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En juin, la 35e Coupe de l’ame­ri­ca ver­ra s’af­fron­ter des ba­teaux « avions de chasse » pi­lo­tés par des ma­rins sur­pré­pa­rés. Franck Cam­mas nous ex­plique cette évo­lu­tion mus­clée.

GQ (France) - - Sommaire - Par Charles Au­dier

Ba­teaux. La voile passe la vi­tesse su­pé­rieure. Mo­teurs. Le meilleur ca­brio­let du monde. Ar­chi­tec­ture. Des­ti­na­tions de­si­gn. #tur­fu. L’his­toire pop des ob­jets d’hier et d’au­jourd’hui.

DE PLUS EN PLUS TECH­NO­LO­GIQUES et de plus en plus exi­geants pour l’équi­page, les ba­teaux qui par­ti­ci­pe­ront à la 35e Coupe de l’ame­ri­ca, du 4 au 27 juin pro­chain aux Ber­mudes, ne na­viguent plus, ils volent. Le AC Tur­bo, ca­ta­ma­ran de 50 pieds (15 mètres), est sus­pen­du sur un foil ( une bé­quille en car­bone) au ni­veau du mat, et sur ses deux sa­frans ( gou­ver­nails) si­tués à l’ar­rière. Ces mul­ti­coques de 2,6 tonnes (hors équi­page) sont beau­coup plus lé­gers que les ca­ta­ma­rans de 72 pieds (21 mètres, pour 6 tonnes) qui concou­raient lors de l’édi­tion pré­cé­dente, en 2013. Sur­tout, ils planent jus­qu’à 1,50 mètre au-des­sus de l’eau et at­teignent des vi­tesses de pointe fri­sant les 80 km/h (42 noeuds), soit entre deux et trois fois plus vite que le vent réel. Pour­quoi ce choix de ba­teaux ? Parce que c’est le vain­queur de l’édi­tion pré­cé­dente (le De­fen­der) qui

dé­cide. Or les longs ca­ta­ma­rans de 2013 se sont avé­rés un peu trop dan­ge­reux à pi­lo­ter. Cette an­née, les Amé­ri­cains d’oracle (sur De­fen­der) ont donc choi­si de re­mettre leur titre en jeu sur des ca­ta­ma­rans d’une taille moins ef­frayante, avec 50 pieds seule­ment. Elle est loin la grande époque des mo­no­coques, qui a pré­va­lu dès 1857 – et la créa­tion de la Coupe, le plus vieux tro­phée spor­tif du monde – jus­qu’à l’ap­pa­ri­tion des pre­miers mul­ti­coques en 2010. Au­jourd’hui, les ma­rins qui pi­lotent ces ba­teaux-avions sont de vé­ri­tables ath­lètes, bâ­tis comme des rug­by­men. Avoir une ex­cel­lente condi­tion phy­sique est de­ve­nu in­dis­pen­sable pour ma­noeu­vrer ces ma­chines sans au­cune as­sis­tance mo­to­ri­sée à bord. À titre de com­pa­rai­son, le mo­no­coque Ville de Pa­ris de Marc Pa­jot en 1992 at­tei­gnait pé­ni­ble­ment les 14 noeuds (25 km/h). En ce temps-là, les équi­piers pou­vaient se pré­las­ser tran­quille­ment sur le pont du ba­teau en at­ten­dant de vi­rer de bord (photo ci-des­sous). Au­jourd’hui, à 43 noeuds, la dé­pense d’éner­gie des skip­pers sur une seule jour­née d’en­traî­ne­ment peut at­teindre 7 000 ca­lo­ries, soit près de trois fois celle d’un in­di­vi­du au quo­ti­dien. C’est en mou­li­nant d’énormes ma­ni­velles (« grin­ders ») que l’équi­page ma­noeuvre les foils et règle l’aile ri­gide de 100 m² et 445 ki­los. Franck Cam­mas, vain­queur de la Vol­vo Ocean Race qui par­ti­cipe à sa pre­mière Coupe, ex­plique : « En prin­cipe, un ma­rin gère son cap et la di­rec­tion de son na­vire en fonc­tion du vent. Sur un AC Tur­bo, il faut de sur­croît vé­ri­fier l’as­siette du na­vire et la hau­teur du vol en jouant sur l’in­ci­dence et l’orien­ta­tion des foils. Bi­lan : la na­vi­ga­tion res­semble da­van­tage à de l’avia­tion. » Par consé­quent, la te­nue de ces « ma­rins-avia­teurs » a évo­lué. Fi­ni le look en­di­man­ché sur le pont de ba­teaux avec po­los si­glés, shorts blancs im­ma­cu­lés et dock­sides Se­ba­go. En 2017, le style prep­py dis­pa­raît au pro­fit d’un équi­pe­ment digne des com­man­dos de ma­rine aé­ro­por­tée : casque de pro­tec­tion, ra­dio HF, gi­let de sau­ve­tage, bou­teille d’oxy­gène, com­bi­nai­son en Néo­prène, chaus­sures de trail, ren­forts de rug­by­man sous la com­bi, coque dor­sale et cou­teau de sur­vie... Rien n’est lais­sé au ha­sard pour as­su­rer la sé­cu­ri­té des équi­piers et la per­for­mance de ces fu­sées des mers. Pour GQ, Franck Cam­mas dé­taille l’équi­pe­ment.

Fi­ni le look en­di­man­ché des ma­rins, avec po­los si­glés et shorts blancs. Le style prep­py a dis­pa­ru des océans.

1967 — Le mo­no­coque aus­tra­lien Dame Pat­tie, qui per­dit la Coupe de l’ame­ri­ca face à l’in­tre­pid amé­ri­cain. 1977 — Ted Tur­ner, qui fon­de­ra CNN peu de temps après, rem­porte ici la com­pé­ti­tion sur le Cou­ra­geous. 1986 — Sur le French Kiss, le Fran­çais Marc Pa­jot ter­mine cin­quième de la course. 2017 — Sur le Grou­pa­ma Team France de Franck Cam­mas, les skip­pers voient l’eau d’un peu plus haut...

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