L’es­thète d’af­fiche

Louis Gar­rel Ja­mais au creux de la (nou­velle) vague, Louis Gar­rel s’est illus­tré, cette an­née, dans Mal de Pierres et Pla­ne­ta­rium. En 2017, il in­car­ne­ra Jean-luc Go­dard dans Le Re­dou­table de Mi­chel Ha­za­na­vi­cius. Ren­contre avec un ac­teur dé­li­cat, aé­rien (e

GQ (France) - - Go -

Je suis coin­cé. On fait des gros plans et, connais­sant Mi­chel, il y en a bien pour deux heures. » L’his­toire de notre ren­contre avec Louis Gar­rel, 33 ans, c’est d’abord celle d’un bon vieux la­pin. Alors qu’on l’at­tend un ven­dre­di soir pour le pho­to­gra­phier dans un stu­dio non loin d’opé­ra, l’ac­teur est re­te­nu aux Ba­ti­gnolles sur le pla­teau du Re­dou­table, le pro­chain film de Mi­chel Ha­za­na­vi­cius dans le­quel il joue un Jean-luc Go­dard trans­cen­dé par le dé­fer­le­ment maoïste de 1968. « Le plus con des Suisses pro-chi­nois », pou­vait-on alors lire sur les murs de Pa­ris à l’ini­tia­tive de ma­li­cieux si­tua­tion­nistes, pas convain­cus par l’en­ga­ge­ment d’un réa­li­sa­teur de bonne fa­mille, à l’ori­gine plu­tôt as­so­cié à un dan­dysme droi­tier. Pas­sa­ble­ment ir­ri­té par le no-show de l’ac­teur, on ima­gine à notre tour des slo­gans hos­tiles. Mais ce genre de contre­temps a aus­si des avan­tages. On est ain­si agréa­ble­ment sur­pris quand Gar­rel ar­rive à l’heure place de la Bas­tille, où la séance pho­to a été re­pro­gram­mée une se­maine plus tard, per­ché sur un élé­gant vé­lo mo­to­ri­sé. Dra­pé dans un trench sombre et cou­vert d’un cha­peau ca­chant une ton­sure dia­bo­lique des­ti­née à le gri­mer en JLG qua­dra, Gar­rel est chic comme Yves Mon­tand dans les films de Claude Sau­tet (qu’il adore). Il est beau, tout sim­ple­ment. Son re­gard noir et son pro­fil aqui­lin lui confèrent une dé­gaine va­gue­ment aris­to – même si cette aris­to­cra­tie est d’abord une no­blesse ar­tis­tique. Son père est un des plus grands ci­néastes fran­çais vi­vants (de­man­dez à James Fran­co), sa mère, Bri­gitte Sy, est ac­trice et réa­li­sa­trice. Son grand-père, Mau­rice Gar­rel, était un grand co­mé­dien au théâtre comme au ci­né­ma. De cette en­fance dans l’art, Gar­rel a ti­ré une as­su­rance cer­taine. Un truc d’ordre mu­si­cal. Il parle vite, an­ti­cipe les ques­tions ou coupe la pa­role, mais ja­mais bru­ta­le­ment. Il connaît son su­jet. « C’est mon troi­sième film sur Mai 68 », s’amuse l’ac­teur au su­jet du tour­nage qui doit le conduire à Rome le len­de­main. Ce­lui qui a par­fois été com­pa­ré à Jean-pierre Léaud a-t-il peur de s’être en­fer­mé dans un re­gistre ? « Pas du tout. Ces trois films sont très dif­fé­rents. Et puis c’est le lot de nom­breux ac­teurs. Com­bien Brad Pitt a-t-il fait de films sur la Se­conde Guerre mon­diale ? »

UN AIR DE RÉVOLTE On n’avait pas vrai­ment son­gé à l’ex d’an­ge­li­na sous cet angle, mais Gar­rel, lui, a sans doute mieux que qui­conque per­son­ni­fié un ima­gi­naire lié aux six­ties et à leur mo­der­ni­té ci­né­ma­to­gra­phique. Ça vaut pour Drea­mers de Ber­nar­do Ber­to­luc­ci (2003) où il re­joue les scènes my­thiques de Bande à part de Go­dard, dé­jà, alors que les rues pa­ri­siennes s’em­brasent, comme pour les films de Ch­ris­tophe Ho­no­ré (Les Chan­sons d’amour, Dans Pa­ris…), si­tués à notre époque mais im­bi­bés de ré­fé­rences à la Nou­velle Vague. « Si je suis as­so­cié à cette pé­riode, c’est peut-être avant tout parce que j’en ai beau­coup par­lé à une époque, cor­rige l’ac­teur. Quant à Mai 68, c’était une ré­fé­rence ab­so­lue pour un cer­tain nombre de jeunes gens au ly­cée. » L’ex-élève de Fé­ne­lon dans le 6e ar­ron­dis­se­ment de la ca­pi­tale n’a pas l’air par­ti­cu­liè­re­ment af­fec­té par cet hé­ri­tage en­com­brant : « C’est une ma­nière de me mettre dans une case. On n’aime pas le désordre, donc on range. » Il au­rait même

