Re­por­tage

Pro­fi­lages ADN, ana­lyses ba­lis­tiques, désos­sages in­for­ma­tiques… Les mé­tiers exer­cés par les hé­ros de sé­ries amé­ri­caines existent vrai­ment au sein de la gen­dar­me­rie na­tio­nale. Quatre de ces mi­li­taires-scien­ti­fiques sur­di­plô­més qui en­quêtent sur des meurtre

GQ (France) - - Som­maire - PAR PA­TRI­CIA TOURANCHEAU PHO­TO­GRAPHE PA­TRICK TOUR­NE­BOEUF

Les Ex­perts : Pon­toise. Plus forts que les hé­ros de sé­ries amé­ri­caines, les scien­ti­fiques de la gen­dar­me­rie traquent les preuves sur les scènes de crimes.

Ce sont les rois des « cold cases » , ces af­faires si long­temps in­so­lubles qui rendent fous les en­quê­teurs. Mais ce sont aus­si les spé­cia­listes des si­tua­tions ur­gen­tis­simes, ho­mi­cides hors-norme, crashs d’avion, ac­ci­dents de la route ex­cep­tion­nels, ces faits di­vers dans les­quels les té­moi­gnages hu­mains doivent cé­der le pas aux tech­no­lo­gies les plus so­phis­ti­quées. Pour les ré­soudre, l’ins­ti­tut de re­cherche cri­mi­nelle de la gen­dar­me­rie na­tio­nale (IRC­GN), ba­sé à Pon­toise, ne re­crute que des ex­perts par­mi les plus poin­tus dans leur do­maine. Ils sont 274, mi­li­taires de la gen­dar­me­rie, du ser­vice de san­té des ar­mées et per­son­nels ci­vils di­plô­més des grandes écoles (3e cycle, in­gé­nieurs). Ré­par­tis dans quatre di­vi­sions cri­mi­na­lis­tiques (phy­si­que­chi­mie, in­gé­nie­rie-nu­mé­rique, iden­ti­fi­ca­tion hu­maine et bio­lo­gie-gé­né­tique), ils ef­fec­tuent chaque an­née 240 000 actes de la­bo­ra­toire. Rien ne leur échappe : traces bio­lo­giques et san­guines, os­se­ments, ca­davres, vé­hi­cules, ob­jets, pro­jec­tiles, armes, té­lé­phones, puces, vi­déos, algues, ex­plo­sifs. Pour les ai­der, le ser­vice cen­tral de pré­ser­va­tion des pré­lè­ve­ments bio­lo­giques stocke, dans un vaste bâ­ti­ment de la base de Pon­toise, tous les ob­jets souillés D’ADN ra­mas­sés sur des scènes d’in­frac­tion en France et pla­cés sous scel­lés : mor­ceaux de jean, sous­vê­te­ments, chaussures, cou­teaux, sièges de voi­tures, lam­beaux de draps, cor­de­lettes, et même un cho­co­lat Mon Ché­ri sans la ce­rise dé­vo­rée par un cam­brio­leur. Le pôle in­no­va­tion planche sur des tech­niques encore plus ré­vo­lu­tion­naires : ain­si, les mor­phoa­na­lyses de L’IRC­GN font des recherches avec le CNRS et deux autres la­bo­ra­toires pour es­sayer de da­ter les traces de sang, en pre­nant en compte la tem­pé­ra­ture et l’hy­dro­mé­trie, sui­vant les tech­niques des en­to­mo­lo­gistes qui par­viennent à da­ter la mort à par­tir de l’étude des in­sectes co­lo­ni­sant les ca­davres. Avec ses confrères de la po­lice ju­di­ciaire d’écul­ly, près de Lyon, L’IRC­GN est le la­bo­ra­toire scien­ti­fique le plus poin­tu en France et rayonne même en Eu­rope. Il ouvre ra­re­ment ses portes : GQ a pu suivre quatre of­fi­ciers de gen­dar­me­rie in­gé­nieurs qui, dans le se­cret de leur la­bo, mettent leur science au ser­vice des juges et des en­quê­teurs.

