The Young Pope

Em­ma­nuel Ma­cron Cette an­née, Em­ma­nuel Ma­cron, 39 ans en dé­cembre, a bri­sé les lignes du jeu po­li­tique et quit­té le gou­ver­ne­ment pour fon­der son mou­ve­ment En Marche ! Et il pour­rait an­non­cer sa can­di­da­ture au mo­ment où vous li­sez ces lignes. Mais jus­qu’où

GQ (France) - - La Une -

L’an­née 2016 s’achève dans un tour­billon po­li­tique, une lé­gion d’in­cer­ti­tudes et une évi­dence : Em­ma­nuel Ma­cron fait bou­ger, voire ex­plo­ser, les lignes. Feu de paille ou nais­sance d’un des­tin, per­sonne ne peut le pré­dire, mais un homme po­li­tique ja­mais élu, qui a gran­di à gauche, ca­pable de pi­quer des voix à Sar­ko­zy, Jup­pé ou Bay­rou oc­cupe for­cé­ment une place à part. Ar­chi­cons­cient de son po­ten­tiel, Em­ma­nuel Ma­cron aime se faire dé­si­rer. Il faut de l’opi­niâ­tre­té pour ap­pro­cher le fon­da­teur d’en Marche ! Se sa­tis­faire d’un sou­rire et d’un « Mer­ci » tout en contrôle lors­qu’on lui ap­prend, dans une ano­nyme salle de réunion d’un hô­tel bruxel­lois, le choix de la ré­dac­tion et des lec­teurs de GQ, dont bon nombre ap­par­tiennent à la même gé­né­ra­tion tren­te­naire. Son âge, on l’ou­blie­rait presque tant il a dé­jà beau­coup vé­cu. Em­ma­nuel Ma­cron le sait : la maî­trise du temps est un de ses atouts, avant l’af­fron­te­ment avec le réel. Il at­tend son heure et l’iden­ti­té de ses ad­ver­saires. L’an­nonce de sa – très pro­bable – can­di­da­ture à la pré­si­den­tielle de mai 2017, long­temps pro­gram­mée pour « no­vembre-dé­cembre », de­vrait plu­tôt in­ter­ve­nir en « dé­cembre-jan­vier ». Peut-être pour ses 39 ans qu’il fê­te­ra le 21 dé­cembre ? Pour évi­ter la pres­sion, le har­cè­le­ment de la presse et de l’opi­nion, pour fuir cette im­pres­sion « de fré­né­sie, d’étouf­fe­ment de la vie po­li­tique », se­lon les mots d’un de ses proches, Em­ma­nuel Ma­cron a tra­ver­sé cet au­tomne à son rythme : pas ba­vard sans res­ter to­ta­le­ment si­len­cieux, tou­jours en li­sière des po­lé­miques, dis­cret sans être in­vi­sible. Lais­ser les autres se pré­ci­pi­ter, « ra­fa­ler » leurs pro­po­si­tions, vi­der la bai­gnoire po­li­tique : c’est le pa­ri de Ma­cron. Et ça marche pas mal : exis­ter et par­ler pour ne pas an­non­cer grand-chose lui suf­fisent