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GQ (France) - - La Une -

ue Dieu soit loué, l’homme le plus sty­lé de l’an­née n’est pas un dan­dy de bat­te­rie. Nekfeu est à ce point po­pu­laire et cha­ris­ma­tique qu’on croise au­jourd’hui ses so­sies dans le mé­tro. Des types au style oi­sif comme lui – che­veux mi-longs at­ta­chés et poils au men­ton – qui cultivent ce re­gard de tai­seux abri­té par la vi­sière d’une cas­quette toute bête. Des bons­hommes, en veste de jog­ging-t-shirt-slim-noir-bas­kets pour qui le monde se change en te­nue de ter­rain et non en mise de sa­lon. Par­ti de pas grand-chose de bien in­croyable, si­non « une pe­tite vie tran­quille comme tout le monde, quar­tier po­pu­laire » (ban­lieue de Nice, puis 15e ar­ron­dis­se­ment pa­ri­sien), Ken Sa­ma­ras se cherche une pas­sion. Il s’in­té­resse à tout, et fi­nit par « s’ac­cro­cher » au rap. De 16 à 20 ans, il ex­ploite plu­tôt le cô­té ex­trême de la vie d’ar­tiste, puis vient le dé­clic, « la chance ». Au sein du groupe 1995, il tra­vaille avec un mec qui s’en­re­gistre dans son pla­card à chaus­sures. Car­ré, « mo­dèle de sé­rieux », Fon­ky Flav lui trans­met le sens de la dé­merde. Ken, sur­nom­mé Nekfeu par sa bande, s’im­pose alors des contraintes. Pour ces deux-là, réus­sir de­vient pos­sible, même avec leurs propres moyens. La peur de se faire bouf­fer tout cru leur conseille­ra de res­ter in­dé­pen­dants et de mon­ter un la­bel. « J’es­saie de ne pas faire les er­reurs des rap­peurs pour les­quels j’avais une grande es­time, court-cir­cui­ter le sys­tème Là où ça se corse, c’est que Nekfeu ne pense pas qu’à sa jo­lie pe­tite gueule. Certes, si c’est co­ol de jouer à l’ar­rache un 1er mai place de la Ré­pu­blique, Nekfeu sou­haite sor­tir (sa gé­né­ra­tion) du cy­nisme à la sauce « si tout est tru­qué, pour­quoi jouer ? » La ren­contre avec Nuit De­bout s’était faite deux jours plus tôt. Il a dé­cou­vert le mou­ve­ment sur You­tube, n’est pas d’ac­cord avec tout et « n’a pas la pré­ten­tion de s’y connaître », mais trouve ce fré­mis­se­ment sin­cère. Il pro­pose de « don­ner de la force » au mou­ve­ment en ve­nant faire un show. La place se­ra noire de monde. Elle est au­jourd’hui oc­cu­pée par une rampe de skate. S’il a une en­vie gran­dis­sante de faire par­tie de pro­jets al­ter­na­tifs, « qui n’existent pas dé­jà », il reste lu­cide : « Je fais ce que je peux, quoi ! » Rien de si­mu­lé donc quand il bosse au­jourd’hui aux cô­tés de l’as­so­cia­tion BAAM, le Bu­reau d’ac­cueil et d’ac­com­pa­gne­ment des mi­grants (ga­ran­tie 100 % sans aides de l’état pour une in­dé­pen­dance to­tale). Avec elle, il cherche à or­ga­ni­ser un gros fes­ti­val pour at­ti­rer l’at­ten­tion du pu­blic sur le sort des ré­fu­giés qui moi­sissent dans les rues de Pa­ris. Cette si­tua­tion le « crève », il ré­agit. « Quand des fa­milles dorment sous la pluie, là, tu peux être à peu près sûr que tu ne te trompes pas de dé­marche. » Avec les an­nées (il n’a que 26 ans), Nekfeu ne croit plus en la po­li­tique. « Les ex­trêmes on n’en veut pas », mais si­non c’est kiff-kiff. Ré­ca­pi­tu­lons : le mec a une su­per gueule et un pseu­do qui tue, le ta­lent né­ces­saire pour (re)sor­tir des al­bums qui s’écoutent bien ( Feu en son nom propre, Des­tins Liés avec le S-crew), rem­porte des Vic­toires de la mu­sique... et donne du temps et de la vi­si­bi­li­té à des com­bats de so­cié­té. Il se­ra même pro­chai­ne­ment à l’af­fiche de Tout nous sé­pare avec Ca­the­rine De­neuve. Pas si com­mun pour une cé­lé­bri­té de 26 ans, qui rem­plit Ber­cy sur la foi de son pre­mier al­bum so­lo, si ? « L’idée, c’est de faire un maxi­mum de trucs à notre ma­nière. Parce que mine de rien, on est quand même des pe­tits cons. Et même si c’est à l’ar­rache, on aime faire les choses nous-mêmes. » Court-cir­cui­ter le sys­tème, telle est la clé pour de­ve­nir l’homme le plus sty­lé de l’an­née. _ GONZAGUE DUPLEIX

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