LE TRÈS PA­TIENT TRA­QUEUR D’ADN CAP. EM­MA­NUEL PH AM­HOAÏ BIO­LO­GISTE/GÉ­NÉ­TI­CIEN

C’EST UN DES LIEUX les plus stra­té­giques de L’IRC­GN : la di­vi­sion « Bio­lo­gie et Gé­né­tique ». La rai­son en est as­sez simple. Elle tient à l’ef­fi­ca­ci­té crois­sante et à l’im­por­tance des tech­niques de re­cherche D’ADN dans les af­faires cri­mi­nelles (comme le qua­druple meurtre de la fa­mille Troa­dec vient encore de le dé­mon­trer). Un homme règne sur le dé­par­te­ment Bio­lo­gie : Em­ma­nuel Pham Hoaï, 38 ans, qui ac­cepte (c’est rare) de par­ler à la presse, de ra­con­ter sa vie et un de ses coups d’éclat. Cette longue et fine sil­houette est en­trée en 2004 dans la gen­dar­me­rie qui ouvre alors ses concours aux uni­ver­si­taires. Fils d’un mé­de­cin et d’une in­fir­mière, il est prompt à ima­gi­ner ses pairs comme « des gars mous­ta­chus qui ont du ventre et mettent des PV au bord de la route ». Pham Hoaï passe d’abord deux ans à l’école des of­fi­ciers de Me­lun. Do­té de deux mas­ters en in­gé­nie­rie de la san­té et bio­lo­gie mo­lé­cu­laire, il re­joint la di­vi­sion « at­teintes aux per­sonnes » en Pi­car­die à l’été 2010. Sa car­rière connaît alors un vi­rage qui le mè­ne­ra, plus tard, à L’IRC­GN : le patron de la sec­tion de recherches d’amiens lui de­mande de re­prendre le dos­sier in­abou­ti d’élo­die Ku­lik, une ban­quière de 24 ans, vio­lée et étran­glée en 2002 dans la Somme. Le bio­lo­giste com­mence par re­fu­ser : « Non, mon co­lo­nel, car je vais me cas­ser les dents. » De­puis huit ans, tous les en­quê­teurs ont échoué. Son su­pé­rieur, mal­gré son pro­fil « old school » , croit en ses com­pé­tences scien­ti­fiques pour sor­tir de l’im­passe : « Je ne com­prends pas tout à tes his­toires D’ADN mais tu peux ap­por­ter quelque chose à l’en­quête. » Le ca­pi­taine Pham Hoaï se plonge à contre­coeur dans les pro­cès-ver­baux sur le meurtre de la ban­quière de Pé­ronne. Il re­lit les consta­ta­tions sur la Peu­geot rouge re­trou­vée ac­ci­den­tée sur un ta­lus entre Saint-quen­tin (Aisne) et Pé­ronne (Somme), dans la nuit du 10 jan­vier 2002. Il écoute son ap­pel au se­cours, de 26 se­condes, pas­sé aux pom­piers à 0 h 31 avec, en fond, les voix mas­cu­lines à l’ac­cent pi­card de ses agres­seurs. Il re­garde les pho­tos de sa dé­pouille à moi­tié cal­ci­née je­tée sur une dé­charge à ciel ou­vert connue des gens du coin. Il avale les pages de té­moi­gnages et de ren­sei­gne­ments ano­nymes qui n’ont me­né à rien. Le bio­lo­giste gé­né­ti­cien re­vient alors à ce qu’il sait faire : « Je me po­la­rise sur ce qui est in­tem­po­rel dans le dos­sier », sur les quatre « écou­villons in­times » , un pré­ser­va­tif, une ser­viette, un mé­got et du sperme qui re­cèlent le même ADN. Le pre­mier constat n’est pas très en­cou­ra­geant : « On a un pro­fil mas­cu­lin nu­cléaire (ex­trait du noyau de L’ADN très pro­bant, ndlr) dont on a ana­ly­sé le chro­mo­some Y trans­mis de père en fils. On aus­si un ADN mi­to­chon­drial que seules les femmes de la fa­mille peuvent trans­mettre. On a tous les élé­ments mais pas de liens entre eux. » Le bio­lo­giste Pham Hoaï se de­mande « comment faire par­ler cet ADN nu­cléaire qui ne matche pas au Fi­chier na­tio­nal au­to­ma­ti­sé des em­preintes gé­né­tiques (Fnaeg, ndlr) », la bible gé­né­tique de la dé­lin­quance et du crime.

Comme à Los An­geles

D’ailleurs, il est étrange qu’au bout de huit ans, le vio­leur d’élo­die Ku­lik ne soit pas « tom­bé » pour une autre af­faire, et donc en­re­gis­tré dans le Fnaeg. À croire que le meur­trier se tient à car­reaux, ou alors il n’est plus de ce monde. Pham Hoaï se do­cu­mente et dé­niche un ar­ticle en an­glais du ma­ga­zine Science sur un vio­leur en sé­rie de Los An­geles, Grim Slee­per. Les en­quê­teurs amé­ri­cains ont fi­ni par le confondre grâce à « une re­cherche en pa­ren­tèle ». Dans l’ar­ticle, Pham Hoaï ap­prend no­tam­ment que puisque les mar­queurs D’ADN sont com­po­sés cha­cun d’un al­lèle du père et d’un al­lèle de la mère, on peut tra­vailler sur 50 % du pro­fil gé­né­tique et iden­ti­fier un pa­rent d’un cri­mi­nel. Les po­li­ciers ca­li­for­niens, qui se sont ins­pi­rés des tra­vaux des scien­ti­fiques