pour af­fo­ler les courbes son­da­gières. Cet hom­me­là dé­gage comme un ef­fet per­for­ma­tif. Em­ma­nuel Ma­cron ne s’est of­fert que de rares et ras­su­rants bains de foule pour pré­sen­ter son diag­nos­tic de la France, fruit de 6 250 heures d’en­tre­tien col­lec­tées par ses « mar­cheurs ». Ain­si, dans le ré­fri­gé­rant centre des ex­po­si­tions du Mans, le fon­da­teur d’en Marche ! a ré­chauf­fé le coeur de 700 fans et une or­fè­vre­rie dans la construc­tion du pro­pos. C’est un homme jeune jouant avec un Ru­bik’s Kub qui se­rait la so­cié­té fran­çaise : je dé­monte, je re­monte, je me trompe, je re­com­mence. Em­ma­nuel Ma­cron en est per­sua­dé, les ré­ponses po­li­tiques ne sont plus en phase avec la vie des Fran­çais ; il faut faire ex­plo­ser « le sys­tème », « pro­po­ser une nou­velle ex­pli­ca­tion du monde », pas moins. Sur les grands mar­queurs idéo­lo­giques, aus­si, Ma­cron re­bat les cartes : l’an­cien ban­quier d’af­faires fus­tige « cette gauche (qui) s’est four­voyée en op­po­sant le so­cial à l’éco­no­mique. » Et sur l’ob­ses­sion iden­ti­taire, il re­jette « le laï­cisme, cette ver­sion ra­di­cale et ex­trême de la laï­ci­té » pour rap­pe­ler que la « laï­ci­té, c’est un prin­cipe de li­ber­té, c’est la ca­pa­ci­té don­née aux consciences d’évo­luer de ma­nière libre dans la so­cié­té par rap­port au re­li­gieux ». Mais at­ten­tion, il ne se veut pas « homme de syn­thèse », ça sonne bien trop hol­lan­dais, mais por­teur « d’un consen­sus nou­veau. » Pour­tant pointent par ins­tants des fa­ci­li­tés, quelques évi­dences, peut-être un manque « d’épais­seur de la vie hu­maine » qu’il ap­pelle pa­ra­doxa­le­ment de ses voeux pour re­mé­dier au sen­ti­ment d’in­uti­li­té qu’il per­çoit chez trop de ses conci­toyens. Il reste des traces de jeu­nesse chez cet au­da­cieux, et c’est bien nor­mal, mais aus­si le rêve d’un monde où cha­cun bâ­ti­rait li­bre­ment son des­tin. Il y a un peu de fo­lie chez cet homme-là, qui sou­haite un pré­sident « ju­pi­té­rien ». Cer­tains rient, le raillent, parlent d’une bulle qui va ex­plo­ser. Il fau­dra du temps pour diag­nos­ti­quer Ma­cron. Mais en cette fin 2016, pou­vait-il y avoir un autre homme po­li­tique de l’an­née GQ ? La ré­ponse est non. _ FA­BRICE TASSEL

