IDÉES

Parce que la Si­li­con Val­ley et les nou­velles tech­no­lo­gies peuvent par­fois faire un peu peur, des em­pê­cheurs de co­der en rond pré­viennent des dé­rives pos­sibles.

GQ (France) - - Sommaire - Par Loïc H. Re­chi_illus­tra­tion Eric Pe­ter­sen

Deux pen­seurs qui ta­quinent la tech.

EVGENY MOROZOV, LE PENSEUR ALTERNATIF

S’il existe de nom­breuses bibles pour lan­cer sa start-up et réus­sir (no­tam­ment les in­con­tour­nables Ze­ro to One de Pe­ter Thiel et Lean Star­tup d’eric Ries – tous deux tra­duits en fran­çais), la Si­li­con Val­ley a aus­si ses contemp­teurs. L’un des plus contem­po­rains et pré­cis sur la ques­tion est sans doute Evgeny Morozov. Ba­sé au Da­ne­mark, ce cher­cheur amé­ri­cain d’ori­gine bié­lo­russe brille par la qua­li­té de sa cri­tique. Ch­ro­ni­queur ré­gu­lier au Guar­dian ou au Monde di­plo­ma­tique, Morozov, 34 ans, dé­monte mi­nu­tieu­se­ment ce qu’il ap­pelle le so­lu­tion­nisme tech­no­lo­gique, com­prendre par-là : les ap­pli­ca­tions, ser­vices et autres al­go­rithmes qu’on nous pré­sente comme des ré­ponses simples et im­mé­diates à des en­jeux so­cié­taux ou pro­blèmes in­di­vi­duels, mais qui sont ra­re­ment dé­pour­vus d’ef­fets vi­cieux. Ca­pable de dis­ser­ter sur les ré­per­cus­sions de la tech­nique à l’en­droit de la po­li­tique de la ville, du fu­tur du jour­na­lisme aus­si bien que sur les im­pli­ca­tions d’un fri­go connec­té dans la cui­sine de Ma­dame Mi­chu, Morozov a un avis, et sur­tout une vi­sion, sur à peu près tout ce qui concerne la tech­no­lo­gie. Qu’on adhère ou pas, ses ou­vrages sont des must read, pour mieux

com­prendre l’époque. On re­com­man­de­ra Le mi­rage nu­mé­rique : pou­rune po­li­tique du Big

Da­ta, certes tra­duit en 2015 dé­jà, mais suf­fi­sam­ment mi­nu­tieux et dans l’an­ti­ci­pa­tion pour être tou­jours d’ac­tua­li­té.

SUSAN FOWLER, LA FÉ­MI­NISTE QUI DÉSUBÉRISE LA VAL­LEY

En ra­con­tant sur son blog, en juillet 2017, les pra­tiques de har­cè­le­ment et de re­pré­sailles lors de son an­née à tra­vailler chez Uber, Susan Fowler, 26 ans, a contri­bué à la mise en marche d’une mé­ca­nique qui a conduit à la chute de Tra­vis Ka­la­nick, le sul­fu­reux pa­tron de l’en­tre­prise. Mieux, Susan Fowler a en­cou­ra­gé la li­bé­ra­tion de la pa­role des femmes dans la Si­li­con Val­ley et en­traî­né un dé­bat qui fait en­core rage sur le sexisme struc­tu­rel in­hé­rent à cet uni­vers. Plus d’un an après son acte de bra­voure, la jeune femme la joue en­core mo­deste. Elle as­su­rait il y a quelques mois dans le Guar­dian que « de­ve­nir une lan­ceuse d’alerte avait été la seule op­tion pos­sible » . Elle mi­lite au­jourd’hui pour le pas­sage d’une loi en Ca­li­for­nie vi­sant à pro­té­ger les em­ployés, les tra­vailleurs pré­caires et les femmes de la tech. Pré­ci­sion : Susan Fowler jure de ne plus ja­mais mon­ter dans un Uber.

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