an­glais, ont d’abord dé­cou­vert l’iden­ti­té du fils de Grim Slee­per en cher­chant sur la moi­tié de son ADN, puis sont re­mon­tés jus­qu’à son père « grâce à l’en­quête tra­di­tion­nelle », ex­plique Pham Hoaï. À l’au­tomne 2010, il dé­cide de s’ins­pi­rer de cette mé­thode qui existe dé­jà en France : « On le fait pour les per­sonnes dis­pa­rues : on tra­vaille sur la moi­tié du pro­fil. Si une mère dé­clare la disparition de son fils en mon­tagne, elle donne son ADN que l’on ins­crit dans le fi­chier. » Par la suite, les ADN des ca­davres ra­mas­sés sur le ter­ri­toire sont en­re­gis­trés dans le fi­chier qui « étu­die toutes les com­bi­nai­sons pos­sibles pour la to­ta­li­té des mar­queurs ».

Pis­ter les liens de pa­ren­té

Mais avant d’ap­pli­quer cette mé­thode au vio­leur d’élo­die Ku­lik, le très sé­rieux ca­pi­taine veut com­bler le vide ju­ri­dique sur la re­cherche en pa­ren­tèle afin de « sé­cu­ri­ser l’ins­truc­tion en cas de ré­sul­tat po­si­tif » . Il pro­pose une fiche à la Chan­cel­le­rie en no­vembre 2010. En at­ten­dant le ré­sul­tat, il ap­prend la mort de la mère d’élo­die Ku­lik, res­tée dans le co­ma pen­dant des an­nées après avoir ava­lé de la mort-aux-rats. Le feu vert ar­rive un an plus tard. Pham Hoaï peut en­fin de­man­der au Fnaeg les recherches sur la moi­tié du pro­fil in­con­nu de l’agres­seur de la ban­quière, à par­tir du chro­mo­some Y trans­mis de père en fils re­trou­vé sur les écou­villons. L’al­go­rithme du Fnaeg fait le tri et sort une liste de 200 gé­no­types as­so­ciés à un état civil, c’est-à-dire que 200 dé­lin­quants ou cri­mi­nels du pays ré­per­to­riés dans la base de don­nées na­tio­nale ont une em­preinte gé­né­tique à moi­tié si­mi­laire. À l’époque, les ré­sul­tats sont ran­gés par ordre al­pha­bé­tique dé­crois­sant en fonc­tion du nombre de mar­queurs uti­li­sés pour l’ex­per­tise. Par chance, tout en haut, à 18 mar­queurs, ap­pa­raît le nom de Wiart, plom­bier fi­ché et em­pri­son­né en 2001 pour agres­sion sexuelle : « Ce n’est pas le pa­rent bio­lo­gique qui m’in­té­resse, mais le lien de pa­ren­té. Je vais pré­le­ver cet homme un sa­me­di ma­tin pour vé­ri­fier si le chro­mo­some Y est le même que sur la scène de crime. C’est un vé­ri­table folk­lore en Pi­car­die, tout le monde a été pré­le­vé. Alors, le père Wiart s’y prête vo­lon­tiers : “Si ça peut vous ai­der, al­lez-y”. » Bin­go ! C’est le même que l’as­sas­sin d’ Élo­die Ku­lik : son tueur est donc un pa­rent de Wiart. Le gen­darme en­tre­prend en­suite de fouiller les re­gistres de l’état civil. Au mo­ment des faits, ses deux fils sont âgés de vingt-deux et cinq ans : « On ex­clut le plus jeune », se sou­vient l’en­quê­teur. Il reste l’aî­né : Gré­go­ry Wiart. Mais le gen­darme ne peut pas l’ar­rê­ter et com­pa­rer son ADN car Gré­go­ry est dé­cé­dé dans un ac­ci­dent de la route fin 2003 : « On est blo­qués. Si on dé­terre son corps pour vé­ri­fier, il y au­ra une ca­mé­ra de France 3 ou un jour­na­liste du Cour­rier Pi­card. Or, on veut res­ter dis­crets, sur­veiller son en­tou­rage. J’ai une idée : mettre la bio­lo­gie à nou­veau au ser­vice de l’en­quête. Comme le pro­fil gé­né­tique c’est à 50 % ce­lui de la mère, on va pré­le­ver la mère de Gré­go­ry Wiart. L’avan­tage c’est qu’on est les seuls à le sa­voir et ça per­met­tra des recherches. » En ef­fet, mises bout à bout, les deux moi­tiés du pro­fil de la mère et du père de Gré­go­ry Wiart re­cons­ti­tuent bien L’ADN in­con­nu lais­sé par le vio­leur d’élo­die Ku­lik. Cette fois, l’iden­ti­té du tueur est cer­taine. Ain­si, au bout de 620 pistes vaines, de 14 000 nu­mé­ros de té­lé­phone ex­plo­rés, 11 000 pièces de pro­cé­dure amas­sées, de 5 500 re­le­vés d’em­preintes di­gi­tales et gé­né­tiques, la re­cherche en pa­ren­tèle du ca­pi­taine Pham Hoaï a payé. Il reste à trou­ver le com­plice de Gré­go­ry Wiart.