Trois femmes pour le prix d’une. S’il fal­lait « vendre » Au­drey Fleu­rot, c’est à peu près le slo­gan dont on fi­ni­rait par ac­cou­cher. Il y a Au­drey, la ve­dette de sé­ries (avo­cate amo­rale dans En­gre­nages sur Ca­nal+, bour­geoise vo­lage dans Un vil­lage fran­çais sur France 3…). Au ci­né­ma, il y a Au­drey Fleu­rot, vue dans des co­mé­dies grand pu­blic comme In­tou­chables, ou L’idéal de Fré­dé­ric Beig­be­der (2016). Et puis il y a l’au­drey Fleu­rot du théâtre, qui joue aus­si bien Tar­tuffe dans le cadre pres­ti­gieux de l’odéon que la pièce de bou­le­vard Un dî­ner d’adieu. « C’est très étrange. C’est comme si j’avais une image par mé­dium, les gens ne connaissent qu’un as­pect de moi, constate l’ac­trice. Ça me va très bien d’être aty­pique. Si on me de­man­dait de choi­sir je se­rais vrai­ment em­bê­tée… Je suis un patch­work. C’est as­sez éton­nant une car­rière d’ac­trice, ça vous res­semble sans vous ap­par­te­nir. Ce sont les autres qui la font… » Grande, rousse, sculp­tu­rale et al­tière… As­sis face à Au­drey, on est frap­pé par sa beau­té spec­ta­cu­laire. D’au­tant qu’elle en a fait ré­cem­ment la dé­mons­tra­tion écla­tante, nue en cou­ver­ture d’un autre ma­ga­zine mas­cu­lin. « Ces cli­chés creusent un sillon sul­fu­reux et so­phis­ti­qué, fi­na­le­ment as­sez éloi­gné de moi, pré­cise-telle. Mais ça va dans le sens d’une image qui reste, parce que c’est celle qui plaît. » Elle se se­rait bien vue shoo­tée avec plus de na­tu­rel, un éro­tisme plus an­nées 1970, mais ne re­grette pas « ce pe­tit chal­lenge per­son­nel ». « Ça me fai­sait plai­sir par rap­port à l’ado que j’ai été. Ce sont de jo­lies pho­tos dont je n’ai pas honte et que mon fils pour­ra re­gar­der plus tard… » Sul­fu­reuse et so­phis­ti­quée, tou­jours, dans L’idéal, de Beig­be­der, elle in­carne la grande prê­tresse de l’image d’une marque in­ter­na­tio­nale de cos­mé­tiques. Une peau de vache aus­si ap­prê­tée que gla­ciale : « Le ton est dif­fé­rent de ce que j’avais fait jusque-là. Un peu BD, le trait est lé­gè­re­ment gros­si même s’il y a des gens bien dé­jan­tés dans le mi­lieu de la mode. » Une ex­pé­rience dont elle est sor­tie en­chan­tée : « Je me suis per­mis des choses que je n’ai pas for­cé­ment l’op­por­tu­ni­té de faire ailleurs. J’aime l’im­pro et, dans ce film, le scé­na­rio était un ca­ne­vas au­tour du­quel on a pu faire beau­coup de pro­po­si­tions. » Si le suc­cès n’a pas exac­te­ment été au ren­dez-vous : « C’est res­té un peu trop pa­ri­sien… », note avec dé­li­ca­tesse l’ac­trice pour qui les ex­pé­riences comptent au­tant que le box-of­fice. « Il n’y a au­cun lien entre les films que vous ai­mez et leur suc­cès. Tout dé­pend de com­ment vous l’avez vé­cu, de vos sou­ve­nirs de tour­nage, des ren­contres. J’ai fait ce mé­tier pour avoir plu­sieurs vies, c’est ce qui est ju­bi­la­toire. » En 2017, Au­drey Fleu­rot re­prend le rôle de Jo­sé­phine Karls­son dans la sep­tième sai­son d’en­gre­nages (Ca­nal+), la sé­rie fran­çaise ré- com­pen­sée l’an pas­sé par un Em­my Award. « J’adore jouer dans les sé­ries, il y a un vrai plai­sir à re­trou­ver son per­son­nage, un at­ta­che­ment, une construc­tion sur le long terme. Mais il ne faut pas tom­ber dans une rou­tine, mettre ses chaus­sons… » His­toire de ne pas se lais­ser al­ler au train-train, en 2017 elle se­ra éga­le­ment au cas­ting des Té­moins (France 2) sé­rie po­li­cière avec Thier­ry Lher­mitte, dont la pre­mière sai­son a été ac­cla­mée par la cri­tique : « Je suis la guest-star de la sai­son 2 et j’ai trou­vé ça su­per agréable. Les guests, ce sont de beaux rôles en gé­né­ral, sou­vent des mé­chants et j’aime bien jouer les mé­chantes. » Pour toutes ces rai­sons, Au­drey Fleu­rot est notre femme de l’an­née 2016. En at­ten­dant qu’un réa­li­sa­teur par­vienne à syn­thé­ti­ser ses dif­fé­rentes fa­cettes, comme Jus­tine Triet est par­ve­nue à le faire dans Vic­to­ria pour Vir­gi­nie Efi­ra (Femme de l’an­née GQ 2013). « Il n’y a pas tant de beaux rôles dra­ma­tiques fé­mi­nins, constate Fleu­rot sans amer­tume… Quelques co­mé­diennes qui ont une no­to­rié­té plus im­por­tante que la mienne les prennent tous et c’est nor­mal. » D’au­tant que son phy­sique semble im­pres­sion­ner le ci­né­ma d’au­teur. « Quand on pense à moi, se pose la ques­tion du mec qu’on met en face. Ma­ni­fes­te­ment ce n’est pas évident », conclut-elle lu­cide. Alors que pour nous, jus­te­ment, c’est elle, et c’est évident. _ JACQUES BRAUNSTEIN

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