« Ce­la ne m’étonne pas vrai­ment. » Voix grave, ton mo­no­corde, Quen­tin San­nié, 54 ans, pa­raît peu sen­sible au prix dé­cer­né par GQ à De­via­let. Ré­pu­té pour sa mo­des­tie, le CEO de la marque fran­çaise fon­dée avec le scien­ti­fique Pierre-em­ma­nuel Cal­mel et le de­si­gner Em­ma­nuel Nar­din (son cou­sin) en 2007 se­rai­til bla­sé ? « Il n’y a au­cune va­ni­té dans mes pro­pos, cer­ti­fie-t-il. Je suis heu­reux. Mais De­via­let nous ap­porte tant de choses in­croyables, les “bé­né­fices col­la­té­raux” comme je les ap­pelle. Tout se passe comme nous l’avions pla­ni­fié il y a 10 ans. C’est presque un gag ! » De­puis son ar­ri­vée sur le mar­ché, De­via­let ba­laie les cer­ti­tudes de la hi-fi. Plus que le de­si­gn épu­ré et la sim­pli­ci­té d’uti­li­sa­tion de ses am­plis et en­ceintes haut de gamme, c’est la tech­no­lo­gie Ana­log Di­gi­tal Hy­brid in­ven­tée par Pier­reEm­ma­nuel Cal­mel qui fait de De­via­let une marque unique. « Nous of­frons le meilleur son du monde », as­sure Quen­tin San­nié. Rien que ça ? « Si le si­gnal am­pli­fié a les mêmes ca­rac­té­ris­tiques que ce­lui d’ori­gine ou est ce­lui qui s’en ap­proche le plus, tu es le meilleur, ex­plique-t-il à GQ. Ce­la se me­sure : la dis­tor­sion, le rap­port si­gnal-bruit, l’in­ter­mo­du­la­tion… Nos per­for­mances sont 10 à 1 000 fois su­pé­rieures que les meilleurs sys­tèmes exis­tants dans cha­cun des do­maines. Nous sommes donc les meilleurs. » Vi­sion­naire (fou ?), il as­su­rait à ses as­so­ciés en 2007, après la pre­mière écoute du pro­to­type, que De­via­let de­vien­drait le lea­der mon­dial du son. Neuf ans plus tard, les am­plis mi­roir D-pre­mier en alu­mi­nium po­li sor­tis en 2011 et les en­ceintes blanches la­quées Phan­tom com­mer­cia­li­sées de­puis 2015 font l’una­ni­mi­té au­près des mé­lo­manes comme des pro­fes­sion­nels du son. Chez De­via­let, Quen­tin San­nié a ef­fec­tué des le­vées de fonds ci­blées sur des in­ves­tis­seurs de re­nom (Xa­vier Niel, Pierre-an­toine Gran­jon, Marc Si­mon­ci­ni et Ber­nard Ar­nault ont in­ves­ti 15 mil­lions d’eu­ros en 2012 puis 25 mil­lions en 2015), l’en­tre­prise gran­dit : crois­sance en hausse de 15 % chaque mois, chiffre d’af­faires de 66 mil­lions d’eu­ros en 2016 contre 33,5 mil­lions en 2015, ef­fec­tif de 250 sa­la­riés contre 12 en 2012... Et Jay Z est de­puis cet été ac­tion­naire de De­via­let ! « C’est un pe­tit truc, pré­cise Quen­tin Sian­né. Son cô­té gosse de la rue qui s’est fait lui-même m’in­té­res­sait. » Il ne lui a pas non plus échap­pé que ce people pla­né­taire aug­men­te­rait la no­to­rié­té de la marque. Comme la mise en vente des en­ceintes Phan­tom dans les Apple Store du monde en­tier ac­tée dé­but 2016. « Avec Apple, c’est une vieille his­toire, sou­rit Quen­tin San­nié. Lorsque j’ai vu le pre­mier Ma­cin­tosh en 1984, c’était le truc le plus ex­tra­or­di­naire de­puis l’in­ven­tion de l’élec­tri­ci­té ! Le monde avait chan­gé, je vou­lais en faire par­tie. » Il était alors étu­diant à Dau­phine, sur le point de mon­ter sa pre­mière boîte, avec l’ob­jec­tif de créer plus tard un vrai pro­jet in­dus­triel. « Je n’ima­gi­nais pas que ce se­rait De­via­let et que ce­la se pas­se­rait ain­si. Et nous ne sommes qu’à 10 % du che­min… » En toute mo­des­tie. _ JÉ­RÉ­MY PA­TRELLE

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