Le com­plice tra­hi par sa voix

« Quand ça a mat­ché, le 11 jan­vier 2012, on a in­ter­pel­lé ses co­pains de l’époque, on leur a mis la pression en ex­hu­mant le corps de Gré­go­ry Wiart du ci­me­tière de Mon­tes­court- Li­ze­rolles, un peu comme un coup de mar­teau sur la vitre. » Par­mi les co­pains de vi­rées al­coo­li­sées de Gré­go­ry Wiart, qui avait re­pris l’en­tre­prise fa­mi­liale de plom­be­rie et s’adon­nait à de dan­ge­reux ro­déos sur routes, les gen­darmes dé­busquent son in­sé­pa­rable com­plice ori­gi­naire du même vil­lage : Willy Bar­don, alors te­nan­cier d’un ca­fé qui leur ser­vait de QG à cô­té de Saint-quen­tin. Tra­hi par sa voix sur l’en­re­gis­tre­ment des pom­piers, Willy Bar­don est in­ter­pel­lé en jan­vier 2013. Il nie tout en bloc mais se­ra ju­gé aux as­sises de la Somme cet au­tomne pour « en­lè­ve­ment, sé­ques­tra­tion, viol en réunion et meurtre » d’élo­die Ku­lik. Juste après le dé­noue­ment, le ca­pi­taine Pham Hoaï a quit­té Amiens pour suivre un stage de trois mois à l’aca­dé­mie du FBI à Quan­ti­co puis en­ca­drer des équipes de po­li­ciers lo­caux en Af­gha­nis­tan. Mon­té en grade, il cha­peaute main­te­nant le dé­par­te­ment bio­lo­gie de L’IRC­GN et dis­pense ses conseils scien­ti­fiques aux en­quê­teurs de ter­rain. Con­sé­cra­tion : la re­cherche en pa­ren­tèle a été adop­tée par la loi, in­té­grée au code de pro­cé­dure pé­nale et, lorsque la de­mande en est faite par des en­quê­teurs, des lis­tings de di­zaines D’ADN sus­cep­tibles de cor­res­pondre à un sus­pect sont triés par un al­go­rithme. L’al­liance de la bio­lo­gie et du nu­mé­rique, toute une époque.

« Une fois que L’ADN a mat­ché, on a in­ter­pel­lé les co­pains du type et on leur a mis la pression. »

LE PRO DE LA SCENE DE CRIME EN 3D CT. CH­RIS­TOPHE LAM­BERT ÉLEC­TRO­TECH­NI­CIEN

LA DI­VI­SION « Cri­mi­na­lis­tique In­gé­nie­rie Nu­mé­rique » vit au rythme d’un ap­pa­reil. Une sorte de boîte grise, as­sez lourde, à pre­mière vue pas très spec­ta­cu­laire. En réa­li­té dé­ci­sive dans de nom­breuses af­faires de meurtre, d’ac­ci­dents et de crashs : un scan­ner la­ser en 3D. Une fois la scène de crime dé­ser­tée par les corps, par­tis vers la morgue, la route re­mise en état, les rayons du scan­ner, qui ont fixé une scène sous tous les angles, per­mettent aux en­quê­teurs et aux juges d’en com­prendre le scé­na­rio. Le gar­dien de ce bi­jou tech­no­lo­gique s’ap­pelle Ch­ris­tophe Lam­bert. Il di­rige le dé­par­te­ment « Si­gnal, Image, Pa­role » de la di­vi­sion. Comme l’im­mense ma­jo­ri­té des gen-

