BÊTES DE SEXE Et si les pra­tiques de nos amis les ani­maux éclai­raient nos propres in­ter­ac­tions phy­siques ? Ce mois- ci, la fré­né­sie co­pu­la­toire de l’an­té­chi­nus, mar­su­pial dé­pres­sif.

Pe­tit mar­su­pial tout mi­mi, l’an­té­chi­nus se ré­vèle un sex ad­dict né­vro­tique pour qui les his­toires d’amour fi­nissent tou­jours (très) mal...

GQ (France) - - Sommaire - Par Étienne Me­nu

CER­TAINS HOMMES, dont vous ne faites évi­dem­ment pas par­tie, souffrent du syn­drome de Ca­sa­no­va. Ils doivent sé­duire et co­pu­ler com­pul­si­ve­ment, le plus sou­vent et le plus long­temps pos­sible. Pas la peine d’être un membre pre­mium de la So­cié­té psy­cha­na­ly­tique de Pa­ris pour de­vi­ner que ce genre de conduite cache des ten­dances mor­bides et qu’elle joue, in­cons­ciem­ment, une es­pèce de lent sui­cide phy­sique et mo­ral. Il suff it d’ailleurs de re­gar­der un sex ad­dict vieillis­sant pour s’en rendre compte : le che­veu clair­se­mé, le teint ci­reux, le souff le court, il fait plus pi­tié qu’autre chose et pour­tant, ter­ri­fié par la trans­cen­dance de l’amour, il pour­suit sa quête ni­hi­liste de la chair, en dis­ciple du mar­quis de Sade. Il sait au fond de lui que seule la mort l’at­tend au bout du che­min. Que cet homme en­chaî­né à lui- même sache pour­tant qu’il compte un ami au sein du règne ani­mal : l’an­té­chi­nus, une bête aus­tra­lienne qui connaît à peu près le même des­tin que lui, mais en ver­sion vrai­ment très ac­cé­lé­rée, comme une pa­ra­bole jouée en avance rapide.

L’AN­TÉ­CHI­NUS EST UN MAR­SU­PIAL plu­tôt mi­gnon quoi­qu’un peu étrange, qui res­semble plus à une sou­ris qu’un à kan­gou­rou. Pour des rai­sons qui font en­core dé­bat – cer­tains ex­perts évoquent la li­mi­ta­tion des res­sources ali­men­taires, d’autres une sorte d’ins­tinct pa­ter­nel sa­crif iciel –, l’an­té­chi­nus mâle vit au terme de sa courte exis­tence – moins d’un an – une pé­riode de fré­né­sie co­pu­la­toire qui le tue pe­tit à pe­tit. Il s’ac­couple sans ar­rêt, par­fois pen­dant des heures et des heures, avec le maxi­mum de par­te­naires pos­sible, dans l’es­poir de les fer­ti­li­ser de son sperme pa­tiem­ment ac­cu­mu­lé du­rant sa chaste jeunesse. Pen­dant ces deux ou trois se­maines d’or­gie qui le mènent d’eros en Tha­na­tos, le mar­su­pial vit dans le stress et ce sans ja­mais man­ger. Ses dé­fenses im­mu­ni­taires en­vo­lées, il se re­trouve ron­gé par la gan­grène et perd ses poils. Les fe­melles ne veulent bien­tôt plus de lui et il n’a alors plus qu’à ago­ni­ser dans l’hos­tile dé­sert aus­tra­lien

LES POR­TÉES ONT LA PAR­TI­CU­LA­RI­TÉ d’être fé­con­dées par des pères dif­fé­rents, qui n’au­ront donc cha­cun connu le coït que dans des condi­tions ex­trêmes avant de quit­ter le royaume des vi­vants. Que le des­tin fu­neste de ces ka­mi­kazes du sexe serve donc de le­çon à ceux qui tiennent tou­jours à « res­ter en­core un peu » à cette soi­rée « pleine de meufs » , parce qu’après tout, « on ne sait ja­mais, ça peut mar­cher » .

« Il me les faut touuuutes ! » Le mois pro­chain, nous dé­cou­vri­rons les stra­té­gies af­fec­tives d’un pe­tit ani­mal qui fas­cine au­tant qu’il ef­fraie : la chauve- sou­ris. Ren­dez- vous le 18 oc­tobre ! AU SUI­VANT !

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