ET SOU­DAIN, UN AMI VOUS OFFRE DES FROMAGES…

Grand Seigneur - - Edito - Oli­vier MALNUIT

Mé­fiez-vous des fro­ma­gers ! Non seule­ment, ils ont des Ca­mem­berts et des Re­blo­chons plein les poches, mais en plus, ils pour­raient vous les of­frir. Et bien, c’est jus­te­ment ce qu’a fait notre ami Xa­vier Thu­ret, Meilleur Ou­vrier de France Fro­ma­ger 2007 (M.O.F), vé­ri­table John Len­non du Ro­que­fort So­cié­té (voir pho­to) et du Coeur de Neuf­châ­tel aux fram­boises, lors de sa der­nière vi­site au jour­nal. « Tiens, je t’ai ap­por­té quelques dou­ceurs, his­toire que tu ne meurs pas de faim...», m’a dit le far­ceur aux cla­quos en me ten­dant son pe­tit pa­nier en osier. A l’in­té­rieur ? Un vrai Se­pho­ra des fromages ! Le pa­ra­dis des pâtes qui fouettent… Du Puant de Lille, des SaintMar­cel­lin de com­pé­ti­tion (L’Etoile du Ver­cors), des Bou­lettes d’Avesnes, des cof­frets Ro­que­fort So­cié­té (Caves Ba­ra­gnaudes, etc), des Ga­pe­rons et... une ving­taine de Ca­mem­berts au lait cru (Jort, Mou­lin de Ca­rel, etc). Oui, vous avez bien lu ! Vingt ca­len­dos de luxe, odo­rants, cré­meux, re­belles et boi­sés. Ceux-là même dont on n’ose pas rê­ver quand on traîne sa peine le lun­di soir chez Fran­prix. Ils étaient là. Cor­set­tés dans leurs pe­tits écrins de bois, cou­lants et fiers comme un chef d’Etat en fin de règne. Daesh pou­vait bien nous en­voyer ses tueurs, la droite mettre la France dans la rue et Trump nous es­pion­ner les poils du trou du cul, nous étions ca­lés en fromages. Rien ne pou­vait nous ar­ri­ver…

LE FUMET DU CA­LEN­DOS

De­puis quelques jours donc, Opi­nel au bec et tar­tine au vent, je ne me las­sais pas d’ad­mi­rer ces fiers-à-bras de Nor­man­die à la lueur du fri­go, quand sou­dain la réa­li­té m’a rat­tra­pé : ça sen­tait le fro­mage ! Si­tôt ar­ri­vés au jour­nal, les femmes dé­faillaient, les hommes se

re­gar­daient les chaus­sures, nous étions au bord de la crise sa­ni­taire : la bri­gade fro­ma­gère du SA­MU me­na­çait d’in­ter­ve­nir. Et bien, croyez-le ou non, au coeur du pays « ca­pable de don­ner 360 fromages au monde » (dixit la cé­lèbre phrase de Chur­chill), j’ai dû tout je­ter. Et en­core ! De nuit, à la hon­teuse, sous les lam­pa­daires et dans une pou­belle éloi­gnée... Si je vous parle de ça, ce n’est pas parce que comme d’ha­bi­tude, j’ai pris trois heures pour dé­jeu­ner chez Maxan (3 rue Quen­tinBau­chart, Pa­ris 8è), le der­nier res­tau­rant qui sauve les Champs-Ely­sées du dé­sastre gas­tro­no­mique et des Lam­bor­ghi­ni à louer (90 eu­ros les dix mn). Mais parce que j’ai le sen­ti­ment dif­fus (n’écri­vez ja­mais un édi­to en sor­tant de table…), j’ai le sen­ti­ment dif­fus, di­saisje, que lorsque la France ne to­lère pas le par­fum de ses fromages, elle ne peut plus se re­gar­der en face. C’est vrai ça, à quoi sert de vé­né­rer la gas­tro­no­mie à la té­lé si c’est pour gro­gnon­ner aux pre­mières odeurs de ter­roirs ? Sous l’état d’ur­gence, un Can­ta­lou au­rait-il le droit de

prendre le TGV avec ses fromages aux ar­ti­sous ? Au pe­tit ma­tin glauque des en­tre­prises, le digne fumet du ca­len­dos dans la fleur de l’âge, n’est-il pas moins res­pec­table que les re­lents de dé­ter­gents et les ef­fluves de mac­chia­to ? Rien n’est moins sûr. Et c’est un peu tout l’es­prit de ce nou­veau Grand Sei­gneur qui s’offre à vous comme un Re­blo­chon en pâ­moi­son... On veut tout vous in­ter­dire (la crème, la pi­cole, les rillettes, etc). Parce que c’est pour votre bien ? Ga­vez-vous

et bu­vez en paix (et avec mo­dé­ra­tion comme l’ami Demaison, page 36). Mais ne cé­dez rien ! Dans leur kol­khoze va­nillé , ils ne savent même pas que Ca­price des Dieux est un Ca­mem­bert (ex­cellent, d’ailleurs). Vive la Ré­pu­blique, vive la France, vive les fromages qui sentent !

Cof­fret Ro­que­fort So­cié­té 1863 Edi­tion li­mi­tée, le plus grand des per­sillés af­fi­né dans les caves na­tu­relles du Com­ba­lou…

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.