Trois vic­times, deux balles

darmes de L’IRC­GN, Lam­bert est sur­di­plô­mé, bac +5 en élec­tro­nique, élec­tro­tech­nique et au­to­ma­tismes. Il ne faut pas re­cher­cher bien loin dans le pas­sé pour ra­con­ter un des der­niers faits d’armes où Lam­bert a trim­bal­lé son ap­pa­reil et son tré­pied. C’était fin dé­cembre 2016, en Ven­dée, sur un ca­ram­bo­lage monstre cau­sé par le brouillard et où une tren­taine de vé­hi­cules se sont per­cu­tés et en­cas­trés sur plus de 250 mètres. Une fois les vic­times éva­cuées, le com­man­dant Lam­bert va prendre 75 po­si­tions dif­fé­rentes (le scan­ner a une por­tée de vingt mètres) et par­ve­nir à une re­cons­ti­tu­tion to­tale de l’ac­ci­dent en scan­nant tous les dé­bris, les voi­tures, les traces de pneus et de frei­nage sur la chaus­sée. Cette mo­dé­li­sa­tion de la scène en 3D per­met de « re­vivre » l’ac­ci­dent sous tous les angles : « vue de des­sus ou dans l’axe de la route ou bien de se mettre dans le champ de vi­sion du conduc­teur ». La ch­ro­no­lo­gie de l’ac­ci­dent peut ain­si être en­tiè­re­ment re­cons­ti­tuée. Ch­ris­tophe Lam­bert uti­lise aus­si un lo­gi­ciel de vi­sua­li­sa­tion des tra­jec­toires de traces de sang et met des ba­guettes fic­tives dans les trous d’im­pact pour pro­lon­ger la course de l’ogive. À la fa­çon des ba­guettes de cerfs-vo­lants que les mé­de­cins lé­gistes en­foncent dans les ori­fices d’en­trée et de sor­tie des morts par balles, lors des au­top­sies. Le scan­ner est aus­si utile sur les af­faires cri­mi­nelles. Il y a quelques an­nées, il a per­mis de ré­soudre le casse-tête au­quel était confron­té le ba­lis­ti­cien d’une scène de crime. Les en­quê­teurs de Fort-de-france s’ar­ra­chaient les che­veux car ils avaient sur les bras « trois vic­times, mais seule­ment deux étuis (de balles, ndlr), et deux im­pacts sur les murs », se sou­vient Ch­ris­tophe Lam­bert. Em­bar­qué avec son ma­té­riel de marque Fa­ro très lourd à l’époque, Ch­ris­tophe Lam­bert scanne la scène en 3D, ma­té­ria­lise les per­son­nages, les vé­hi­cules, les arbres et les murs. Il cal­cule les tra­jec­toires, et ré­sout l’énigme : « Le pre­mier tir en biais at­teint une vic­time. Le se­cond tir se di­rige vers l’autre per­sonne, la tra­verse, re­bon­dit sur l’arête du mur ef­fri­té der­rière où on a un point d’im­pact, puis touche mor­tel­le­ment la troi­sième vic­time. » Grâce à Ch­ris­tophe Lam­bert, les en­quê­teurs de Fort-deF­rance mettent la main sur le triple as­sas­sin aux deux balles.

L’AD­JU­DANT-CHEF QUI FAIT PAR­LER LE SANG CÉ­LINE NI­CLOUX MOR­PHO-ANA­LYSTE

VOI­LÀ L’EN­DROIT OÙ le sang ra­conte tout : le dé­par­te­ment hé­ma­to-mor­pho­lo­gie de la di­vi­sion « Cri­mi­na­lis­tique Iden­ti­fi­ca­tion Hu­maine » . Des salles blanches et si­len­cieuses, des paillasses, des pho­tos sa­tu­rées d’hé­mo­glo­bine. L’uni­vers quo­ti­dien de Cé­line Ni­cloux, 43 ans, ad­ju­dant-chef, mor­pho-ana­lyste. C’est elle qui lit dans les traces de sang pour re­tra­cer la ch­ro­no­lo­gie des crimes com­plexes et la tra­jec­toire des coups. La « Dex­ter » de la gen­dar­me­rie fran­çaise, la fa­cette sombre en moins. Son pre­mier poste dans la gen­dar­me­rie re­monte à 2000. Après un pas­sage dans une bri­gade de l’oise, son triple cur­sus en bio­lo­gie, phy­sique et cri­mi- na­lis­tique l’amène à L’IRC­GN. Chaque an­née, Cé­line Ni­cloux et ses col­lègues tra­vaillent sur quinze à vingt ho­mi­cides com­plexes ou mul­tiples, dont plu­sieurs cas cé­lèbres : le qua­druple meurtre de 2012 à Che­va­line de la fa­mille bri­tan­ni­co-ira­kienne Al-hil­li, c’est eux ; l’ac­ci­dent d’au­to­car de Puis­se­guin en 2015, c’est eux. Sans comp­ter la rou­tine : les de­mandes de conseils sur des exa­mens de pho­to­gra­phies de lieux, de traces, de corps que leur en­voient des en­quê­teurs en proie à des in­ter­ro­ga­tions sur des morts étranges ou sans té­moins. L’une de ses pre­mières en­quêtes cri­mi­nelles com­pli­quées, c’est en avril 2003 au GrandBor­nand : une fa­mille en­tière, les Flac­tif, dis­pa­rus, les lieux les­si­vés. Lorsque la mor­phoa­na­lyste ar­rive sur les lieux avec un col­lègue, elle n’ima­gine pas encore que l’af­faire va res­ter dans les an­nales de la po­lice ju­di­ciaire. Ils passent deux jours et une nuit à ex­plo­rer ce cha­let bâ­ti sur quatre ni­veaux pour ex­hu­mer les traces de sang, les dis­sé­quer et les faire par­ler. Pul­vé­ri­sé dans toutes les pièces, le ré­vé­la­teur Blues­tar ré­vèle tel­le­ment de pro­jec­tions que l’in­té­rieur du cha­let en bois des Flac­tif se re­peint en bleu, du sol au pla­fond, telle une fée­rie an­gois­sante à la Barbe Bleue. La forme de cer­taines taches tra­hit des « coups por­tés avec un ob­jet conton­dant », ou avec un poing, sur des vi­sages.

