UN JOB POUR DEUX MAINS

Contrai­re­ment à vous, la femme n’est pas ex­perte en ona­nisme. Alors n’hé­si­tez pas à la gui­der...

GQ (France) - - Action - par MAÏAMA ZAURETTE MAÏA MA­ZAU­RETTE fait ac­tuel­le­ment es­cale à Brook­lyn. Re­trou­vez son blog sur gq­ma­ga­zine.fr/sexac­tu. Elle a pu­blié le La Cou­reuse ( Ke­ro, 2012) et Belle toute crue ! (Ma­ra­bout, 2016).

Vous êtes en ren­dez-vous chez votre ban­quière. Elle porte des bas noirs – mon ban­quier fait ça aus­si. Entre deux conseil­sé­pargne, elle baisse les stores, vous en­tre­prend sur son bu­reau, mais pour une rai­son X (for­cé­ment X), elle dé­cide de s’en te­nir aux mains. Seule­ment aux mains. Il faut pré­ci­ser que votre ban­quière sort d’une rage de dents. Et qu’elle a ou­blié les clefs de sa cein­ture de chas­te­té dans le coffre à lin­gots. Ce sont des choses qui ar­rivent. Vous al­lez main­te­nant su­bir ce que les Amé­ri­cains ap­pellent le hand­job. Vous no­te­rez que c’est un job, comme le blow­job, alors que per­sonne n’irait par­ler de mis­sion­nai­re­job ou de le­vret­te­job. Le pro­blème es­sen­tiel est que nous, femmes, ne l’avons pas ap­pris, ce job – alors qu’on a ap­pris à re­pas­ser des che­mises, al­lez com­prendre le sens des prio­ri­tés. Pour­quoi cette igno­rance – et, ad­met­tons-le, nos per­for­mances as­sez nulles ? Dé­jà par mé­pris de classe. À l’école, on en­viait ra­re­ment les fi­lières tech­niques. C’était avant que le pe­tit ar­ti­sa­nat ne de­vienne co­ol et que chaque hips­ter ouvre sa mi­cro-bras­se­rie. C’était avant qu’on puisse se van­ter d’être la meilleure ou­vrière ma­nuelle de France.

EN CONSÉ­QUENCE, nous avons l’im­pres­sion de ne pas sa­voir faire. Un comble dans une ci­vi­li­sa­tion où nos mains sont constam­ment oc­cu­pées – li­sez-vous cette chro­nique entre deux pauses clope, trois su­do­kus ou des ac­ti­vi­tés de co­lo­riage ? On gratte, on plie, on clique. On n’a ja­mais au­tant uti­li­sé nos doigts, pour­tant sexuel­le­ment, nous sommes man­chotes. À notre dé­charge, le hand­job ne fait pas par­tie du ba­rème sexuel eu­ro­péen. On se de­mande tou­jours (chaque ma­tin) com­ment être de bonnes su­ceuses... ja­mais com­ment être de bonnes bran­leuses. On nous a dit (vous nous avez dit) de ne pas mettre les dents, ja­mais de li­mer nos ongles. Rien que le mot de bran­leuse im­plique la pa­resse, alors qu’en vrai, il faut des tri­ceps de tri­ath­lète (re­dou­ta­ble­ment peu utiles pour le re­pas­sage de che­mise). S’il faut tra­vailler plus, alors il fau­drait bran­ler moins. Le hand­job est an­ti­ca­pi­ta­liste. Le hand­job vote Mé­len­chon (il est pro­bable que votre ban­quière ait deux mains gauches).

FRAN­CHE­MENT, c’est de votre faute. Ce sont les hommes qui dé­fi­nissent trop sou­vent le hand­job comme la pra­tique la moins im­pli­quante : un lot de conso­la­tion, of­fert par pi­tié, thé­ra­peu­tique, du sexe qui ne coûte rien. Si vous réus­sis­sez à vous faire jouir tout seul, quelle se­ra notre va­leur ajou­tée ? Si vous man­quez d’es­time pour la mas­tur­ba­tion, vous ré­col­tez l’in­dif­fé­rence que vous se­mez ! Pour ré­ha­bi­li­ter le hand­job, il fau­drait rap­pe­ler aux co­pines et ban­quières qu’elles ont deux mains, et un cer­veau am­bi­dextre, et que la zone éro­gène dé­passe de loin la hampe du pé­nis. Pour l’ins­tant, l’ima­gi­naire col­lec­tif can­tonne la pra­tique à un mou­ve­ment ver­ti­cal ré­pé­ti­tif et au­to­ma­tique... or quelle femme a en­vie de se trans­for­mer en pis­ton ? Zé­ro, ca­ma­rades. Sor­tez du cadre du pré­li­mi­naire. De­man­dez du temps, de l’at­ten­tion. Exi­gez de la créa­ti­vi­té. Ré­pé­tez non seule­ment que le hand­job est agréable, mais que cet acte bien me­né vous comble. Puisque vous connais­sez vos mains mieux que per­sonne, mon­trez-nous. Je sais bien que vous êtes des bran­leurs-nés ! Le hand­job est une of­frande al­truiste, mais ne nous de­man­dez pas d’être en­thou­siastes à votre place. Faites votre part du job. Pour le reste, on re­trousse nos manches.

Chaque mois, notre sex­perte ana­lyse et com­mente les pra­tiques char­nelles de ses amis les hommes.

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