SEXE

Parle-moi mal ! L’art du « dir­ty talk »

GQ (France) - - La Une -

Je vais vous faire une confes­sion : je n’aime pas trop qu’on me parle mal. La plu­part de mes amants se sont plan­tés, avec la meilleure vo­lon­té du monde, no­tam­ment parce qu’ils ont confon­du « mal par­ler » et « do­mi­ner » (or au lit, sauf les an­nées bis­sex­tiles, c’est moi le pa­tron). Il y a ce­lui qui m’a sup­plié de faire tout ce que je vou­lais... sauf qu’au mo­ment de pas­ser à l’ac­tion, ce qu’il ac­cep­tait te­nait sur un cure-dents. Il y a ce­lui qui a van­té mon gros cul. Je n’ai rien contre les gros culs, mais je suis de taille Le­go : le dir­ty talk mal adap­té, ça sonne por­no, ça tombe à l’eau. Bien sûr, l’art du mal-par­ler est dif­fi­cile. No­tam­ment au ni­veau du ti­ming ! Car le dir­ty talk de­vrait tou­jours être un lap­sus. Il ré­vèle l’in­cons­cient du sexe bouillon­nant, or­ga­nique, pul­sion­nel, dé­bor­dant sou­dain des li­mites de la po­li­tesse – quand nous de­ve­nons des bêtes. L’or­dure tra­duit l’ur­gence. Je veux qu’on me parle mal quand on a dé­jà les bouches oc­cu­pées et si pos­sible, quand je suis dé­jà al­lon­gée sur le ca­pot de votre Opel Vec­tra cinq portes au par­king -4 de La Dé­fense. Alors for­cé­ment, en réunion, vous n’êtes pas en si­tua­tion d’ur­gence, et votre « ma pe­tite sa­lope » en­voyé par SMS n’est plus une ten­dresse mais une in­sulte. Ne par­lons même pas de ceux qui se montrent « créa­tifs », pen­dant la phase post­coï­tale, soit la pire confi­gu­ra­tion pos­sible : les hor­mones du lien dé­ferlent dans mon cer­veau comme suite lo­gique de l’or­gasme ( je pars du prin­cipe que vous êtes un bon amant). Or je re­fuse qu’on me mas­sacre mon lien émo­tion­nel en de­man­dant si la co­chonne en moi a « kif­fé ». C’est trop tard pour les co­chonnes : nous sommes re­de­ve­nues des femmes. Je sais, je sais. Vous autres êtes plus sub­tils que ça. Alors d’ac­cord, met­tons que vous sa­chiez exac­te­ment comment ar­mer le lance-flammes émo­tion­nel. Mais connais­sez-vous votre vic­time ? Puisque nous sommes dans le ti­ming : je vous re­com­man­de­rais de vous cal­mer sur les dé­buts. La norme sexuelle reste, en­core au­jourd’hui, in­tri­quée dans la norme sen­ti­men­tale (à tort ou à rai­son) : le dir­ty talk existe parce que nous sommes plu­tôt dans le consen­te­ment. On ne peut se par­ler mal au lit que si on se parle bien le reste du temps... et plus en­core, si on s’écoute bien. Seule cette connais­sance peut per­mettre de vi­ser juste et d’évi­ter les zones d’ombre. « Je vais te faire très mal », ça marche moyen sur les an­ciennes vic­times de vio­lences conju­gales. At­ten­tion à l’hu­mi­lia­tion (vous n’au­riez pas en­vie qu’on vous traite de pe­tite bite ?), au sexisme culpa­bi­li­sant (« T’es une chau­dasse hein ? »), à l’ima­gi­naire du viol, très quitte ou double. Si vous vou­lez as­su­rer vos ar­rières, dé­gui­sez des com­pli­ments sous le mal-par­lage. Ce que vous vou­lez trans­mettre, c’est le dé­sir, n’est-ce pas ? Par­ler mal pour par­ler mal, ça n’a au­cun sens. Par­ler mal parce que les ma­ga­zines vous disent que ça ex­cite les femmes, ça n’a au­cun sens non plus. Si vous com­men­cez votre dir­ty

talk par « tu es tel­le­ment belle / ex­ci­tante / drôle que [in­sé­rez ici la mé­ta­phore fleu­rie de votre choix] » alors vous ne vous trom­pe­rez ja­mais – nous se­rons ras­su­rées sur le fait que vous jouez non pas contre nous, mais avec nous, dans notre in­té­rêt. Et enfin, le meilleur dir­ty talk est ce­lui qu’on par­tage. Même si ça semble évident, ne dites rien que vous n’ac­cep­te­riez pas d’en­tendre. Si vous im­pro­vi­sez des ordres, ac­cep­tez d’en re­ce­voir. Si vous ré­cla­mez qu’on vous suce, af­fir­mez haut et fort que oui, la bête im­monde en vous va se mettre à quatre pattes à son tour pour lé­cher, et que oui, vous al­lez ai­mer ça. Parce qu’au fond, c’est vous la pe­tite sa­lope. On n’est pas dupes.

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