Une forme de corps sous le ta­pis

Au deuxième ni­veau, à 1,22 mètre du sol de la cui­sine, les étoiles bleues pro­je­tées sur un mur contiennent L’ADN de Sa­rah, 10 ans, qui me­su­rait 1,32 mètre. Son frère Gré­go­ry, 7 ans, a été tué à cô­té de la table en verre de la salle à man­ger, sur la­quelle les en­fants avaient l’ha­bi­tude de prendre leur goû­ter. Sa dent

de lait re­trou­vée entre les lattes du par­quet en té­moigne. Au qua­trième étage, quelques traces encore vi­sibles dans la chambre d’une fillette dé­notent des tirs à l’arme à feu. À un en­droit où des pro­jec­tions ap­pa­raissent sur le mur, la mo­quette est re­cou­verte par un ta­pis im­pec­cable. C’est sus­pect. « On sou­lève le ta­pis et on voit qu’un grand rec­tangle a été dé­cou­pé dans la mo­quette, confie Cé­line Ni­cloux. On dé­cide d’uti­li­ser le pro­duit ré­vé­la­teur. » Il est deux heures du ma­tin, une vi­sion d’hor­reur leur saute alors aux yeux : « Des­sous, le sang est ap­pa­ru par trans­fert sur le bé­ton, c’était la forme d’un corps d’en­fant. » Ce­lui de Laë­ti­tia, 9 ans. Un haut-le-coeur sai­sit les quatre gen­darmes qui fuient – pour une pause – la chambre jon­chée de pe­luches de la pe­tite fille dont l’em­preinte de la sil­houette al­lon­gée se des­sine sur le sol, toute bleue. Trois ans d’en­quête se­ront né­ces­saires pour confondre Da­vid Ho­tyat, le lo­ca­taire d’un cha­let ap­par­te­nant aux Flac­tif, condam­né à la pri­son à per­pé­tui­té en 2006.

Un triple in­fan­ti­cide

La mort des en­fants est une épreuve que Cé­line Ni­cloux doit ré­gu­liè­re­ment af­fron­ter. En 2013 la mor­pho-ana­lyste dé­barque dans sa « Ti­vek » (com­bi­nai­son blanche in­té­grale, char­lotte, masque, sur­chaus­sures et lu­nettes de pro­tec­tion, gan­tée de la­tex) dans un pa­villon cos­su de deux étages. De­puis quelques heures, le lieu est de­ve­nu le théâtre d’un triple in­fan­ti­cide : dans une chambre au sous-sol de la grande mai­son gît un ado­les­cent de 17 ans, le crâne fra­cas­sé « par un ob­jet conton­dant » et la gorge tran­chée, un cut­ter en­san­glan­té à ses cô­tés ; au pre­mier étage, sur le ca­na­pé du sa­lon, sous une cou­ver­ture, une fillette de 11 ans a, elle aus­si, la tête ex­plo­sée et le cou béant ; plus loin, dans une chambre, un pe­tit gar­çon de 9 ans re­pose sous une couette. As­som­mé à mort. Tôt le ma­tin, le père, mé­de­cin, a dé­cou­vert les corps de ses trois en­fants. Sus­pecte nu­mé­ro un, la mère ver­sée sur l’al­cool et sui­vie en psy­chia­trie, a dis­pa­ru. Les en­quê­teurs fi­nissent par la re­trou­ver en fin de jour­née. Pros­trée, muette, elle ne re­con­naît pas les faits et ne donne au­cune ex­pli­ca­tion. « C’est sou­vent le cas des au­teurs de scènes de tor­ture et de bar­ba­rie qui ne se sou­viennent pas ou pas de tout, car ce­la leur est trop dif­fi­cile » , sou­ligne Cé­line Ni­cloux. Il lui re­vient donc de pal­lier la mé­moire dé­faillante de la meur­trière sup­po­sée pour re­cons­ti­tuer ses gestes, « et mieux com­prendre le scé­na­rio ».

