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Avec ses sa­rouels et sa dé­marche de tor­tue, per­sonne ne l’a vu ve­nir. Il n’au­ra pour­tant fal­lu que deux ans à Fa­ry pour prou­ver que l’hu­mo­riste le plus sty­lé était aus­si le plus drôle.

GQ (France) - - La Une -

e tous les hu­mo­ristes cou­ron­nés par GQ

en six ans ( Kyan Kho­jan­di, Le Comte de Bou­der­ba­la, Alex Lutz, Sté­phane De Groodt et Nor­man), Fa­ry est ce­lui qui te­nait le plus à ce prix : « Je ne sais pas si vous réa­li­sez à quel point c’est im­por­tant pour moi. C’est un clas­se­ment que je suis, et si je ne me dis­perse pas dans le ci­né ou les sé­ries, c’est aus­si pour de­ve­nir quel­qu’un qui compte dans l’hu­mour fran­çais », nous confie-t-il au saut du lit, à… 16 heures. L’his­toire d’amour entre l’hu­mo­riste couche-tard et GQ a com­men­cé en 2014, dans ce même ca­fé en face du PointVir­gule. Char­mé par le style « goth nin­ja » de cet ov­ni en­core in­con­nu – il dé­bu­tait dans le stand-up –, on l’avait ren­con­tré pour un por­trait orien­té « sape », sans ima­gi­ner qu’il de­vien­drait deux ans plus tard la sen­sa­tion de l’hu­mour fran­çais (il a de­puis rem­pli pen­dant deux ans Le Point-vir­gule – un re­cord – et s’est of­fert quatre fois de suite Le Théâtre du Châ­te­let, 1 500 places). Pour ex­pli­quer cette as­cen­sion, le jeune homme de 25 ans, ori­gi­naire de Saint-maur-des-fos­sés où il vit en­core avec sa mère, ve­nue du Cap Vert, et son pe­tit frère, évoque une « bonne maî­trise des ré­seaux so­ciaux », qui lui au­rait per­mis de « par­ta­ger au plus grand nombre l’un de [ses] sketchs phares, le leg­ging ». La vé­ri­table rai­son de ce suc­cès se­rait plu­tôt à cher­cher du cô­té de la scène, où il dé­livre ses vannes avec une élé­gance dingue, ai­dé par un phra­sé et une dic­tion très dan­dy ja­mais vus dans le stand-up. Cet uni­vers à la fois éner­vé et dé­li­cat qui le si­tue quelque part entre Tho­mas N’gi­jol et Gas­pard Proust, a vite trou­vé ses fans. « J’ai com­pris qu’un hu­mo­riste, ce n’était pas juste un mec qui hurle des blagues. C’est aus­si quel­qu’un qui pose des ques­tions, in­ter­roge la so­cié­té. C’est peut-être pour ça que je joue dé­sor­mais de­vant des types qui écoutent du bon gros rap, mais aus­si France In­ter. » Le bouche-à-oreille était tel que Laurent Ru­quier, qui com­men­çait à déses­pé­rer de trou­ver un bon co­mique dans « On n’est pas cou­ché » ( Jé­ré­my Fer­ra­ri, Ar­naud Tsa­mère, Do­nel Jacks­man et même Bé­ren­gère Krief n’ont rien pu faire), l’a ap­pe­lé pen­dant le der­nier Fes­ti­val de Cannes. Stres­sé comme ja­mais, Fa­ry a dé­zin­gué le fes­ti­val (« Tout à Cannes est vrai, sauf les poi­trines et les che- sur­réa­liste avec l’ac­teur Jean Ben­gui­gui, qui l’ac­cu­sait d’avoir ra­me­né ses co­pains dans le pu­blic pour chauf­fer l’am­biance, juste parce qu’ils étaient... noirs. « Ça m’a presque dé­goû­té de la scène », nous confie-t-il. Sui­vront deux an­nées de lose, dont quelques mois pas­sés au cours Florent. Alors, quand il ar­rive sur le pla­teau pour sa pre­mière dans « ONPC », l’émo­tion est évi­dem­ment à son comble : « Je pen­sais vrai­ment ve­nir en mode re­van­chard, du genre “Vous m’avez pris pour un pe­tit, et voi­là que je re­viens par la grande porte.” Mais en fait non, j’étais juste heu­reux… ». Son pas­sage dans le talk-show l’a pro­pul­sé dans une nou­velle di­men­sion. Mais la suite, Fa­ry la voit plu­tôt sur scène et seule­ment sur scène (hor­mis « ONPC »), en­tou­ré des mêmes « part­ners » : Jean-marc Du­mon­tet à la pro­duc­tion, Ka­der Aoun à la mise en scène et Ja­son Bro­ckers à l’écri­ture. Avec un deuxième spec­tacle « idéa­le­ment plus drôle », qu’il conti­nue­rait de jouer dans des salles à taille hu­maine : « Au-des­sus de mille places, je crois que ce n’est pas notre mé­tier. Faire un Zé­nith de 5 000 places, c’est un truc d’égoïste. Tu sais que le mec au fond ne kiffe pas. En plus moi je ne parle pas très fort… » Et la mode dans tout ça ? « Il va fal­loir que je fasse mes fringues moi­même si je veux m’ha­biller comme je veux… », sou­pire-t-il, dé­pi­té de ne pas avoir trou­vé de « che­mise longue ka­ki » à moins de 700 eu­ros pour sa pre­mière à la té­lé. « Pour­tant, je n’ai pas non plus un style si com­pli­qué que ça. Je suis juste un pe­tit peu plus proche D’A$AP Ro­cky et will.i.am post Black Eyed Peas que des autres hu­mo­ristes… » Un dé­tail qui, étran­ge­ment, nous ar­range beau­coup. _ THIBAUD MICHALET

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