Sobres comme des Bre­tons

Er­wan & Ro­nan Bou­roul­lec C’est le duo in­con­tour­nable du de­si­gn fran­çais. Cette an­née, les fran­gins prouvent leur gé­nie avec des créa­tions aus­si hé­té­ro­clites qu’un té­lé­vi­seur, un ca­na­pé ou un... store à rou­leaux. Sim­ple­ment beau.

GQ (France) - - Go -

Ils sont frères, bre­tons, pa­ri­siens, qua­dras et tra­vaillent en bi­nôme de­puis près de vingt ans pour les plus grands édi­teurs de de­si­gn in­ter­na­tio­naux. Des chaises aux bu­reaux en pas­sant par les mi­croar­chi­tec­tures, Ro­nan, 45 ans, et Er­wan Bou­roul­lec, 40 ans, dis­til­lent un de­si­gn exi­geant, mi­ni­mal et sen­sible. Pour l’un comme pour l’autre, l’étin­celle vient du des­sin. « En­fants, nous avons fait du des­sin comme nous au­rions pu faire du foot », pré­cise Er­wan. Un choix d’ac­ti­vi­té ex­tra-sco­laire qui s’avère dé­ter­mi­nant. Res­pec­ti­ve­ment di­plô­més de l’école na­tio­nale su­pé­rieure des arts dé­co­ra­tifs de Pa­ris et de l’école na­tio­nale su­pé­rieure d’arts de Cer­gyPon­toise, Ro­nan et Er­wan Bou­roul­lec sont vite re­pé­rés par de grandes marques : Cap­pe­li­ni, Ma­gis, Vi­tra, mais aus­si Di­dier Kr­zen­tows­ki, di­rec­teur et fon­da­teur de la ga­le­rie Kreo, no­tam­ment grâce à leur Lit Clos (1997), une in­ter­pré­ta­tion contem­po­raine du lit bre­ton : « J’ai été sé­duit par cette pro­po­si­tion, l’idée de ré-ar­chi­tec­tu­rer l’in­té­rieur des mai­sons était très neuve à l’époque, ils ap­por­taient quelque chose de vrai­ment nou­veau. » Au fil des pro­jets, ils in­ventent une écri­ture très iden­ti­fiable, pré­cise, ra­di­cale et poé­tique, avec pour fil conduc­teur l’hu­main, son confort et son bien-être. Dans la conti­nui­té du Lit Clos, l’ins­tal­la­tion « Quiet in Mo­tion » pour BMW pré­sen­tée à Mi­lan en 2013 per­met­tait aux vi­si­teurs de faire une pause ins­tal­lés dans une sorte de car­rou­sel bor­dé de bandes de tis­sus et plus ré­cem­ment Le Kiosque en sont de par­faites illus­tra­tions. « C’est une ma­nière de sa­vou­rer l’en­vi­ron­ne­ment dans le­quel on se trouve. Au tra­vail ou dans la ville, on a be­soin de mo­ments de re­trait, ça per­met de fo­ca­li­ser son es­prit et de li­bé­rer le re­gard. On ima­gine des murs comme des feuillages, au tra­vers des­quels on peut voir », ex­pliquent les frères. L’his­toire des Bou­roul­lec s’écrit avec les in­dus­triels avec les­quels ils en­tre­tiennent, en France, en Ita­lie ou au Da­ne­mark, des liens pri­vi­lé­giés, par­ta­geant une même pas­sion pour la tech­no­lo­gie de pointe. Par prag­ma­tisme, ils pré­fèrent être sé­lec­tifs dans leurs choix de pro­jets « notre stu­dio se com­pose d’une di­zaine de per­sonnes, on veut avoir du temps, conser­ver notre in­dé­pen­dance. On veut faire peu mais très bien », ex­pliquent-ils. « La beau­té, c’est la très bonne construc­tion », pour­suit Er­wan, dé­ci­dé­ment le plus di­sert des deux. La dis­cré­tion est une autre par­ti­cu­la­ri­té de ces anti-stars. Con­trai­re­ment à Phi­lippe Starck ou Ora Ito, ils semblent n’avoir au­cune stra­té­gie de com­mu­ni­ca­tion. Ils as­sument plei­ne­ment leur cô­té jus­qu’au­bou­tiste dans la re­cherche, leur dé­sir de pré­ci­sion pour ar­ri­ver à réa­li­ser un pro­jet. À une époque où il est dif­fi­cile de faire le tri dans la pro­fu­sion des ob­jets dits « de­si­gn », leurs créa­tions sont ras­su­rantes, la tech­nique de fa­bri­ca­tion tou­jours exem­plaire et leurs lignes sobres tra­versent les modes. On adhère au de­si­gn « bien fait » des Bou­roul­lec : juste, beau et utile, donc in­con­tour­nable. Et tel­le­ment GQ !_ MA­RIE FAR­MAN

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