La mé­ca­nique des fluides

Sur la scène de crime, l’ad­ju­dant-chef Ni­cloux ob­serve les gouttes de sang vi­sibles ré­par­ties dans plu­sieurs pièces et à l’étage. Mais la mé­na­gère a net­toyé en par­tie les lieux. Pre­mière étape : « Cher­cher les traces la­tentes avec du Lu­mi­nol, un pro­duit chi­mique qui les ré­vèle en bleu », ex­plique la mor­pho-ana­lyste qui les liste et les étu­die. Deuxième étape : suivre la mé­ca­nique des fluides pour dé­ter­mi­ner « chaque évé­ne­ment san­glant » en fonc­tion de la forme des gouttes : el­lipses, poires, ob­longues, sphères ou « pro­jec­tion en étoile comme un feu d’ar­ti­fice ». Cé­line Ni­cloux les met en rap­port avec la po­si­tion de chaque vic­time, ses bles­sures et prend des me­sures. Elle éta­blit l’em­pla­ce­ment ap­proxi­ma­tif de l’au­teur des crimes au mo­ment de cha­cun de ses actes, son che­mi­ne­ment, ses al­lers-re­tours. L’his­toire prend forme. L’ob­jet conton­dant qui a ser­vi à tuer a dis­pa­ru, mais elle en­tre­voit peu à peu qu’il s’agit d’une pe­tite masse ou d’un gour­din, en fait un pi­lon en bois pris dans la cui­sine. Un cou­teau a éga­le­ment été sai­si dans la bat­te­rie des us­ten­siles et uti­li­sé pour sec­tion­ner la gorge de la fillette à l’étage. En outre, les ana­lyses ADN des ob­jets souillés dé­cou­verts sur place per­mettent de dé­ter­mi­ner l’ordre des crimes. Sur le cut­ter, re­trou­vé à cô­té de l’ado au sous-sol, n’ap­pa­raît qu’un pro­fil gé­né­tique fé­mi­nin mé­lan­gé à L’ADN de la vic­time. En re­vanche, la lame du cou­teau ré­vèle L’ADN fé­mi­nin, le sang de la fillette tuée en haut mais éga­le­ment ce­lui de l’ado­les­cent par-des­sus : « Ce­la si­gni­fie que cet ob­jet tran­chant a été uti­li­sé d’abord sur la pe­tite fille à l’étage et en­suite sur l’ado. » L’exa­men de Cé­line Ni­cloux conclut à un « achar­ne­ment » par­ti­cu­lier sur l’ado­les­cent de 17 ans qui, lui, ne dor­mait pas cette nuit-là lorsque sa mère a dé­bou­lé dans sa chambre. Il était « as­sis, le dos contre le mur » et il a dû es­sayer de se dé­fendre : « Il a re­çu des coups vio­lents, dans plu­sieurs po­si­tions », as­sé­nés avec plu­sieurs armes, le gour­din, le cut­ter et le cou­teau. En re­vanche, les plus pe­tits, en haut, « n’ont pas bou­gé », sû­re­ment tués pen­dant leur som­meil, le pe­tit gar­çon sous sa couette n’a pas su­bi de coups de lame. Par contre, sur le manche et sur l’em­bout du pi­lon ayant ser­vi à ta­per, le pro­fil ADN fé­mi­nin est dé­tec­té mê­lé au sang des trois vic­times. Le pi­lon est donc l’arme prin­ci­pale de la mère in­fan­ti­cide. Dans son rap­port aux en­quê­teurs et ma­gis­trat, Cé­line Ni­cloux avance que, vrai­sem­bla­ble­ment, la fo­lie cri­mi­nelle de la femme « com­mence avec le pi­lon dans le sa­lon et la chambre à l’étage, puis en bas, où le pre­mier ob­jet tran­chant, le cut­ter, est uti­li­sé. Puis, on le laisse et on prend le cou­teau pour re­mon­ter sur la pe­tite en haut et re­ve­nir s’en ser­vir sur le grand. »

« Sou­vent, les au­teurs de crimes ne se sou­viennent pas de tout, c’est trop dif­fi­cile. »

LE GEEK QUI RE­TROUVE LES ME­MOIRES L T. THI­BAUT HE­CK­MANN EX­TRAC­TEUR DE DON­NÉES

C’EST SANS DOUTE l’en­droit le plus « bor­dé­lique », du moins en ap­pa­rence, de L’IRC­GN : le dé­par­te­ment in­for­ma­tique-élec­tro­nique. Sur un plan de tra­vail, des coques bour­sou­flées de té­lé­phones, les car­casses de plas­tique noir fon­du, ves­tiges d’un ter­mi­nal de paie­ment de carte ban­caire, cartes SIM, clés USB… Un des tau­liers des lieux n’a que 27 ans : le lieu­te­nant Thi­baut He­ck­mann, di­plô­mé d’un mas­ter de phy­sique fon­da­men­tale, doc­to­rant en phy­sique à Nor­male Sup. Sa spé­cia­li­té : l’ex­trac­tion de don­nées. Son job, cru­cial dans de nom­breuses en­quêtes, consiste à « faire par­ler » des puces de por­tables ou d’or­di­na­teurs dé­gra­dés pla­cés sous scel­lés. Le lieu­te­nant He­ck­mann tra­vaille à par­tir de sup­ports nu­mé­riques « dé­cou­verts dans tous les états, mo­di­fiés, ver­rouillés, chif­frés, en­dom­ma­gés, car­bo­ni­sés ou im­mer­gés ». Ain­si, il a pu ré­cu­pé­rer sur la carte SIM cas­sée d’un dé­te­nu dji­ha­diste ses contacts, ses ap­pels, ses textos, et four­nir aux en­quê­teurs une cin­quan­taine de noms en lien avec ce ter­ro­riste. Mais c’est une autre équipe qui les traite, les ana­lyse et les in­ter­prète. Le 24 mars 2015, Thi­baut He­ck­mann est ap­pe­lé pour une mis­sion spé­ciale : dé­cor­ti­quer les dé­bris de ta­blettes, or­di­na­teurs et té­lé­phones des vic­times du crash de l’airbus Ger­man­wings dans les Alpes. Tan­dis que ses col­lègues de l’uni­té d’iden­ti­fi­ca­tion des vic­times de ca­tas­trophes doivent re­don­ner un nom à cha­cun des 150 corps des pas­sa­gers et membres d’équi­pages, le bu­reau d’en­quêtes sur les ac­ci­dents d’avion man­date He­ck­mann pour « re­trou­ver ce qui a été fil­mé avant le crash ». Des en­quê­teurs lui ap­portent des ki­los de clés USB, ta­blettes, or­dis, cartes mi­cro SD, et 42 « té­lé­phones en mille mor­ceaux » ra­mas­sés sur deux hec­tares de mon­tagne et de ra­vins.

