beurre et au por­no), vous de­man­dez la per­mis­sion de ve­nir, là, et que votre par­te­naire soit aux pre­mières loges. Un ange passe. On at­tend, on re­garde, on se demande quelle pose prendre : après tout, si la fa­ciale est un code por­no­gra­phique, ne fau­drait-il pas se mettre à geindre, à re­gar­der la ca­mé­ra ? Mais quelle ca­mé­ra ? Pour­quoi avez-vous quit­té la cha­leur de notre in­té­rieur cuir, bien moel­leux, bien ré­ac­tif, pour nous pri­ver de notre sex-toy pré­fé­ré ( je parle de la meilleure part des hommes) ? Il y a for­cé­ment une rai­son. Mais s’agit-il de dé­co­rer ou de dé­fi­gu­rer ? Est-ce une of­frande mys­tique ou une cruelle plai­san­te­rie ? Com­pre­nez-nous. Du point de vue stric­te­ment sym­bo­lique, je­ter n’im­porte quoi au vi­sage d’une autre per­sonne at­tire la sus­pi­cion. Vous ne cra­che­riez pro­ba­ble­ment pas sur votre amante. Vous uri­nez ra­re­ment sur vos col­lègues. Même un verre d’eau, je­té au vi­sage, se trans­forme en in­sulte. Cette im­pul­sion ra­conte quelque chose de votre ima­gi­naire éro­tique, et d’où vous al­lez vous ins­pi­rer. Êtes-vous un en­fant qui se sa­tis­fait de di­ri­ger son jet (d’éteindre le feu du dé­sir, comme le sug­gèrent les psy­cha­na­lystes) ? Un ado qui marque son ter­ri­toire ? Un jeune adulte qui veut tes­ter ce fan­tasme-là ? Un homme ma­ture qui s’offre ain­si dans la vé­ri­té la plus es­sen­tielle de son plai­sir ? On ne sait pas. Voi­là pour­quoi vous de­vez « dire » ce dé­sir : parce qu’en gar­dant le si­lence, vous nous pla­cez dans le doute, les fesses aban­don­nées, le cul entre les deux chaises – sommes-nous in­sul­tées ou ado­rées ? Or, nous pou­vons en­tendre, et nous pou­vons com­prendre. Il suf­fit d’une phrase. La vôtre. « C’est pour toi. » Ou peut-être tout sim­ple­ment : « ça m’ex­cite ». Ras­su­rez­vous, nous avons les idées larges. On nous a fait la même avec la fel­la­tion, cen­sée nous hu­mi­lier. Mais à l’ar­ri­vée, c’est nous qui avons les dents. Bien sûr, notre culture aime les sym­bo­liques cou­sues de fil blanc. Sur­tout pour éta­blir des de­grés de mo­ra­li­té. Mais nous ne sommes pas nées de la der­nière pluie. La fa­ciale peut trans­cen­der sa mau­vaise ré­pu­ta­tion, de même qu’un bai­ser peut être dé­gra­dant, ou que la plus lé­gère des ca­resses peut si­gni­fier le mé­pris. Alors par­lez, dites-nous tout, ou­vrez la bouche : peut-être ou­vri­rons-nous la nôtre.

MAÏA MAZAURETTE fait ac­tuel­le­ment es­cale à Brook­lyn. Re­trou­vez son blog sur gq­ma­ga­zine.fr/sexac­tu. Elle a pu­blié La Cou­reuse (Ke­ro, 2012) et Belle toute crue ! (Ma­ra­bout, 2016).

par MAÏA M A Z AUR E T T E

Chaque mois, notre sex­perte ana­lyse et com­mente les pra­tiques char­nelles de ses amis les hommes. H A P P Y EN­DING

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