la vie des pas­sa­gers du crash

Sur la plu­part des ap­pa­reils, les in­for­ma­tions sont au­jourd’hui sto­ckées sur du si­li­cium. C’est donc ces mi­cro-mé­moires grises aux re­flets bleu­tés que le phy­si­cien traque : « Comme lors d’une au­top­sie où le lé­giste fait un scan­ner du corps avant de don­ner son pre­mier coup de bis­tou­ri, je fais une radio-to­mo­gra­phie 3D aux rayons X pour exa­mi­ner au mi­cro­mètre les com­po­sants et j’uti­lise un la­ser d’abla­tion pour pul­vé­ri­ser le pa­ckage – iso­la­tion, pro­tec­tion, em­bal­lage – afin d’ac­cé­der au si­li­cium sans l’abî­mer. » Une fois la struc­ture de pro­tec­tion dé­truite, Thi­baut He­ck­mann lit les in­for­ma­tions dans l’in­des­truc­tible si­li­cium, ré­cu­père les pixels des pho­tos et vi­déos puis les re­cons­ti­tue, « une mine d’or pour les en­quê­teurs ». Dans le crash de la Ger­man­wings, il a « tout re­gar­dé », en quête d’une image ou d’un son cap­té au mo­ment de la col­li­sion pro­vo­quée par le co­pi­lote du Boeing avec le re­lief. Le phy­si­cien n’a rien trou­vé qui au­rait per­mis de mieux com­prendre le coup de fo­lie du co­pi­lote. Mais son tra­vail n’a pas été inu­tile. Le lieu­te­nant He­ck­mann a dé­cou­vert des di­zaines de vi­déos et pho­tos de va­cances en Es­pagne des 150 vic­times dont 72 Al­le­mands et 51 Es­pa­gnols ayant dé­col­lé de Bar­ce­lone sur ce vol 9525 de la Luf­than­sa pour re­joindre Düs­sel­dorf. Il a vi­sion­né les der­nières images joyeuses de cette classe de seize ly­céens al­le­mands en sé­jour lin­guis­tique à Lli­nars del Val­lès, avant de mou­rir pré­ci­pi­tés dans le vide par un ma­lade sui­ci­daire aux com­mandes de l’airbus A320. Grâce à sa science, le lieu­te­nant He­ck­mann a res­sus­ci­té pour les fa­milles les ul­times sou­ve­nirs des vic­times.

Après avoir fait ses preuves sur des en­quêtes, Em­ma­nuel Pham Hoaï (ci-des­sous) a pris la tête du dé­par­te­ment bio­lo­gie de L’IRC­GN, il a même fait un pas­sage à l’aca­dé­mie du FBI à Quan­ti­co.

La re­cherche d’un ADN sus­pect peut par­fois don­ner lieu à des cen­taines de pré­lè­ve­ments.

Dans la salle des re­cons­ti­tu­tions, le com­man­dant Ch­ris­tophe Lam­bert res­ti­tue les me­sures prises sur la scène de crime jus­qu’à trou­ver toutes les tra­jec­toires.

Cé­line Ni­cloux, 43 ans, ana­lyse les traces de sang pour re­tra­cer la ch­ro­no­lo­gie des crimes com­plexes et la tra­jec­toire des coups. Elle est un peu la Dex­ter fran­çaise (sans le cô­té se­rial killeuse).

Le lieu­te­nant He­ck­mann tra­vaille à par­tir de sup­ports nu­mé­riques « dé­cou­verts dans tous les états, mo­di­fiés, ver­rouillés, chif­frés, en­dom­ma­gés, car­bo­ni­sés ou im­mer­gés ».

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